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Une marche vers l’espoir

Le Mpr_bis 27 octobre 2006, jour de deuil à Clichy-sous-bois, en mémoire à Zyed et Bouna, les deux adolescents morts électrocutés dans la centrale EDF l’année dernière. Jour d’espoir aussi, pour le millier de personnes venues participer à la marche silencieuse qui a démarré à 9h45 place de la mairie, sous l’égide notamment du maire de Clichy-sous-bois, Claude Dilain, aux côtés des associations Au delà des mots  et AC le Feu  ainsi que les familles des deux garçons. Il y avait aussi Muhittin, rescapé de l’épisode du transformateur : « le soir de l’accident, tous les trois cherchions une cachette au milieu des câbles à haute tension sans savoir ce que c’était car la police venait d’interpeller des personnes et commençait à nous courser.... Je me suis expliqué des dizaines de fois à la télé, mais l’enquête n’avance pas ! Au contraire, j’ai reçu un appel des autorités turques [son pays d’origine] qui m’a menacé de me ramener au pays. J’ai l’impression qu’on nous prend pour des idiots ».

Rafika, membre d’AC le Feu, étudiante en Langues et serveuse dans un fast-food est déterminée à « ne pas s’arrêter à la mort de Zyed et Bouna. Nous nous donnons les moyens de motiver tous les citoyens de banlieue. Nous avons choisi d’espérer pour avancer ». Beaucoup de collégiens, lycéens, professeurs, des « anciens » qui habitent à Clichy-sous-bois depuis plus de 15 ans et… autant de journalistes venus eux de tous les horizons. Comme ceux du New York Times avec qui j’ai réalisé le reportage et un confrère de France 3, qui nous demande si cet événement « vaut la peine » d’être suivi par les médias internationaux !

Parmi les personnalités présentes au défilé, le passage éclair de la secrétaire nationale du parti communiste, Marie-george Buffet, les maires UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine et du Raincy, Eric Raoult, aussi vice-président de l’Assemblée Nationale, qui a souhaité s’« associer à la mémoire des familles ». Bien que n’ayant « pas été convié » à marcher en tête de file aux côtés de ses homologues des communes voisines, M. Raoult estime qu’il faut « faire bouger les choses en se parlant tous ensemble pour essayer de trouver des solutions ». Elisabeth Pochon, conseillère municipale PS à la ville de Villemomble, est conseillère principale d’éducation dans un collège depuis près de 10 ans. Elle milite, entre autres, contre les discriminations et elle s’est rendue avec conviction à cette marche : « il faut arrêter d’être en retard ! Le 93 est le département le plus jeune de France. Qu’on arrête d’oublier ces enfants qui sont une chance incroyable et un berceau de l’activité économique pour l’avenir du pays ».

Madame Culioli, la principale du collège Robert Doisneau souligne à propos de ses deux anciens élèves : « Nous devons faire en sorte que Zyed et Bouna qui n’ont jamais été violents ne soient pas morts pour rien. Ce jour doit faire réfléchir les jeunes à ce que doit être la vie. Dans mon établissement, nous encourageons tous nos élèves à choisir le dialogue plutôt que de taire leurs problèmes. Et, comme dans les deux autres collèges de Clichy-sous-Bois, nous assurons un suivi individuel adapté à chaque élève ».

D’autres personnes se contentent de regarder passer la foule disciplinée comme Nadira Mahi, laStle_clichy_1 gardienne du quartier du Chêne Pointu où ont grandi Zyed et Muhittin. Ne pouvant quitter son service, elle lance d’un air désolé : « Nous devons tout mettre en œuvre pour éviter un drame pareil à l’avenir ».

Le cortège a longé l’allée Maurice Audin pour rejoindre l’entrée de la fameuse centrale EDF. Une gerbe de fleurs y a été déposée, accompagnée d’une émotion particulièrement intense. La foule qui grandissait sur son passage s’est finalement rendue au parvis du collège Robert Doisneau, à deux pas de la mairie, où une stèle de pierre blanche au nom des deux défunts à été inaugurée par le maire, Claude Dilain. Un trajet sous forme de boucle, avec l’intention de mettre fin au désarroi des Clichois.

Nadia Boudaoud

* Les 20 et 21 novembre, une dizaine de policiers des commissariats des communes voisines de Livry-Gargan et du Rainçy vont être interrogés par le juge d’instruction, Olivier Géron, sur les circonstances de la fuite de Zyed, Bouna et Muhittin le soir du 27 octobre 2005. Certains d’entre-eux devraient être mis en examen.

Vous reprendrez bien un p'tit coup de pression ?

Noctilien_1

Etant sur Paris samedi soir très tard, j’avais donc l’occasion de prendre pour la première fois le Noctilien 41 qui traverse la ville de Bondy. Ainsi, même en plein milieu de la nuit, il y a possibilité de rentrer sur Bondy. Mais ces derniers temps, l’atmosphère bizarre qui règne marquant l’anniversaire des émeutes en banlieue peut même toucher là où on ne l’attend pas. Un premier Noctilien à Chatelet pour rejoindre Gare de l’Est, et normalement, je devrais être chez moi vers 4h30. Dans ce premier bus aussi plein qu’en heure de pointe, ça jacasse beaucoup, que se passe t-il ? Je demande confirmation sur mon trajet au chauffeur, et à ma grande surprise celui-ci m’annonce qu’aucun Noctilien ne rentre en Seine st Denis. Tous les chauffeurs ont reçu la consigne de ne pas aller plus loin une fois arrivés à la frontière Paris-93.

Bien entendu, cette décision n’a rien de scandaleux après les évènements de ces derniers jours avec tous ces bus qui flambent. Mais que ce passe t-ils dans la tête de ces jeunes fous ? Que leur rapportent leurs actes criminels ? Représentant une toute petite minorité inférieure à 1/10000e des banlieusards, chacun de ces individus au sein de leurs meutes aime à se mettre en avant, et pour cela, ils ont leurs propres signes de noblesses, bien à eux : trafic, baston, racket, ils maîtrisent la pratique du « rien à foutre » et du « foutre la merde » à merveille. Ces derniers sont actuellement à la mode des bus. Une proie idéale, facile, peu de gestes ni de temps pour un maximum de dégâts, un rendement optimal. Le problème des banlieues n’est qu’un prétexte pour leurs activités de pyromanes, et même si ces individus sont nés justement du problème des banlieues, rien ne justifie leurs actes.

Malheureusement, leur égoïsme ont pour premières victimes tous les autres qui vivent à leurs côtés, leurs amis, leurs famille, leurs voisins. N’ayant pas de signes particuliers pour les distinguer des autres, si ce n’est une capuche, une casquette, ou des baskets, c'est-à-dire comme tous les autres qui n’ont rien fait et qui du coup sont mis dans le même sac, les idées et préjugés sont donc encore braqués sur les cités.

Ces actes de violences sont pour moi une reprise des émeutes de l’année dernière. Mais tout ceci n’a pas repris naturellement comme arrive une saison après l’automne. Malheureusement, à force de parler d’un anniversaire, certains ont envie de le fêter. Et comme l’année dernière, c’est un peu partout que l’on retrouve des incidents. Le jeu du petit concours médiatique est relancé, qui représentera le mieux sa cité, sa commune, son département ? Les médias devraient peut être ne pas citer les lieux des incidents. Forcément on a le droit de savoir ce qui se passe, qu’est-ce qui a brûlé, mais il n’est peut être pas fondamental dans ce genre d’informations de connaitre le lieu. Cela permettra peut être de limiter ces actes qui auront moins de valeurs aux yeux des vandales.

Pour la petite histoire, j’ai dû attendre le premier métro à la porte de Pantin un bon moment, jusque vers 5h30. Mais pourquoi la bouche de métro n’est-elle pas encore ouverte ? Pourtant, c’est l’heure ! Il aura fallu attendre quelqu’un dire : « c’est le changement d’heure cette nuit ! » Pour que tout le monde, agglutiné à la bouche de métro tape du pied en se disant : « En plus je savais ! ». J’attends encore, mais y’a de l’ambiance, des bourrés qui dorment par terre, un groupe de wesh qui cherchent des embrouilles, un pseudo comédien qui fait son intéressant, une bagarre. 1h35 plus tard, je monte enfin dans le métro pour 2 stations et là, le bus n’est encore que dans une heure. Hors de question d’attendre, après quelques tentatives infructueuses de faire du stop, je décide de faire deux stations de métro de plus et les 26 minutes de bus à attendre à Bobigny ont été plutôt un soulagement. Un véritable cas pratique du « plan galère » que je réussis avec brio ! A la descente du bus, une vitre de l’abribus brisée n’étonne plus du tout en ces temps ci.

Sin Chou

Bakary Kamara, un entrepreneur passionné du ballon rond (3)

Dans le cadre de notre rubrique consacrée l’économie et les entrepreneurs issus des banlieues, ce texte est le troisième et dernier volet d’une série retraçant l’aventure de l’un d’entre eux, Bakary Kamara.

Le parcours de Bakary est celui d’un passionné pour lequel « football » se conjugue avec esprit d’entreprise et innovation. Même lorsqu’il travaille sur Paris, il ne manque pas un seul entraînement dans son club de Rouen. Mais lorsqu’il se prépare dans les vestiaires, il a toujours cette même contrariété : pour tenir en place ses protège-tibias, Bakary doit se débrouiller et utilise généralement de la bande adhésive. Il trouve la technique « artisanale » et il s’étonne de l’absence d’une solution plus élégante. Il se renseigne sur ce qui se fait dans le football professionnel et constate que rien de mieux n’existe. Bakary réfléchit alors à une solution et trouve son idée en imaginant une bande extensible capable d’assurer cette fonction.  Il dépose alors cette idée à l’INPI sous le format d’une enveloppe Soleau, un moyen légal lui permettant de marquer l’antériorité de son idée. Il profite alors de ses pauses-déjeuner pour se documenter et monter lui-même son dossier. Quelques semaines plus tard, il dépose sa demande officielle de brevet.

A l’automne 2003 alors que la boutique K2FOOT a démarré depuis quelques mois, Bakary se voit enfin attribuer son brevet. Ce dernier représente une excellente opportunité de faire connaître son entreprise. Bakary recherche donc un partenaire pour développer et fabriquer ce qui va devenir le Tibtop. Il se tourne vers la société Thuasne, spécialiste des tissus élastiques. Il contacte par téléphone le directeur de la recherche et développement de l’entreprise et en 10 minutes le convainc de l’intérêt de son projet. Rapidement ce dernier fait parvenir à Bakary ses premiers échantillons : une bande élastique lavable et réutilisable dont ils valident ensemble le design optimal. Bakary envoie alors le produit à un ami footballeur professionnel à Auxerre qui le teste à l’entraînement et annonce à Bakary qu’il l’utilisera le samedi suivant, en match. D’autres footballeurs s’intéressent au Tibtop. Bakary se rend régulièrement à Auxerre où il profite des matchs à domicile pour distribuer son produit aux joueurs des équipes adverses. A la sortie des matchs il interpelle les joueurs, non pour leur demander un autographe mais pour leur donner des Tibtops portant leurs numéros. Il n’en faut pas plus à Bakary pour commencer à se constituer une liste de clients prestigieux dans la ligue professionnelle. Encore plus étonnant, on commence à l’appeler au sujet du produit sans qu’il ne fasse de démarche commerciale.

Le Tibtop attire l’attention et on propose à Bakary de lui racheter son brevet. Cependant Bakary a son idée concernant son invention. La phase de prototypage touche à sa fin et Bakary s’entend avec Thuasne pour établir un contrat de fabrication et de distribution : la seule condition, que le Tibtop puisse être commercialisé entre 7 et 8 Euro. Pour lui c’est important que la mère de famille puisse acheter le Tibtop à ses enfants en lieu et place de l’Elastoplaste du pharmacien. A l’automne 2005, déjà 150000 paires ont été vendues. Un contrat a été signé avec l’Olympique Lyonnais pour l’inclure dans la liste de leurs produits. Et en octobre 2006 le Tibtop devrait pouvoir porter le logo de la ligue de football professionnel.

Si le Tibtop vous intéresse ou si vous êtes simplement passionnés de football, n’hésitez pas à faire un tour sur le site Internet de Bakary ou même, allez voir Bakary et son équipe chez K2FOOT à Rouen qui vous accueilleront avec le sourire !

Cedric Roussel

Le site web de l’entreprise de Bakary Kamara : www.k2foot.com

L'énigme de Monsieur D.

Monsieur D. est né dans les années 20 à Oran, en Algérie. En août 1962, il est rapatrié sur Paris où il loue une petite chambre de bonne dans le 16e arrondissement. Il continue à exercer sa profession d’instituteur dans une école de garçons et souhaite ardemment un « logement composé de 2 pièces cuisine » en banlieue parisienne. Il l’obtiendra en 1968 puisqu’un certain nombre de logements sociaux sont alors réservés aux rapatriés d’Algérie. L’oncle et la tante avec qui il devait vivre partent en maison de retraite, le laissant seul.

Même après avoir cessé son activité professionnelle, Monsieur D. part tous les matins en stop pour Paris, ramasse les tickets de transport pour voyager en fraude et revient le soir vers 19h. L’histoire de Monsieur D. serait anodine tant que l’on ne prend pas la peine d’ouvrir la porte de son logement. En effet, les cafards y pullulent, les sanitaires sont hors service, la baignoire complètement rouillée. Des odeurs nauséabondes s’échappent sur le pallier. Monsieur D. entasse partout depuis son entrée tous les courriers qu’il reçoit après les avoir lus. Monsieur D. est inflexible face aux multiples tentatives des services sociaux : « Je n’ai pas besoin de la charité de cette société. »

Ariane



UN JOUR DE SILENCE

Zyed_bouna_1


AC Le Feu présente ses doléances

Il n’y avait pas foule, hier dans Paris (deux cents selon la police, mais peut-être le double), pour accompagner les « cahiers de doléances » jusqu’à leurs destinataires, les parlementaires. Mais l’ambiance était bon enfant, avec des chants et des danses qui ont égayé le parcours, pour le plus grand plaisir des riverains. Une serveuse se réjouissait qu’il se passe enfin quelque chose au coin de la rue du Bac, point d’aboutissement de la marche. Richard Bohringer a fait sensation en venant discuter avec les jeunes en tête du parcours. Le but n’était pas qu’un nombre important de manifestants se joigne à la marche. Stéphane Pocrain déplorait pourtant qu’on n’ait pas vu plus de personnalités politiques venir soutenir une cause centrale, selon lui, de la vie politique. A part Hervé Bramy, président du conseil général de Seine-Saint-Denis, il n’y avait que quelques militants de la LCR, et surtout des associations . Leila Dixmier et Jean-Claude Tchicaya du collectif "Devoir de mémoire" sont venus en sympatisants d'une "initiative remarquable", en attendant de voir le texte des doléances récoltées . Il était question hier, un an après le déclenchement des émeutes de banlieues, de faire un pas de plus en direction de l’ « égalité ».

Organisée par le collectif AC Le Feu, né à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, où la mort tragique de deux jeunes, Zyad et Bouna, avait provoqué une révolte de près d’un mois, la marche d’hier marquait l’achèvement d’un tour de France des villes de six mois, au cours duquel 20 000 doléances ont été collectées. Les priorités qui en ressortent sont « l’emploi, le logement, la lutte contre les discriminations et une réforme des pratiques policières », explique Mohamed Mechmache, l’un des fondateurs d’AC Le Feu.

Deux délégations de l’association ont été reçues par les chefs des groupes politiques du Sénat et de l’Assemblée nationale, auxquels elles ont remis une synthèse des cahiers. Le président de l'Assemblée nationale, Jean-Louis Debré, n’a pas souhaité recevoir les représentants du collectif. Il aurait demandé qu’on dépose les doléances chez le « gardien » du Palais-Bourbon.

La plupart des manifestants arborait un T-shirt noir avec, en jaune, l’inscription suivante : « La marche des doléances 2006. Pour une politique choisie et non subie », clin d’œil au mot d’ordre sur l’immigration du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Chez les plus anciens du mouvement, il y avait le lointain souvenir de la marche pour l’égalité de 1983, dite "marche des Beurs", qui répondait, déjà, à un été très « chaud » dans les banlieues. La mobilisation d’alors avait donné naissance à l’association SOS-Racisme et son fameux slogan « Touche pas à mon pote », mais elle n’avait pas mis fin aux discriminations.

Hier, pourtant, l’espoir était le même qu’en 1983. « Brandissez vos cartes d’électeur et d’identité, demanda le speaker aux manifestants. Il faut qu’on voie que nous sommes Français, car certains voudraient faire croire que nous ne le sommes pas. Nous ne sommes ni la France d’en bas, ni la France d’en haut. Nous sommes Français. » Et il entonna La Marseillaise, reprise timidement par les marcheurs, alors que des dames d’extrême gauche, disent qu’elles auraient été d’accord de chanter L’Internationale.

Julien, qui sortait d’un cours à Sciences Po, qui se trouve à deux pas du boulevard, a trouvé très intelligente cette idée de cahier de doléances. Une manière astucieuse de rappeler la République à ses principes fondateurs issus de la Révolution française.

Antoine Menusier

Samy Khaldi

Eléments de sociologie scolaire

Il est surprenant de constater à quel point les étudiants du secondaire ont magnifiquement assimilé les théories de Karl Marx sur la lutte des classes. La société scolaire est un microcosme bien huilé qui calque son fonctionnement sur la structure sociale des adultes. Les élèves sont en effet dès la sixième catalogués dans une caste qui les discriminera jusqu'au Bac voire même au-delà. Ainsi au triptyque classique : classe supérieure, moyenne, et prolétaire en vigueur chez leurs parents, se substitue dans l’établissement de ces adolescents celui de : gens populaires, Bad boys, et bouseux.

Trois castes pour diviser ce concentré d’hormones en ébullition et de faciès volcaniques c’est peu, en fait il faudrait ajouter des sous-classes. Par exemple dans la gent populaire il y a ceux qui ont les moyens de collaborer avec la dictature vestimentaire instituée par les médias, et  le groupe des belles gens. Chez les bouseux, il a les bouffons (ceux qui ont des bonnes notes) les pauvres et les moches. Les bad boys semblent plus uniformes puisqu'ils regroupent simplement les individus sachant se servir de leurs poings ou ceux habiles à faire jouer les solidarités de quartier (ou de cité si vous préférez).

Comment fonctionne ce beau monde ? C’est simple. Ceux qui sont beaux partent avec un net avantage, à minimum de frais ils rentrent facilement dans le premier ordre, ils seront courtisés et approchés par les meneurs de la vie scolaire. Ces derniers ne sont pas forcement agréables à regarder ou décontractés, une bonne paire de Air max neufs peut cacher à la vue de tous un visage ingrat. Toutes les soirées branchées et les ambiances sympas sont monopolisées par ce groupe dominant qui regarde de haut tous les autres élèves, sauf peut être les mauvais garçons qui inspirent crainte et respect simulés. Ceux-ci fonctionnent sur le principe primaire de la peur. Evoluant le plus souvent en meute, leur mode de fonctionnement est simple : ils doivent impressionner leur entourage, soit en provoquant une bagarre gagnée d’avance soit en devenant maîtres en joute verbale. Ce ne sont pas forcément les plus aptes physiquement qui sont les plus crapuleux, ceux-ci n’ont rien à prouver et font généralement peu de vagues. Il s’agit le plus souvent de lâches, de couards à la grande bouche qui jouent sur leurs relations et leur nombre pour se prendre pour des petits caïds. Ils bénéficient également d’un certain prestige : il y a toujours des demoiselles assez cruches pour se laisser impressionner par un beau survêt Lacoste et une démarche de singe bonobo, ainsi les bad boys ont un public, leur permettant de truster les meilleures places de la popularité.

Le bouseux est le grand perdant de ce jeu de pouvoir, lui il n’a rien. C’est sur son dos que les autres castres vont essayer de s’élever. C’est toujours lui qu’on invective sur son accoutrement du marché, c’est sur son corps amorphe que se font les réputations de bagarreurs, c’est encore le pécore enfin qu’on humilie pour s’enorgueillir devant les filles. Devant cette conjoncture défavorable le bouseux a peu de moyens de défense. Dépenser des milles et des cents pour son bien-être vestimentaire ne fait pas partie des priorités financières de ses parents. Pas de Requin pour ce dernier, juste les guenilles du marché et la paire de Airbook qu’on trouve sur les étalages pakistanais. Le bouseux ne se définit pas seulement par sa propension à arborer des slips portés par le grand frère. Les traits dominants de cette caste sont le manque d’épanouissement, la timidité et l’absence de charisme. Dans ce groupe hétérogène il y a ceux enfin qui ont décidé de s’investir totalement dans l’école se coupant du monde qui les entoure. Malheureusement, par je ne sais quel mécanisme stupide de la pensée, avoir des bonnes notes est mal vu. La stratégie des bons élèves ne sera payante qu’à long terme quand ils seront les patrons qui emploieront tous ceux qui les ont frustrés. Les castes ne sont pas si cloisonnées que cela, une certaine mobilité sociale est possible pour les personnes a fort capital d’humour, les virtuoses du ballon rond ou les originaux comme les gothiques assez difficilement classables. Par contre, les amateurs d’activité en marge comme les jeux de rôle ou les cartes magic sont condamnés à une vie au ban de la société scolaire.


Idir Hocini

Une disparution de trop

 En banlieue, au lieu de mettre 4 euros dans un livre on préfère s’acheter un grec. Pour preuve, la dernière librairie de la ville vient de fermer.
Eh oui nous n’avons pas tous les mêmes valeurs !Librairie_2
DVD, DIVIX, Bouquins, cherchez l’erreur ?
Il nous reste tout de même quelques points presse mais ce n’est pas pareil. La librairie du lycée était une référence à Bondy. Qui n’y a jamais acheté un manuel scolaire ou le poche demandé par la prof de français ? On y côtoyait aussi bien les passionnés de lecture, que les profs, les mères de famille, les élèves…En début d’année pour les plus rapides, il y avait même quelques livres d’occase sinon c’était bien pratique de commander ses bouquins là-bas. Elle était sur le chemin.

On était habitué à la voir, mine de rien elle faisait partie du paysage.
Les libraires étaient assez sympas, deux dames qui avaient l’air passionnées par ce qu’elles faisaient ont tenu la boutique jusqu'à leur retraite, pendant une trentaine d’années.

Ensuite c’est un jeune couple qui l’a reprise mais déjà on a senti la différence puisqu’ils avaient davantage développé le point presse et proposaient même des DVD ! Les seuls produits supplémentaires que proposaient les premières propriétaires histoire de se faire un peu de marge c’était de la papeterie.

En juillet, canicule oblige, et sans doute du fait d’une activité très moyenne après environs trois ans d’exercice ils ont décidé de vendre la boutique et de s’installer dans le Sud.
Aujourd’hui le bail est à céder et il n’y a plus de librairie du lycée.
Je crois que tout le monde va finir par lire la même chose, le best-seller du moment acheté au supermarché entre yaourts, lessive et autres bien de consommation courante.

Et la culture dans tout ça ? On l’a toujours connue parent-pauvre mais là ça devient carrément inquiétant.
S’il faut faire plusieurs kilomètres pour trouver un bouquin j’ai bien peur que ça ne décourage pas mal de lecteurs, et avortent quelques vocations.
A l’heure de la culture jetable je pense que l’aider un peu aiderait à régler beaucoup de problèmes actuels : certaines en oublieraient de vouloir devenir chanteuses, d’autres footballeurs.
Ca nous rendraient même un peu service.

Je redoute que le livre ne soit plus un objet familier et c’est bien dommage.
On apprend beaucoup de choses en lisant (un vocabulaire un peu plus varié notamment et qui fait tellement défaut à bon nombre d’entre nous) je tends à croire qu’on semble l’oublier.
Heureusement il nous reste encore la bibliothèque municipale.
Peut-être un nouveau grec ou autre taxiphone, boulangeries tunisiennes et autres commerces aussi emblématiques de notre environnement vont-ils prochainement lui succéder ?

To be continued...

Soraya

AC Le Feu offre une solution aux maux des banlieues

Mercredi 25 octobre, une marche à l’initiative de l’association AC le feu partira de Denfert-Rochereau à 14H en direction du palais Bourbon.

Un an après le début des révoltes de novembre 2005, le collectif AC Le Feu  de Clichy-Sous-Bois, né à la suite de ces événements pour porter la voix des banlieues, livre une contribution plus que jamais nécessaire pour rompre une fois pour toutes avec les promesses non tenues et faire bouger les choses. Mercredi 25 octobre, les membres du collectif, des délégations et associations venues de toute la France et tous les volontaires qui soutiennent leur initiative se réuniront à 14h, place Denfert-Rochereau, à Paris, pour une marche en direction du Palais Bourbon. Cette marche devrait donner lieu à la remise, en main propre, d’un cahier de doléances, fruit d’une enquête sur le terrain, au président de l’Assemblée Nationale, Jean-louis Debré. Pendant plusieurs mois, le collectif qui s’est réparti en groupes a sillonné les grandes villes de France en minibus à la rencontre des citoyens. En tout, 20 000 revendications qui font le malaise des banlieues ont été recueillies. Jusqu’à aujourd’hui, les présidents des partis politiques ne sont pas unanimes à recevoir ces doléances qui « constituent normalement le travail des institutions que nous avons fait à leur place », selon Mohamed Mechmache, l’un des fondateurs d’AC Le Feu. Il nous livre, dans un entretien pour le Bondy Blog,  son point de vue sur la situation actuelle dans les banlieues.

Mohamed_mechmache Après ce tour de France des banlieues, quels constats peut-on faire au niveau de l’emploi notamment ?
M.M. : D’énormes propositions sont prévues dans le domaine de l’emploi comme des nouveaux métiers. Mais elles sont à découvrir dans les cahiers de doléances à partir du 25 à l’Assemblée Nationale et sur notre blog. Ces recueils de paroles, constitués de constats mais aussi d’analyses et de propositions, serviront d’outils et de moyens à tous les pouvoirs publics. Nous sommes le porte-voix du plus grand parti politique qui existe : le peuple.

Qu’attendez-vous de la journée du 25 octobre 2006 ?
M.M. : Nous souhaitons être reçus officiellement par tous les présidents des partis politiques de façon à être équitable. Le fait que l’Etat n’entende pas l’appel au secours de la population veut dire qu’il ne prend pas en considération sa souffrance. Si personne ne tient compte de ce qui s’est passé l’année dernière, les jeunes risquent de reproduire les violences à un degré plus élevé.

Ce propos ne peut-il pas être pris comme une menace  par les politiques?
M.M. : Dire que les violences risquent de reprendre est loin d’être une menace, c’est un constat. C’est dire : soyez conscients messieurs les politiques, en ne réagissant pas, vous cautionnez ce qui risque de se passer.

Selon vous, qu’est-ce qui a amené les jeunes à se révolter ?
M.M. : Il y a 23 ans, la marche citoyenne de l’égalité des chances appelée « la marche des beurs » n’a eu aucun effet positif. Les choses ont régressé au lieu d’évoluer : travail précaire, manque de reconnaissance, etc. Les jeunes veulent arrêter de vivre à huit dans un studio et voir leur mère monter dix étages par l’escalier. Ils ont exprimé à leur manière une souffrance subie au quotidien. Le fond est compréhensible mais la forme est répréhensible. C’était le seul moyen pour ces jeunes de se faire entendre. N’est-ce pas depuis ce moment qu’on a commencé à se focaliser sur nos quartiers ?

Qu’est-ce qui a changé depuis l’année dernière à Clichy-Sous-Bois ?
M.M. : Rien n’a été fait pour l’instant, même pas en amont. Que des effets d’annonce ! La souffrance, les jeunes qui ont le ras le bol de vivre dans des conditions désastreuses : ça c’est du concret. Les pseudo subventions versées aux associations sont celles qui avaient été gelées. Leur montant représente une faible somme. Le gouvernement pond des projets qui ne prennent pas le peuple en considération. Par exemple, le plan de rénovation urbaine du ministre de l’emploi, du logement et de la cohésion sociale, Jean-louis Borloo est annoncé depuis 3 ans : les habitants n’ont pas été concertés et pas une seule grue n’a été installée. Lorsqu’un jeune va passer un entretien de motivation, l’employeur lui lance une réflexion anecdotique par rapport à ses origines. Et sur ses compétences ? Rien. La situation est urgente. Nous allons bientôt changer de gouvernement et celui ci peut, à son tour, réorienter ses priorités et nous laisser une fois de plus sur le banc de touche.

A 17 heures, après la marche, les représentants d’AC Le Feu donneront une conférence de presse au Palais du Luxembourg. D’autre part, en réponse à une demande solennelle, le collectif devrait être reçu à l’Elysée dans les jours qui suivent.

Par Nadia Boudaoud

Rupture du jeûne avec les anciens

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Lors d’une rencontre au foyer Sonacotra de Bondy, nous avions fait connaissance avec un groupe d’anciens tirailleurs sénégalais qui vivent isolés en France, loin de leurs familles et qui restent ici une bonne partie de l’année pour se soigner.

A la fin de l’interview, les voyant retourner dans leur minuscule chambre pour rompre le jeûne seuls, nous leur avions promis avec le journaliste Nordine Nabili d’organiser un repas « en famille » avec les blogueurs avant la fin du Ramadhan.

Ce fut chose faite ce vendredi soir et nous nous sommes tous retrouvés pour manger ensemble, à 18H50 précises, à la salle Mandela (Blanqui) prêtée par la ville pour l’occasion.
Chorba offerte par l’association chorba pour tous, qui sert gratuitement plus de 45 000 repas chaque année pendant le mois de Ramadhan ; couscous et légumes farcis préparés par la maman de Ahmed Benraad de RFI ; thé, café, pâtisseries, fruits apportés par les autres, le repas a été gargantuesque, comme pour un soir de fête.
Le repas terminé, les jeunes blogueurs se sont petit à petit rapprochés des anciens pour les interroger sur leur histoire. Leur engagement dans l’armée française, en Asie mais aussi en Algérie. Des histoires qui le plus souvent ne sortent guère des murs du foyer et qui font du bien à ceux qui les racontent comme à ceux qui les entendent.

Le doyen des tirailleurs, 80 ans, a conclu par un discours émouvant disant la joie pour lui et ses camarades d’avoir partagé ce repas avec nous. Le rendez-vous  est déjà pris pour l’année prochaine, «  inch’allah ».

M.H

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