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Une épitaphe pour Le Vrai Journal

 

Karlzero_2 Apres 10 ans de présence sur le PAF Le Vrai Journal s’est éteint. Karl Zéro interrogé à l’occasion du passage de Kamel dans sa nouvelle émission (article à suivre), a bien voulu donner ses impressions sur la mort de son bébé.


Idir, Kamel : C’est un peu prévisible comme question mais tant pis, on peut se tutoyer ?

Karl Zéro : Oui vous pouvez me tutoyer évidemment, sans problème.

Idir : On sentait une certaine liberté de ton dans le Vrai Journal. C’est pour ça que c’est fini ?

Karl Zéro : Oui bien sur. Ca s’est arrêté parce justement il y avait cette liberté de ton qui fait qu’on touchait des sujets auxquels il faut pas toucher dans notre belle République. Après si tu veux ça se passe toujours de la même façon : la direction de la chaîne recevait des appels, ça me retombait sur la gueule et puis ça les énervait. Ils disaient « mais pourquoi vous ne faites pas plutôt juste une émission de divertissement, vous devriez faire que des sketches ». Si ça devient que des sketches, non ! Ca ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie de faire qu’une émission comique. J’ai envie d’ouvrir les coulisses et de montrer ce qu’il y a derrière, ce qu’on ne raconte pas à la télé d’habitude. J’ai maintenu la formule pendant 10 ans, c’est un bel effort, mais là c’était plus possible de bosser.

 

Idir : Est-ce qu’une chape de plomb est tombée sur la liberté d’expression en France de manière générale ?

Karl Zéro : Oui. Totalement.

Idir : Tu penses que les présidentielles de 2007 apporteront un changement dans le pays ?

Karl Zéro : Je pense que c’est parti pour que ce soit la même chose que d’habitude. Ca me fait de la peine parce que là on a l’occasion de changer les choses. Je crois que tout le monde espère, que ce soit socialement ou du point de vue des libertés, tout le monde espère qu’il se passe un truc. Il y aura toutes les belles promesses mais je ne suis pas persuadé que derrière ça va suivre.

Kamel : Un mot pour les MDC (mecs de cité) ?

Karl Zéro : Soutien total.


Idir Hocini- Kamel El Houari

Juliette, diplômée de Sciences Po : « Pourquoi pas députée ! »

A l’heure où les postulants à la présidentielle 2007 déclarent (ou pas) leur candidature et où l’ensemble des médias se mobilise en grandes pompes, il y a les « bien placés » pour appréhender le débat politique qui est en jeu. Juliette, 25 ans, vient de finir son master en sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Lille, la voie royale qui mène à la diplomatie, dit-on. Aujourd’hui, la fraîche diplômée revient dans son quartier du 93 avec un bagage en droit public et en relations internationales dont elle a bien voulu nous faire part pour le Bondy blog.

Qu’est-ce qui t’as amenée à la filière des relations internationales ?

J’ai toujours cherché à comprendre la société dans laquelle on vit et ses règles du jeu. Alors j’ai commencé par une maîtrise de droit français et européen à la fac de Paris 2 – Assas. J’ai obtenu mon concours d’entrée à l’IEP avant la mise en place des Conventions Education Prioritaire, favorisant l’accès des lycéens issus des ZEP. D’ailleurs, je n’en aurais pas bénéficié, puisque je venais de la fac, et même d’un lycée non conventionné. A l’IEP, je me suis spécialisée dans l’étude des crises internationales par les aspects juridiques, diplomatiques, militaires et judiciaires.

Durant mon stage de six mois au ministère de la défense, j’ai effectué un travail de suivi des crises actuelles comme l'affaire du nucléaire iranien et les opérations de maintien de la paix dans l'Union européenne. C’est stimulant parce que la prise de décisions est capitale. Mes diplômes en poche, je commence à reprendre contact avec mes anciens maîtres de stage pour décrocher un job. Avec l’expérience, j’aimerais participer aux débats de l’Assemblée Nationale et proposer des textes de loi ; pourquoi pas devenir députée !

Dans ce cas, qu’envisagerais-tu et dans quelle circonscription ?

Ah ! Ça, je vais y réfléchir… Peut-être députée de Seine-Saint-Denis. J’aimerais que les citoyens de tous les quartiers puissent prendre la parole et être écoutés par leur représentant.


Que penses-tu du clivage politique gauche / droite ?

Je ne milite pour aucun parti politique. Cela dit, je pense que ce clivage est une stratégie : les différents partis se posent la question de la priorité pour le peuple. La gauche misera sur l’éducation, le partage des richesses, les temps libres pour se cultiver et le rôle important de l'Etat. La droite parlera de sécurité, donc de la police et de l’armée, des libertés individuelles notamment dans la création de richesses.


Selon toi, quelles compétences personnelles les études à Sciences Po requièrent-elles ?

Je ne sais pas si j’avais le bon profil : je suis issue des classes moyennes, alors que ceux de ma promo étaient peu habitués à la mixité sociale. Ils achetaient des vêtements coûteux et pratiquaient le golf ou l’équitation. J’arrivais avec mon diplôme en droit comme seul point fort. Au début, j’ai dû me fondre dans le moule sinon je me faisais lyncher. Et puis, j’ai eu une prise de conscience : je me suis dit qu’après tout, rien de plus naturel que de dire « merde » façon 9-3. J’ai été bercée dans une culture populaire. Je trouve mon équilibre en passant de ce monde à l’autre. On peut dire que je suis un caméléon.

Nadia Boudaoud

Un visa pour le paradis


Si l’histoire plus ancienne peut inspirer des films (et des beaux) comme Indigènes, l’histoire plus récente peut en inspirer d’autres... pour faire des sketchs !

On a su que Jamel Debbouze n’a pas pu assurer la promo du film en Algérie pour cause de visa. Cette information a pu paraître étrange à certains. Chez moi nous sommes assez habitués, car c’est le quotidien de nos familles restées en Algérie…

Le visa de touriste peut-être le point de départ d’un fameux canular.
Toute la jeunesse maghrébine le convoite et l’espère.
Il y a encore une quinzaine d’années il était plus simple de l’obtenir. Mais les temps ont changé. A présent toutes les demandes ou presque sont refusées.
Pour dissuader un peu plus les prétendants au départ il faut même dorénavant qu’ils s’acquittent lors du dépôt de la demande de frais de dossiers d’un montant exorbitant (la moitié d’un smic !). Jusqu’alors, on ne payait ces frais qu’en cas d’acceptation et en vue de la délivrance du précieux sésame, mais maintenant les droits payés sont perdus. Les chanceux sont donc moins nombreux, mais il reste une issue : on ne veut pas leur donner ? Qu’importe, ils l’achètent ! Le prix au marché noir est élevé mais il reste assez stable (quatre smics environs).
Il reste à se cotiser pour le billet, tout aussi excessif, mais qu’importe ! Le rêve n’a pas de prix.

Quand les quelques élus s’envolent les autres attendent.
Cette attente qui pour certains est infernale, est pour moi exquise puisqu’elle laisse place (et le temps) à toute une rêverie car pleine de naïveté et d’espérance. Il imagine un pays, la France, un eldorado qui représenterait la fin de la misère et le commencement d’une « vraie vie », qui voit se bousculer toute une série de fantasmes : avoir un peu d’argent en poche, rouler dans une belle voiture, rencontrer de jolies filles... En attendant, tous passent le temps à rêver, à un pays qu’ils ne verront peut-être jamais.

Ils attendent et cherchent d’autres perspectives que la seule opportunité de tenir un hanout (une boutique) ou d’être ouvrier du BTP. Un cousin qui travaille comme maçon m’a toujours fait sourire : à peine rentré du travail, il troque ses vêtements de travail contre un véritable 501, se fait une belle coupe au gel, se parfume pour les quelques kilomètres à la ronde, (eh oui malgré tout ils ont la classe !!!), et … trompe ensuite son ennui adossé au mur de sa maison, tentant d’oublier sa galère en écoutant une cassette raï sur un poste d’une autre époque. Il était tout entier à son plus beau rendez-vous: son rêve.

Soraya

Aux urnes citoyens !

Cpag


A la suite des émeutes qui ont attiré des regards hagards sur nos quartiers, le nombre d’inscriptions sur les listes électorales aurait grimpé en flèche. Ce sont, en majeure partie, les jeunes de 18 à 25 ans qui ont défrayé les chiffres, représentant effectivement 65% des inscriptions. Une prise de conscience citoyenne dont on peut se féliciter. La mobilisation de quelques célébrités, issues pour la plupart de la banlieue, tels Jamel DEBBOUZE, Lilian THURAM ou encore Joey Starr, y est en partie pour quelque chose. Et puis, à l’approche de l’échéance électorale de 2007, le spectre des élections présidentielles de 2002 hante encore les esprits, dont le mien. Cela fait plusieurs mois que je repousse au lendemain. Mais aujourd’hui, je me dis qu’il est temps, d’autant que le 31 décembre 2006, date de clôture des inscriptions sur les listes électorales, approche à grands pas.

C’est donc en parfaite citoyenne responsable que je me suis rendue à la mairie de Bondy, direction le service des élections. Mais très vite on m’annonce qu’il me manque beaucoup de papiers nécessaires à l’inscription… Je vais donc devoir remettre à un autre jour cette partie de plaisir avec l’administration, ce qui peut décourager plus d’un jeune…

« L’autre jour » arrive, et cette fois, je suis armée jusqu’aux dents. J’ai apporté avec moi toute la paperasse, le sésame qui m’ouvrira les portes de la démocratie dans sa dimension la plus expressive : carte d’identité, attestation d’hébergement des parents, pièce d’identité de l’attestant, justificatif de domicile et enfin tout justificatif au nom du futur électeur. Cinq minutes, cinq petites minutes : voilà ce qu’il a fallu attendre. Je demande à l’agent administratif si le nombre d’inscrits sur les listes a augmenté depuis l’année dernière : « Non, pas vraiment », répond-elle en regardant sa montre, visiblement pressée de terminer son service. J’insiste, essayant d’obtenir des statistiques. Mais c’est peine perdue, pas de documents officiels. L’on m’informe que je recevrai ma carte d’électeur au mois d’avril prochain.

Une fois sortie du bureau, avec le sentiment d’avoir accompli un geste civique, d’autres questions taraudent mon esprit : irais-je vraiment voter en 2007 ? Et surtout pour qui ?

Hanane KADDOUR

APC Recrutement: des racines et des ailes

 

Nous avons à nouveau rencontré Saïd Hammouche, co-fondateur et directeur général d’ APC Recrutement. L’association a continué son développement, aidant les entreprises à dénicher des profils originaux issus des banlieues mais porteurs d’une véritable valeur ajoutée pour l’entreprise. Saïd aime insister sur le fait que l’association s’inscrit d’abord et avant tout dans une démarche commerciale envers les entreprises. Son propos est d’ailleurs très clair : il veut lutter pour l’insertion sans victimisation, permettre à des entreprises de recruter des personnes compétentes et talentueuses issues des banlieues. Dans cette logique Saïd insiste sur le fait que les profils recrutés sont d’abord des « individus » plutôt que des « diplômés » : APC Recrutement s’intéresse aux cursus non linéaires, plutôt que de recruter des clones, l’association recherche le potentiel des individus.

Mais avec le succès de nouvelles idées naissent et l’association ne veut pas en rester là. Dans ses cartons l’entreprise déborde de projets. Elle souhaite construire un réseau national, une sorte de fédération APC Recrutement. Une telle structure permettrait de créer un effet d’échelle intéressant dans la mise en relation des employeurs et des candidats. Saïd espère aussi construire prochainement une pépinière d’entreprises, permettant l’hébergement de nouvelles sociétés dans un centre d’affaires et leur offrant l’accompagnement nécessaire pour faciliter leur développement. Et à voir la flamme qui anime Saïd, on se dit qu’on n’a pas fini d’entendre parler de ses projets.

Cependant, au fil de la conversation, je ne peux m’empêcher de penser qu’APC Recrutement développe une double identité : l’association s’inscrit dans une logique économique et commerciale envers les entreprises partenaires. Mais elle ne peut oublier non plus ces « clients sociaux » que sont les jeunes talents issus des banlieues. Ainsi lorsqu’APC identifie une opportunité pour un jeune, elle n’hésite pas un instant à l’aider même si de telles missions d’outplacement sont souvent plus sociales que commerciales. Saïd semble conscient de ces contradictions, une forme de grand écart que l’association vit au quotidien et qui pour l’instant la pousse à conserver cette structure associative. Mais à voir l’ambition affichée, on se dit qu’APC Recrutement pourrait être amenée à faire des choix difficiles dans le futur : être au service des entreprises ou des talents issus de la banlieue ? Lequel est le moyen, lequel est le but ?

A suivre !

Cédric Roussel

Kamel le retour: le quartier de la Bourse

Au sortir d’un chat au Nouvel Observateur, Place de la Bourse, l’envie subite de visiter le quartier nous a pris. « Tiens si on faisait un post sur notre périple mon cher Idir ? » me dit d’un air guilleret Kamel. Le hasard a voulu que nous soyons équipés d’un appareil photo, d’un carnet de notes et d’un stylo. Le ciel était limpide comme un matin de printemps en fleurs et dans l’air flottait comme une odeur de paprika ….Mon compagnon me sommant d’arrêter de jouer le mytho voici donc une intro moins emprunte de lyrisme : « Ne rentrez pas à Bondy sans avoir fait un papier ! Le Mc Do ça se mérite! ». C’est sur cette terrible injonction que notre rédacteur en chef nous quitte après le déjeuner suivant notre matinée au Nouvel Obs. On aurait préféré un grec mais on s’exécute. Après Kamel chez Sarko, Kamel avenue Montaigne, voici donc Kamel au quartier de la Bourse (jusqu’aux Galeries La Fayette).

« Tu sais pas prendre une photo, passe ! ». « Arrête de faire ton timide laisses moi-parler !». Le petit nouveau admire le maître à l’œuvre, Kamel au boulot c’est quelque chose. Impossible de pénétrer l’édifice de la Bourse, TF1 y tourne Femme de loi. Aucun des hommes habillés en costume gravitant dans le quartier ne veut avouer qu’il travaille dans la finance, notre sujet sur les golden boys tombe à l’eau. Ce n’est rien, Kamel propose tout bêtement de raconter ce qu’il voit.

Kamel_bourse_2

Cette demoiselle tout d’abord, élégante et brushinguée contemplant la vitrine d’une armurerie. Mon ami, intrigué, l’aborde et lui demande pourquoi une femme pourrait bien s’intéresser aux armes : « J’habite en banlieue dans le 78, on sait jamais pour ma protection ». En plaisantant Kamel joue les connaisseurs et lui propose un flingue qu’il montre du doigt comme ça au hasard. Un python Magnum 357 de marque Colt, si j’en crois la forme de la crosse, à canon réduit (non je ne sus pas membre de la NRA, juste fan de Nicky Larson). Il continue sa boutade en affirmant pouvoir lui avoir des armes deux fois moins chères. La chalande prend notre ami au sérieux au point de quémander son mail ! Y a-t-il eu des Kamel en Tchétchénie ou des Kamel en ex-Yougoslavie ? Je me promis plus tard d’aller décortiquer les archives du Blog voir si je n’aurais pas manqué quelques épisodes d’anthologie.

On continue notre marche, Kamel s’émeut à la vue de mendiants dont l’activité contraste tant avec le pedigree du quartier. Une dizaine furent ainsi croisés sur notre route, des Roumains des Africains et même une sexagénaire qui semble venir de nos campagnes. Les distributeurs de billets à chaque coin de rue l’interpellent également : « Il n’y en a pas un à Bondy Nord (sauf celui de la Poste) tu te rends comptes, la CB de la banlieue, c’est la carte CMU  ». Kamel pointant du doigt un édifice, demande « c’est quoi cette gare ?», je lui réponds que c’est l’Opéra, le nom de la place où l’on se trouve confirme mes dires. On s’extasie devant les prix affichés dans chaque salon de coiffure : 25 euros la coupe pour hommes alors que c’est 10 à Bondy et même 6 chez le Pakistanais pour une coupe de luxe.

Voyant une jolie montre sous une enseigne Rolex c’est tout naturellement que mon camarade meKamel_rolex_1 propose d’aller s’enquérir du prix à l’intérieur. On passe un sas de sécurité, un vigile et, malgré le manque flagrant de moyens affiché par nos guenilles, nous sommes très cordialement accueillis dans ce haut lieu du luxe. La vendeuse propose à Kamel d’essayer la montre, ce qu’il fait sans hésiter. C’est fou à quel point une mécanique de précision à 21 800 € peut changer un homme. Dans le court laps de temps où ce bijou s’enroula sur le poignet de mon collègue celui-ci devint plus beau, presque fluo tellement j’avais l’impression qu’il brillerait dans la nuit. Redevenu Bondynois il promit à notre ôte de revenir dans les prochains jours l’acheter, « l’Euro-million c’est vendredi ! » lança-t-il avant de partir.

Arrivés aux Galeries Lafayette Mister El Houari n’eut qu’une seule remarque cette fois : « Je préfère le Carrefour de Rosny 2, c’est trop surfait ici». Kamel retourne enfin à Bondy le vent dans les cheveux coupés à ras, l’air était vif et les effluves de jasmin qui s’évadaient des palmeraies environnantes accompagnèrent notre ami dans son retour à Blanqui la lumineuse.

Ses dernières paroles furent pour son scribe : « Idir !! C’est quoi ces phrases de bouffon, tu te fous de moi ?! ». Une élévation de la voix, des poings serrés, un rictus de rage sur ce beau visage basané rappelèrent à ma mémoire ces magnifiques moments de partage avec père et son ceinturon. Un homme averti en vaut deux et court plus vite, d’autant que les deux filets o fish et la grande frite du midi pesèrent lourdement sur l’estomac de Kamel, incapable de rivaliser à la course avec son compagnon.

Idir Hocini- Kamel El Houari

L’UMP déçoit ses « minorités visibles », déboussolées par Sarkozy

Nouveau club dans le parti majoritaire : « Visibles », censé favoriser la promotion politique des personnes issues de l’immigration.

Une douzaine : c’est le nombre de candidats issus de l’immigration que l’UMP présentera aux élections législatives de 2007. L’annonce en a été faite jeudi au Sénat, à l’occasion d’un déjeuner-débat organisé par le député-maire de Montereau (Seine-et-Marne), Yves Jego, en présence du ministre délégué aux collectivités locales, Brice Hortefeux, bras droit de Nicolas Sarkozy, et d’'une cinquantaine d'élus locaux appartenant aux « minorités visibles ».

Une douzaine de candidats, donc, et non pas vingt, trente ou quarante, comme les plus optimistes l’espéraient il y a six mois encore. Brice Hortefeux s’en est expliqué. En l’absence d’une politique de quotas la priorité, comme le veut une règle non écrite, va aux députés sortants. En l’occurrence 365, « sauf si parmi eux, certains sont trop âgés ou ont joué un rôle contraire aux intérêts de la majorité en cours de législature », a précisé le ministre délégué. Il n’y aura donc aucun candidat noir ou arabe à la place d’un sortant de l’UMP. La douzaine prévue devra batailler dans des circonscriptions tenues par des socialistes ou des communistes.

Brice Hortefeux a cherché à positiver en comparant ces chiffres à ceux du Parti socialiste. « Douze, par rapport aux 212 sièges aujourd’hui non occupés par l’UMP à l’Assemblée nationale, cela représente 6 %, a-t-il indiqué. C’est plus que le PS, qui aura une petite vingtaine de candidats issus des minorités visibles, soit 4 % des 450 sièges qu’il ne détient pas actuellement. Comparé aux socialistes, nous faisons mieux en proportion de 50 %. »

Le déjeuner d’hier, à huit mois des élections législatives, était censé marquer la naissance d’un nouveau club de l’UMP dirigé par Yves Jego, « Visibles », en référence aux minorités du même nom. L’accueil réservé par les convives aux propos de Brice Hortefeux et au slogan « Visibles » a été assez froid. Le député-maire de Montereau s’est dit prêt à changer l’appellation du club.

Conseillère municipale de Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Najia El Mehdaoui, a pris la parole pour regretter que la fédération UMP du 93 n’ait pas investi des personnes issues de l’immigration aux places laissées vacantes par deux députés UMP du département qui ne se représentent pas. Leurs suppléants, qui faisaient banquette depuis de nombreuses années, ont semble-t-il été prioritaires. « Il est logique que les militants de longue date soient récompensés avant les nouveaux adhérents issus des minorités visibles, qui n’ont généralement que deux ans d’ancienneté dans le parti », tempère un membre de l’UMP d’origine maghrébine.

Les critiques ou les attentes ont en outre porté sur l’action du ministre de l’Intérieur et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy. Emmanuel Njoh, originaire du Cameroun, investi dans une circonscription du Val-de-Marne, a déclaré que « le président (Nicolas Sarkozy) devait revenir dans les quartiers ». « La politique de Sarkozy devient illisible à l’égard des banlieues », s’est alarmé un autre élu local. « La situation sur le terrain est difficile, je ne vous le cache pas. On est seul face à une population remontée », a renchéri un troisième.

Brice Hortefeux a tenté de défendre son chef : « Il ne faut pas dévier, a-t-il répondu. Nicolas Sarkozy est populaire. Il a la simplicité des mots et le courage des actes. »

Antoine Menusier

La politique issue du quartier

Ali_zahi_1 En tout honnêteté, la principale information que j’avais retenue des émeutes de 2005 en regardant la télé tenait à peu près à ceci : « Tiens, Ali est le directeur de cabinet du maire de Clichy !». Ce conseiller municipal a souvent été interviewé par les grandes chaînes TV durant les mêmes événements qui ont abouti à la création de notre blog. Mais avant d’avoir les honneurs de la République, monsieur Zahi était pour moi un grand de la cité, nous avons en effet tout les deux grandi à la Sablière, la cité SCNF de Bondy Sud. D’ailleurs les vieux réflexes ont immédiatement pris le dessus : à peine me suis-je assis dans son bureau où il a bien voulu m’accueillir pour l’interview, que ses premiers mots furent des questions un peu inquiètes posées sur mon avenir, des nouvelles prises de la famille, des conseils et des recommandations de grand-frère (d’ailleurs j’accuse le mien de lui avoir passé un coup de fils sur le sujet). Bref Ali Zahi comme je l’avais laissé il y a 7 ou 8 ans.

Ali est un enfant du pays, voila 23 ans qu’il vit à Bondy. Lui et sa famille sont venus du Maroc quand il avait 7 ans. Il a eu une scolarité somme toute classique : collège Pierre Curie, lycée technique à Gustave Eiffel (qui a la meilleure cantine de la région) puis BTS électrotechnique. Interrogé sur la façon dont on passe d’une soudure de composant à la politique il répond : «  J’ai voulu continuer jusqu’a Bac +3 pour passer le concours de CPE mais finalement j’ai préféré me tourner vers une autre voie ». Pendant ses études monsieur Zahi travaillait comme animateur dans le centre aéré de son quartier, au fil des ans il en est devenu directeur, d’où ses premiers contacts avec l’équipe municipale. « Ca s’inscrit dans la continuîté, j’ai toujours aimé travailler dans le social, aider les gens, faire changer les choses ... J’ai fait des rencontres dans l’administration par le biais de mon travail de directeur, un bon feeling s’est établi avec Gilbert Roger (maire de Bondy), il m’a mis sur sa liste ».

Elu, il participe au conseil municipal de la ville, il intègre par la suite l’équipe de Claude Dillain, maire de Clichy, devient son directeur de cabinet. Son poste de conseiller municipal à Bondy n’étant pas rémunéré, c’est le travail qu’il fait quotidiennement dans la ville, épicentre de ce que fut la flambée des banlieues, qui le fait vivre. « Ces deux casquettes sont pour moi complémentaires, être élu et administratif m’aide dans mes deux fonctions. A Clichy je m’occupe des relations de la mairie avec l’extérieur, les medias et les partis principalement, je suis également responsable des déplacements du maire, je prépare les dossiers, je sais désormais ce que c’est qu’une ville, comment on la gère, et ça m’aide pour mon travail sur Bondy. »

Chantre de la culture Bondynoise, j’ai particulièrement apprécié ses impressions sur notre ville: « On fait partie de ces jeunes qui ont grandi à Bondy, on a pas envie de la quitter. Personnellement j’y suis attaché, c’est un plaisir de participer à sa gestion. J’aimerais rendre à mon quartier ce qu’il nous a donné, même si ce n’est pas énorme ».

L’entretien glisse sur la problématique dite de l’arabe de service: «  On n'avance plus si on s’occupe de certaines allusions. Ceci dit, devant un beur, les gens qui viennent me solliciter ont un sentiment d’espoir, ils y voient une reconnaissance, certains m’appellent même mon fils. J’encourage vivement tout les jeunes à s’intéresser à leur ville et à sa politique, c’est très enrichissant, c’est ce qui nous fera avancer».

Par la suite beaucoup de choses ont été dites sur Clichy sous Bois, une ville aussi facile d’accès que Walnut Grove (la petite maison dans la prairie) et qui par son esthétisme envoûtant, devrait à mon sens être jumelée avec Bogota ou Kandahar.

Idir Hocini

 A suivre, la suite de l’interview sur les problèmes que connaît la ville de Clichy sous Bois.

L’école lève le voile

« Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ».

Le 25 mars 2004, cette loi sur le port des signes religieux à l’école réaffirmait le principe fondamental de la laïcité, à la suite d’un débat passionné qui n’a jamais autant divisé la sphère politique, les Français mais aussi le monde musulman. Le projet de loi a été qualifié de « loi d’exception » et même d’  « affaire Dreyfus ». Aujourd’hui, il semble que ce principe si cher à la République s’applique sans difficultés. Nous avons rencontré Doha, une jeune collégienne de 16 ans qui a vécu l’avant /après. C’est lors de la rentrée scolaire en 2004 qu’elle a été contrainte d’abandonner son hidjab chaque fois qu’elle franchissait le seuil du collège.

Portes-tu le hidjab par contrainte ou par choix personnel ?

D’une façon générale, quand je prends une décision, c’est toujours que je suis convaincue et satisfaite de le faire. Personne ne me pousse. Bien sûr, je peux demander conseil pour des tas de choses à mon entourage, et pourquoi pas, suivre ces conseils.

Pour le port du voile, c’est un choix totalement personnel. C’est une question de croyance, de foi. 


Penses-tu que les élèves de ton collège ainsi que tes professeurs comprennent que tu portes le hidjab par choix personnel ?

Les élèves ? Je pense que oui. Pas tous. Je ne connais pas tous les élèves du collège. Chacun a son opinion. On me demande souvent si c’est mes parents qui m’obligent à mettre le hidjab, ça m’énerve un peu, mais en même temps, ça permet de mettre les choses au clair. Je leur explique que c’est mon choix à moi. Après, on me croit tant mieux, on me croit pas tant pis !

C’est dommage que la plupart des élèves, et des gens en général, pensent que la religion musulmane est sévère. Peut-être que des filles qui portant le voile par obligation, ça existe. C’est pas mon cas, et je pense que ça ne concerne qu’une minorité.


Que ressens-tu chaque fois que tu retires ton hidjab à l'entrée du collège ? Perçois-tu des regards accusateurs envers toi ?

Au début, c’était difficile. Aujourd’hui, c’est toujours aussi difficile. Je ne sais pas comment l’expliquer. C’est uns sentiment bizarre. Je me sens gênée, le plus parce que tout le monde voit mes cheveux, ma tête découverte, sans hidjab. C’est comme si on vous demandait de retirer un vêtement. En fait, je me sens comme déshabillée. C’est simple, quand je porte le voile je suis à l’aise, protégée, quand je le retire, mal à l’aise, inconfortable…

Accepter de retirer son voile, est-ce être d’accord avec la loi sur la laïcité ?

Je vis dans une société laïque, je suis jeune. Beaucoup de difficultés m’attendent encore. Si j’avais choisi de ne pas retirer mon voile, j’aurais fait une croix sur mes études. J’ai donc choisi de privilégier l’école, mes études, mon avenir, même si ce n’est pas facile.

La laïcité, je suis plutôt d’accord avec. Mais il faut qu’elle soit appliquée pareil pour tout le monde.

Hanane Kaddour

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