Recherche emploi désespérément

Le contrat de ma cousine Céline s’est terminé il y a une semaine. Après une longue formation qualifiante d’assistante commerciale, elle devenue une pro des relations clients, plus autonome que jamais. Malgré tous les atouts qu’elle possède, elle n’arrive pas à trouver un poste stable. Elle s’est inscrite dans plusieurs agences d’intérim et a même laisser son CV sur le site de monster.fr . Au début, aucun employeur ne l’a contactait, jusqu’au jour où je lui ai conseillé de mettre l’adresse de ses parents, qui habitent à Paris, sur son CV plutôt que l’adresse de Bondy.

Depuis, des contacts ? Oui elle en a, et les entretiens aussi, mais le mot de la fin reste toujours :  « on voit d’autres personnes dans la journée, on vous tient au courant », puis plus rien.

Autre chose, lorsqu’elle envoie ses candidatures via Internet, elle reçoit quelques secondes plus tard des réponses automatiques comme :

« Madame, Monsieur,

Nous accusons réception de votre candidature, et nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre société. C’est avec la meilleure attention que nous allons étudier votre dossier afin d’identifier les opportunités correspondant à votre profil. Sans réponse de notre part dans un délai de quatre semaines, vous voudrez bien considérer que votre candidature ne peut être retenue en l’état actuel de nos besoins. Cependant, nous nous permettrons de conserver votre dossier en prévision d’opportunités à venir et dans ce cas, nous ne manquerons pas de reprendre contact avec vous. Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de notre meilleure considération.

L’équipe recrutement. »

Elle a été contactée par une agence d’intérim en début de semaine dernière qui lui proposait un poste en pré-embauche dans une société spécialisée dans la grande distribution.

Le jour de son rendez-vous, elle s’est mise sur son 31, tailleur jupe noir, talon, cheveux bien tirés, maquillage léger etc. Elle se présente à l’accueil, on lui demande sa pièce d’identité pour pouvoir lui créer un badge d’accès. « Vous pouvez monter au 5e étage » lui a dit l’une des hôtesses. Elle passe son badge pour accéder à l’ascenseur. Elle était très motivée par ce poste qu’on lui proposait, pourtant, le lendemain lorsque son agence d’intérim la contacte c’est de nouveau un refus car on lui reproche de ne pas être stable.

Elle commence à se poser des questions sur les raisons de tous ces refus. Ont-ils un  rapport avec la couleur de peau ou le département où l’on vit (Seine-Saint-Denis en l’occurence) ?

Elle ne se décourage pas pour autant. D’ailleurs, elle a un autre entretien jeudi.

La suite bientôt.

Essi Gnaglom

Kamel chez Karl Zero

Kamel_chez_karl

J’étais plongé dans une passionnante partie de cartes avec les gamins de l’école où j’exerce avec brio mon job d’animateur quand je reçus un SMS de Kamel ; « Idir sors vite !! On a un code 69 ». Un code 69 ça veut dire que Kamel fait un truc intéressant et qu’il veut m’en faire profiter. Le temps de me moquer de mes petits camarades pour la sixième partie que je remporte d’affilée, et je file du boulot en pagaille au point de laisser tomber les trois as que je dissimulais dans ma manche. Pas le temps de négocier avec ces morveux de huit ans, je leur rends les bonbons que je leur ai rasé et file rejoindre Kamel.

Celui-ci me dit rapidement que Karl Zero l’a contacté pour participer à sa nouvelle émission politique qu’il diffuse sur internet via AOL. « Ca se passe à l’Etoile, une boîte chic sur les champs tu verras on va kiffer ». On prend donc le RER et le métro, direction les Champs. Deux stations après Gare du Nord, un groupe de touristes Allemands entre dans le wagon. Une des Teutones nous tourne le dos, exposant à nos yeux ébahis un magnifique portable dernier cri qui dépasse d’une poche de son sac à dos. Kamel lui tapote l’épaule et dans un anglais excellent lui signifie le danger : « portable pickpocket ! ». « Oh thanks a lot beaucoup ! » lui répond cette imprudente touriste. Grâce à Kamel, cinq Allemands sauront que le jeune de banlieue n’est pas le prédateur naturel du portable et du sac à main.

Sur place nous sommes vite présentés à Karl Zero. Il nous accorde un petit moment pendant qu’il se maquille. On parle un peu de notre travail sur le Blog, du Vrai Journal puis il nous explique ce qu’on vient faire ici. Nicolas Dupont-Aignan est l’invité de l’émission d’aujourd’hui, il se présente face à monsieur Sarkozy à l’investiture UMP, Kamel est invité à lui poser quelques questions. Une fois informé de la situation on appelle Samy un des patrons du Bondy Blog, il valide nos questions, nous donne de précieux conseils et nous souhaite bonne chance. Kamel passe à la maquilleuse, j’insiste pour avoir un petite retouche aussi, même si on veut pas de moi sur le plateau. J’écoute attentivement les débuts de l’émission et prends des notes surtout quand l’élu UMP parle de banlieues : « casseur », « trafic de drogues », « jeunes qui ne veulent rien foutre, à qui on doit mettre un gros coup de pied au cul », encore un fin connaisseur de la cité… Pour être juste il semble savoir qu’on n’est pas tous des délinquants juvéniles, d’ailleurs il le dit, mais nous trouvons qu’il exagère beaucoup, entre autres, l’impact du trafic de drogues dans l’économie et la vie de nos quartiers.

Kamel rentre en piste accompagné d’un autre bloggeur Guy Birenbaum, qui a fait un bout de chemin avec Ardisson. Kamel se demande d’abord comment un Nicolas inconnu du grand public peut avoir une chance de gagner face au Nicolas star des médias. Il enchaîne ensuite sur plusieurs questions : « La banlieue : clef de l’élection ? ». Puis : « La banlieue pour vous ce n’est que des jeunes racailles et du trafic de drogues ? ». La réponse de cet élu fut, qu’il connaît très bien les quartiers difficiles puisqu’il en a visités pas mal dans sa circonscription du 91, il sait donc ce qu’est le trafic de drogues, les jeunes en cagoule et tout, c’est son quotidien à lui,  la banlieue, ça va de soi… Kamel un peu irrité par cette réponse finit en impro « dans la cité on aime bien parler à l’envers, on entend en ce moment que PMU (UMP en verlan) c’est le diminutif de Parti des Menteurs Universels, vous en pensez quoi ? ».

Personnellement j’ai trouvé que Kamel s’est assez bien débrouillé au vue de la précipitation dans laquelle on a préparé son intervention. En ce qui concerne l’invité de Karl Zero ben il defend bien son steak le bougre, mais la banlieue c’est du chinois pour lui, voire de l’écriture cunéiforme, du moins c’est notre impression. L’émission terminée, Kamel et moi débordons d’ingéniosité pour nous mettre sur le listing de la discothèque ce week end. Mon surnom la Perceuse est une nouvelle fois mérité, le tôlier nous fait grâce de cette faveur. On va emmener Chou avec nous et hop samedi soir ça sera DiscoDAnce !!! Enfin on espère. Chou ! Je te préviens si tu passes pas la douane festive compte pas sur nous pour rentrer avec toi en Noctambus. Tu feras un post sur les recalages de boites pour te consoler.


Idir Hocini- Kamel El Houari


Prof, policier, juge : trois petits tours et puis s’en va…

 

Je participais jeudi après-midi à un séminaire à Saint-Ouen, prévu depuis longtemps et organisé pour des assistants sociaux de Seine-Saint-Denis. C’étaient les cadres de la direction Enfance et Famille, une centaine de personnes, des gens au front de la misère qui se battent pour faire encore un peu de prévention alors qu’ils se noient sous les situations d’urgence. « On s’occupe de ceux qui sont au bord du bord », dit l’un d’eux.

Une remarque m’a frappé, qui revenait constamment. C’est la fugacité du personnel en contact avec les jeunes. Dans les collèges de Seine-Saint-Denis, 46% des enseignants sont en poste depuis deux ans ou moins. Toujours dans le même département, l’âge moyen des policiers – encadrement compris – était de 27 ans en 2002 et 60% d’entre eux demandent chaque année leur mutation (25% « seulement » l’obtiennent). Cet automne, au Tribunal de Bobigny, 40% des effectifs se sont renouvelés, d’un coup !

« Comment peut-on changer quelque chose, disait une intervenante, quand on met patiemment en place un dispositif avec une école, et que l’an d’après, tous les enseignants partent et qu’il faut recommencer à zéro ? Comment changer les choses, quand on convainc des policiers de participer à un projet et qu’ils sont remplacés en cours de route ? »

 La question ne manque pas de pertinence. C’est moins un problème de moyens que de continuité dans les moyens. Dans la salle, tout le monde applaudissait.

Alain Rebetez (L’Hebdo)

Et si on sortait de Bondy pour aller voir ailleurs ?

- Vous êtes journaliste ?

- Ah bon ! Ca se voit tellement?

- Non, enfin… (Grand sourire) On m’avait avertie, vous savez…

L’accueil est adorable, plein de gentillesse, et la gardienne n’a rien de féroce, mais je suis quand même impressionné : l’entrée du Lycée Jean Zay, à Aulnay-sous-Bois, est une sorte de check-point hérissé de barrières, de portails automatiques, avec une étroite chicane où les élèves ont l’obligation de montrer leur carte au contrôle…
Banal, direz-vous ? Peut-être. « Vous n’avez pas vu l’autre lycée de la ville, sourit le proviseur, Didier Girotto. Là-bas, c’est un vrai bunker !» Pour lui qui a connu les dérapages des années 80-90, quand des rodéos de moto se faisaient en plein jour dans la cour des établissements, quand les véhicules des enseignants étaient régulièrement saccagés ou volés (sa propre voiture a disparu ainsi), ces barrières n’ont rien de rebutant. Au contraire : elles ont ramené le calme.

C’est ici que commence mon Tour de France des Banlieues. On vous a déjà parlé du projet : l’idée est de sortir de Bondy, de trouver des correspondants pour le blog dans la couronne parisienne, mais aussi ailleurs en France, du côté de Nancy, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux… Aller dans la banlieue des banlieues, en quelque sorte. Comme sésame, on a choisi les lycées conventionnés avec Sciences Po, une trentaine d’écoles à travers le pays, toutes classées en zone d’éducation prioritaire (ZEP). J’ai quatre semaines pour tisser ce réseau avec les lycéens intéressés.

Mercredi après-midi, à Aulnay-sous-Bois, c’était ma première classe. Un vrai coup de pied aux fesses ! D’abord un peu méfiants, les élèves se sont peu à peu livrés et ont déversé un véritable tombereau d’idées. S’ils arrivent à écrire ce qu’ils ont dit, ce blog n’a pas fini de nous surprendre. Je vous raconterai. Aujourd’hui, je suis à Corbeil-Essonnes.

Alain Rebetez (L’Hebdo)

Bondy Blog, version 2.0 !


C’était un vendredi 11 novembre, férié pour cause d’armistice. Il faisait froid et les voitures brûlaient encore dans les cités. C’était il y a un an jour pour jour… la naissance du Bondy Blog !

La légende des grands succès de l’internet veut que tout commence dans un garage en Californie. Pour le Bondy Blog, c’est plus compliqué… Où a-t-il vraiment commencé ? A la rédaction de l’Hebdo le mercredi 9, quand l’idée est apparue de s’immerger en banlieue ? A l’hôtel Eden où j’ai atterri vers minuit le vendredi, après un tour de la ville avec Paolo, Yannick et Nicolas ? Au café du Moulin le lendemain, où j’ai rencontré Mohamed Hamidi en cherchant un studio pour trois mois ? Ou encore dans le local du RC Blanqui (hélas aujourd’hui dissout) où mes confrères de l’Hebdo se sont ensuite relayés durant trois mois, aidés et entouré par Mimi Djeroudi, Radouane, Kamel et Hakim ?

Difficile à dire, vraiment, et difficile aussi d’expliquer comment, et pourquoi, cette idée saugrenue émanant d’une petite rédaction suisse a un retentissement digne d’une grande épopée… Le Bondy Blog a fait la Une de la presse française, il est passé des dizaines de fois à la TV et encore plus à la radio. Même le New York Times est revenu, l’autre jour, assister à une séance de rédaction. Peut-être est-ce parce que d’un projet d’immersion et de retour aux sources du métier, mené par des journalistes professionnel, le Bondy Blog a évolué vers une expérience à la pointe du journalisme citoyen.

L’Hebdo a en effet plié bagages après trois mois, en laissant sur place une petite équipe de jeunes qu’il avait choisis et formés pour reprendre le blog. Ceux-là, sous la direction de Mohamed Hamidi qui a reçu plus tard l’aide de Sandrine Roginsky et de Samy Khaldi, ont tenu neuf mois et s’apprêtent désormais à passer la vitesse supérieure !

Le blog, constitué en association à but non lucratif, est désormais hébergé par les pages actualité du grand site français de Yahoo ! Cela va lui donner une audience et des moyens qu’il n’a jamais eus, pour raconter la France à l’heure présidentielle. De plus, afin d’élargir le blog à l’échelle nationale, nous avons passé un accord avec L’Institut d’études politiques de Paris (Sciences-Po), qui mène depuis 2001 une expérience très concluante avec des lycées de ZEP. Nous proposons aux lycéens qui préparent Sciences-Po dans des ateliers spécifiques de devenir les correspondants du blog dans leur région. Toute cette matière, celle de Bondy et du reste de la France, viendra s’organiser sur une plateforme beaucoup plus performante que l’actuelle, Viabloga, développée par Stéphane Gigandet.

Vous voyez : quand les cités prennent la parole, elle n’ont plus l’intention de se taire. Du coup, l’équipe s’est élargie. Il y a nos huit « Bondy Blogeurs » actuels, que vous connaissez bien, où les filles sont pour une fois majoritaires. Ils sont encadrés par Mohamed, Sandrine et Samy, trois bourreaux de travail qui voient parfois certains commentateurs épris du blog comme Cédric Roussel ou Louis Lanoix venir donner des coups de main, pour des sujets d’enquête ou pour gérer les commentaires, qui ont passablement dérapé ces derniers temps. Il y a bien sûr Alain Rebetez, que l’Hebdo a accepté de détacher durant deux mois pour qu’il aille expliquer l’art du blog dans les lycées de ZEP conventionnés Science-Po. Il y a aussi le cas Dilgo, ce commentateur décalé à qui nous avons proposé d’écrire tout au long de la campagne un feuilleton présidentiel (bientôt sur cet écran). Il y a enfin quelques pros qui veillent, comme Antoine Menusier ou Nordine Nabili, le grand frère par excellence, expert à la fois des cités et du son. Et puis il y a moi, qui passe plus de temps à Bondy ou pour Bondy qu’en Afrique où je travaille désormais, parce que ce blog est tout simplement ma plus grande émotion de journaliste !

J’espère que l’expérience qui s’annonce va continuer de vous passionner ! N’hésitez pas à réagir, surtout si vous estimez que nous ne remplissons pas notre mission : donner la parole à ceux qui ne l’ont pas, afin que l’émeute ne soit pas la seule expression des cités, raconter la France dans toute sa diversité et rappeler aux responsables politiques que les quartiers difficiles, comme ils disent, c’est la France de demain.

Serge Michel

Logement étudiant:et vogue la galère


C'est tous les étés la même rengaine. Les médias nous gratifient des mêmes reportages sur la difficulté pour les étudiants de se loger, notamment dans les grandes villes. Les étudiants encore et toujours victimes des spéculations immobilières, des fausses. agences qui vendent des listes d'appartements à louer obsolètes, etc....
On entend chaque année les mêmes anecdotes, rien ne change. Voila ce que me dit un élève en DPECF quand je me mets à la recherche d’une chambre universitaire :

« Je viens de faire l'expérience, pour une recherche "tendance": la colocation.
Habitant à 1h30 de Cachan, je me voyais mal faire les allers et retours matin et soir, notamment en RER, vraie galère francilienne. Il m'est alors apparu nécessaire d'habiter sur place. Je me suis donc mis en chasse, avec des collègues, d'un grand logement pouvant accueillir 4 étudiants studieux, propres et bien élevés...Nous avons trouvé, nous sommes tombés sur un proprio honnête, arrangeant, soucieux du confort mais ferme sur la nécessité pour lui d'avoir le moins de problèmes possibles avec le bail et les voisins (normal, entre nous). La réalité ailleurs est toute autre, nous sommes tombés sur des appartements dans un état de délabrement hallucinants, notamment ceux loués à la chaîne par les agences locales....
Ainsi, dans certaines agences la colocation est un véritable marché noir. Beaucoup visiblement ne se préoccupent pas du confort, laissant à disposition des agences de superbes appartements, mais bien souvent mal entretenus, les proprio faisant confiance aux sous-traitants et ne viennent pas voir les lieux.
Inutile d'en faire une généralité, c'est évident, mais il faut quand même dire qu'il existe encore et toujours des situations préoccupantes.
Mais il y a des situations bien pires, notamment dans les centres villes ou les proprio n'hésitent pas à louer près de 500 € des "studettes" de 10m² avec les toilettes souvent sur le palier.
Dans certaines grandes villes, et tout particulièrement à Paris, après avoir connu des situations rocambolesques lors de leur recherche de logement pendant le «rush» de la rentrée universitaire, certains étudiants n'ont pu trouver que des solutions temporaires ou inadaptées à leurs besoins.

«Il y a des propriétaires qui abusent ! J'ai visité beaucoup de chambres sinistres au septième, parfois huitième étage sans ascenseur, avec des toilettes à la turque et la douche sur le palier ! Certains propriétaires ne voulaient carrément pas déclarer la location. Le record est une dame qui annonçait une surface de 10 mètres carrés pour une chambre qui ne devait pas en faire plus de quatre ou cinq. Elle demandait 450 € », raconte Mounira.

En ces temps de hausse soutenue des prix du parc locatif privé parisien, nombreux sont les étudiants qui ont connu des expériences semblables.

A la difficulté de rassembler un tel montant tous les mois sans mettre leurs études en danger, les étudiants étrangers doivent, eux, ajouter la délicate recherche d'un garant Français inspirant confiance au propriétaire. Et quand bien même ils en trouvent un, ils se heurtent parfois à de la discrimination pure et simple. C'est ce qui est arrivé à  une étudiante en BTS comptabilité. «Je comprends les propriétaires qui veulent s'assurer qu’on va les payer et qu’on ne va pas dégrader leur appartement, explique-t-elle, mais quand, lors d'une visite, un propriétaire m'a très calmement expliqué qu'il refusait de me louer son appartement parce que je suis étrangère, je me suis énervée ! Ma mère vit ici depuis des années, j'ai tous mes papiers en règle, je fais des études sérieuses, je touche une bourse et j'ai pour garant un oncle qui a la nationalité française ! Je ne suis pas une clandestine !.» Allant de refus en refus, Malika, «dégoûtée», a abandonné la recherche d'un studio qui lui permette d'habiter avec son frère, âgé de 27 ans et étudiant en architecture. Ils ont dû retourner chez leur mère, dans la banlieue Sud de Paris. Malika a retrouvé sa chambre et son frère dort dans le salon.

Mais comment faire lorsque l'on ne dispose pas d'une telle solution de repli ? Accepter n'importe quoi à n'importe quel prix ? Si certains choisissent cette option qui fait les affaires de propriétaires sans scrupules, d'autres préfèrent oublier l'image romantique de la chambre d'étudiant sous les toits pour lui préférer la solution pragmatique de l'hébergement en foyer de travailleurs. C'est ainsi qu'Andrea s'est retrouvée locataire d'un studio dans un foyer Sonacotra du XIIIe arrondissement. «Après avoir habité avec un ami à mon arrivée en France, j'ai dû chercher un appartement. Je ne connaissais pas beaucoup de monde à Paris, et, par un réseau d'étudiants, j'ai été informée de l'existence des foyers Sonacotra. J'ai réussi à y trouver un studio dont le loyer de 442 € me revient à 220 € grâce aux aides que je reçois.»

Cette solution comporte certains avantages : «C'est très calme, la laverie n'est pas chère et la situation du foyer, proche d'un restaurant universitaire, de bibliothèques et du métro, est très pratique», détaille Andrea. Mais un foyer de travailleurs n'est pas un environnement très «étudiant».

Mounira, Malika et Andrea font ainsi partie des milliers d'étudiants qui, sans être dans des situations d'extrême précarité, poursuivent leurs études dans des cadres peu favorables à la réussite. Il me semble urgent de traiter cette dégradation discrète mais généralisée de la condition des étudiants.

Sada Fofana

Lettre d’un commentateur

Nous avons choisi de publier une lettre de commentateur qui traduit bien les nombreuses réactions envoyées sur le mail du Bondy  Blog.
Depuis quelques temps, nous intervenons régulièrement sur les commentaires.
Nous vous rappelons que nous souhaitons laisser pour des raisons éditoriales et de liberté d’expression des commentaires instantanés et sans filtre mais cela nécessite le respect de certaines règles de votre part.
Les attaques personnelles, les commentaires insultants, racistes, homophobes…sont interdits et peuvent faire l’objet de condamnations  pénales  en direction de ceux qui les postent.
Les commentaires « règlements de compte », les listes de commentaires de deux ou trois mots, les discussions fermées et la multiplication des pseudos nuisent au dialogue.  Il serait dommage de changer  le mode de commentaire à cause de quelques personnes  qui ne respectent pas  le Bondy Blog et ses lecteurs.
Merci de votre compréhension.

                                            ***************************************

Très cher Bondy Blog,
Je t'écris aujourd'hui comme à un ami. C'est vrai, je t'ai vu naître il y a un an grâce à un article du Courrier International qui annonçait ton arrivée, et j'ai eu grand plaisir à lire les journalistes suisses qui se sont succédés semaine après semaine, chacun avec son style et sa sensibilité. Plus tard, j'ai vu les premiers pas des jeunes bondynois qui courageusement ont repris le flambeau, et qui t'ont vaillamment fait grandir. J'ai découvert une mosaïque de vécus, de croyances, d'affectivités, d'orientations politiques à travers les blogueurs mais également les commentateurs, et tout ce petit monde m'est devenu petit à petit familier,
voire sympathique. Je n'ai pas souvent échangé avec toi, je suis par nature
une personne qui écoute plus qu'elle ne parle, mais sache que je ne t'ai jamais quitté des yeux.
 
Cependant aujourd'hui, je suis triste, et tu sais sûrement pourquoi. Depuis quelques semaines, on t'a souillé, tes pages sont devenues un dépotoir criblé d'insultes, un champ de bataille aveugle, un émonctoire à toutes les haines. Je ne crois pas que ce soit de ta faute, mais comprend-moi si je te dis que j'ai moins de plaisir à venir te voir, car cette violence me fait
mal. J'espère vivement que tout celà s'apaise, et que nous retrouvions bien vite
un climat courtois et un dialogue respectueux.
Je te serre sur mon coeur, mon cher BB !

Whisky

Profession : chauffeur de bus

Bus Il est loin le temps de la chanson de Gainsbourg, et de son poinçonneur des Lilas ! Suite aux différentes attaques contre des bus, j’ai rencontré Farid (prénom modifié), un conducteur-machiniste, pour prendre la température.

Il est Bondynois depuis toujours. Après avoir travaillé presque 4 ans pour une compagnie privée il est aujourd’hui à la RATP.
J’ai voulu connaître les conditions dans lesquelles il travaille ainsi que son sentiment sur ce qui se passait en ce moment.

Après les agressions sur les bus ces derniers jours, quelle est l’ambiance au dépôt ?
On est environ 500 chauffeurs et l’ambiance est bonne, rien ou presque n’a changé. Ces évènements sont à analyser au cas par cas, on connaît les risques du métier mais faut pas croire à une psychose. Moi je n’ai pas de pression ou de peur particulières.

Comment gérez vous les problèmes de sécurité dans votre travail ?
De manière générale, le mot d’ordre est : pas de risque.
On est géré par contact radio et par GPS, on est en contact avec les autres chauffeurs et dès qu’il y en a un qui rencontre une difficulté il en fait part aux autres par radio. Ça peut être une déviation, ou un simple problème de trafic.
On a aussi une grande prise d’initiative. Si je sens une situation étrange, un attroupement bizarre, etc… je contacte mon régulateur pour le prévenir que je change mon trajet habituel.

Quelle a été votre réaction suite à l’attaque du bus à Marseille ?
On en a beaucoup parlé comme à chaque fois qu’il se passe quelque chose mais ça n’a pas déclenché chez nous un mouvement de grève. On ne débraye que quand l’incident touche directement l’entreprise. On a fait grève contre l’attaque de la ligne 122, le bus a été braqué et brûlé à Montreuil. Il y a eu environ 65% de grévistes en soutien.

Que penses-tu de ce type d’incident ?
Le flingue est utilisé pour faire peur, ça peut tout le temps nous arriver, faut pas y penser sinon tu vas au boulot avec la peur au ventre ! C’est même pas la peine ! Et ce n’est pas mon tempérament. Ces évènements restent rares. Ils se sont rendus compte que le bus c’est du plastique et que ça brûle bien, ils ont vu ça l’année dernière et c’est vrai que c’est impressionnant. En plus c’est un symbole de l’Etat.
Le plus souvent les actes de malveillance c’est des crachats ou du caillassage. Ca c’est moins médiatisé mais pour moi c’est tout aussi important. Les agressions sont régulières.
De toute façon un clash dans un bus ça peut partir super vite si tu gères pas ! Une altercation avec un gamin et tu peux avoir tout un groupe qui revient.
On est sur le terrain et on sent le ras le bol des gens, les attaques c’est par période.

Que penses-tu alors du traitement et de l’analyse de ces évènements par les médias ?
Un blessé grave et les médias montent ça en épingle.
C’est choquant car la fille brûlée ça peut être n’importe qui mais ils alimentent la peur ! Et ils jouent de ça.
Ca reste heureusement un cas isolé, même si c’est un cas de trop, mais c’est vrai que travaillant avec le public on est plus exposé. On le sait avant d’arriver là. Les médias ne prennent que ce qui les arrangent, et là c’est fort comme symbole.

Y a-t-il eu  des mesures particulières récemment sur l’organisation de votre travail ?
On a toute l’année une brigade de sécurité mais qui n’est pas suffisante. Sur Paris c’est diffèrent, ils sont plus nombreux et tournent toute la journée.
Il y a quelques déviations de parcours ou des cars de CRS qui nous suivent. Personnellement je ne suis pas pour car quand ils ne seront plus là ça peut provoquer l’effet inverse, des insultes et de la violence.

Soraya Messaoudi

L'homo sapiens sapiens peut mieux faire

 

Gay_pride_paris_240506_006_1

Le M.A.G. comme "Mouvement d’Affirmation des jeunes Gays et lesbiennes". Cette association a été créée il y a 20 ans pour lutter contre l’homophobie.

N’étant qu’un pion sur l’échiquier scolaire, c’est dans mon service que je fais connaissance avec cette association. Ce jour là, deux intervenants bénévoles sont venus dans le lycée professionnel pas loin de Bondy dans lequel j’exerce mon office, pour parler avec deux classes de terminale. Je décide de participer au débat par curiosité, et par peur aussi que l’intervention ne dérape. Car il faut l’avouer, la rencontre risquait d’être particulière, le public qu’a choisi l’association n’étant pas forcément de tout repos.

Un garçon et une fille se présentent et proposent aux jeunes de regarder d’abord une vidéo et, par la suite, à ceux qui le souhaitent, de poser des questions. La vidéo est une succession de témoignages de jeunes homosexuels apparemment d’origines très diversifiées, avec pour premier message que les homosexuels ne sont pas des extraterrestres, et qu’ils ne sont pas si différents de ces lycéens. La vidéo commence et déjà, les commentaires dans la salle fusent. Apparemment les jeunes ont l’air allergiques aux homosexuels, leurs visages et leurs propos expriment le dégoût. Et lorsqu’un garçon sur la vidéo témoigne : « Je suis musulman et homosexuel, et j’en suis fier », c’est alors un véritable tollé dans la salle. Certains n’hésitent pas à insulter le poste de télévision, d’autres ont l’air vraiment en colère, et j’entends même certains dire qu’ils souhaiteraient quitter la salle.

Le film terminé, la première question aux intervenants est sans surprise : «Vous êtes homosexuels ? ». La réponse est : « Oui ». Mais heureusement pour lui, personne ne lui a sauté dessus pour le tabasser, comme je l’avais envisagé. Les intervenants parlent de leurs homosexualité : à quel âge ils se sont ont aperçus de leurs attirances, comment ça se passe avec leurs familles, le regards qu’on pose sur eux. Les jeunes, eux, voient cela comme une maladie et ne comprennent pas comment on peut être un homme et ne pas avoir d’attirance pour les femmes. Le message qu’essaient de faire passer les intervenants est que l’homosexualité est un état d’être, que la notion de tolérance est très importante, qu’il n’y a pas de différence à tolérer quelqu’un d’une autre couleur ou quelqu’un qui a des attirances différentes. Malheureusement, les lycéens n’ont pas l’air très réceptifs, et continuent de proclamer qu’être homosexuel n’est pas normal. Le message n’est apparemment pas passé : « Si je vois un pd, je change de trottoir », « j’ai pas envie de connaître de pd », « si on les tolère, y en aura trop, et qui fera les enfants ? ». Ces lycéens ont apparemment leurs positions bien ancrées et ne sont pas près de voir l’homosexualité sous un autre angle, mais le fait d’être devant leurs camarades a certainement beaucoup influencé leur discours. Dommage car j’ai trouvé qu’intervenir ainsi dans les lycées était d’abord très courageux, et en plus que le message qu’ils essayaient de faire passer est très important. Si cette initiative existe, c’est à cause des actes homophobes qui n’auraient pas lieu d’être, du regard différent que la société porte encore sur eux. Quelle que soit son orientation, chacun devrai être libre d’aimer qui il veut. Chacun sa route, chacun son chemin, chacun son rêve, chacun destin.

Sin Chou

Une épitaphe pour Le Vrai Journal

 

Karlzero_2 Apres 10 ans de présence sur le PAF Le Vrai Journal s’est éteint. Karl Zéro interrogé à l’occasion du passage de Kamel dans sa nouvelle émission (article à suivre), a bien voulu donner ses impressions sur la mort de son bébé.


Idir, Kamel : C’est un peu prévisible comme question mais tant pis, on peut se tutoyer ?

Karl Zéro : Oui vous pouvez me tutoyer évidemment, sans problème.

Idir : On sentait une certaine liberté de ton dans le Vrai Journal. C’est pour ça que c’est fini ?

Karl Zéro : Oui bien sur. Ca s’est arrêté parce justement il y avait cette liberté de ton qui fait qu’on touchait des sujets auxquels il faut pas toucher dans notre belle République. Après si tu veux ça se passe toujours de la même façon : la direction de la chaîne recevait des appels, ça me retombait sur la gueule et puis ça les énervait. Ils disaient « mais pourquoi vous ne faites pas plutôt juste une émission de divertissement, vous devriez faire que des sketches ». Si ça devient que des sketches, non ! Ca ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de faire qu’une émission comique. J’ai envie d’ouvrir les coulisses et de montrer ce qu’il y a derrière, ce qu’on ne raconte pas à la télé d’habitude. J’ai maintenu la formule pendant 10 ans, c’est un bel effort, mais là c’était plus possible de bosser.

 

Idir : Est-ce qu’une chape de plomb est tombée sur la liberté d’expression en France de manière générale ?

Karl Zéro : Oui. Totalement.

Idir : Tu penses que les présidentielles de 2007 apporteront un changement dans le pays ?

Karl Zéro : Je pense que c’est parti pour que ce soit la même chose que d’habitude. Ca me fait de la peine parce que là on a l’occasion de changer les choses. Je crois que tout le monde espère, que ce soit socialement ou du point de vue des libertés, tout le monde espère qu’il se passe un truc. Il y aura toutes les belles promesses mais je ne suis pas persuadé que derrière ça va suivre.

Kamel : Un mot pour les MDC (mecs de cité) ?

Karl Zéro : Soutien total.


Idir Hocini- Kamel El Houari

My Photo

Notre parrain

  • Hebdo