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Aziz, expulsé de Cachan : « Je veux retourner au pays »

Cachan_expulse_006 Aziz (prénom modifié) vient d’obtenir une autorisation de séjour en France d’un an. Mais aujourd’hui, cet ancien architecte de 42 ans n’a qu’une idée en tête : « retourner en Algérie au plus vite ». Aziz est l’un des rares expulsés de l’ex-cité U de Cachan à envisager son retour au pays d’origine. « Je n’en veux plus de ce papier ! », dit-il en tenant du bout des doigts aux ongles noircis, le récépissé. Toutefois, il peine à récupérer ses quelques affaires extirpées par les autorités, le 17 août, lors de l’évacuation du bâtiment squatté. « Je me suis rendu sept fois à Orly ville pour qu’on me rende mes cartables, j’y ai mis les papiers de mon grand père qui est né en 1885, mes fiches de paye, mon permis de conduire, appareil photo, photos, outils de bricolage… Vous savez ce que m’a répondu l’huissier ? » Avec une boule à la gorge, il poursuit : « D’allez les chercher dans son slip ! ».

En le voyant à l’entrée du gymnase Belle Image, où une partie des expulsés ont trouvé refuge, on le prendrait pour un membre du comité de soutien, tellement son français est parfait. «  Il résout beaucoup de problèmes, sans lui je serais perdu », acquiesce un de ses ex-colocataires de fortune. Malgré son visage buriné et ses yeux verts cernés, on le dit bon vivant, doté d'un sacré sens de l'humour. Avec un look sportif : baskets, jeans, t-shirt, bombers. Mais la force des événements le pousse à faire un constat personnel déterminé : « En venant en France il y a cinq ans, je me suis trompé de société. S’il y avait la possibilité d’effacer de ma mémoire le français, cette langue de Molière qui m’a déçu, je le ferais ».

Dans l’attente, il continue de se rendre chaque matin sur ses lieux de travail, où il effectue des missions au jour le jour pour une société de nettoyage… au noir. « Si j'avais le droit de travailler, bien sûr que je déclarerais mon activité, lance-t-il d’un geste désemparé. D’ailleurs, j’espère vous montrer un jour mes douze fiches de paye de l’année 2004 ». Cette année-là, Aziz avait déjà obtenu un titre de séjour d’un an pour des raisons médicales, qui l’autorisait à occuper un emploi légalement. L’expulsé passe seulement ses nuits à l’hôtel, qu’il paye lui-même, « 25 euros la nuit ». Le reste du temps, il vient au gymnase soutenir son ami gréviste de la faim et trouver un soutien moral : « il m’est impossible de vivre seul dorénavant, sinon je deviens fou ».

Un parcours semé d’embûches

Dans mon précédent post sur les expulsés de Cachan, je me suis demandée ce qui avait amené ces gens à cette situation. Aziz a vécu le parcours du combattant.

Dans les années 1990, les pressions politiques dans son pays étaient telle que la grande majorité de la population cherchait à s’échapper à tout prix. Selon lui, « il valait mieux rester ignorant plutôt que de lire la presse, et de connaître les trafics en tout genre et les complots qui s’opéraient ». Aziz a fait partie de ces milliers d’Algériens expatriés. D’autant qu’il voyait ses proches déserter les uns après les autres : un oncle assassiné, un frère parti aux Etats-Unis, deux sœurs venues en France. Cet entrepreneur dirigeait neuf ouvriers à Alger. « Je ne vivais pas dans la misère, sauf que je payais le prix de mon confort moralement ». Le gros pépin : « Quand je rentrais à la maison le soir, je voyais des gens égorgés devant moi ! Combien de temps pouvez-vous supporter cela ? ». C’est alors qu’en 2000, il décide de venir en France avec un visa touristique. Durant son séjour légal, ses diverses rencontres lui ont donné l’espoir de pouvoir obtenir une carte de résidence. Grosse erreur. Aziz a aussi connu le décès d’un proche qui l’a contraint à rester après l’expiration de son visa.

Hébergé d’abord par des amis et de la famille, il se met ensuite en colocation, pendant son année en situation régulière. A force d'attendre les résultats de ses démarches administratives en vue de prolonger son séjour, il tombe dans la clandestinité. Aziz commence à passer ses nuits à l’hôtel et trouve, en 2005, une chambre au squat de la cité universitaire de Cachan par le biais d’une connaissance.

Jusqu’au 17 août, lorsque les CRS viennent évacuer le bâtiment sur les ordres du ministère de l’Intérieur. « Ils nous tiraient par le bras, nous insultaient… j’ai eu deux minutes pour lire et signer 17 feuilles de procédure ! », raconte-t-il, en ajoutant d’un air désespéré : « C’est la première fois de ma vie que je porte des menottes et que j’entre dans une cellule ». Pour lui, c’est « une humiliation irréparable ».
Un abri dans un squat, donc, et un travail non déclaré. Hormis ces deux faits illicites, rien n’a été décelé chez cet homme lors de sa détention au centre de rétention de Mesnil-Amelot. Pas de trafic, pas de vol, pas de violence. Si bien qu’à sa sortie, le service de santé publique de Seine-et-Marne lui a délivré la fameuse attestation à présenter à la préfecture en vue du titre de séjour.

Mais Aziz ne veut plus bénéficier de cette aubaine : « vous savez, entre le sida et le choléra, je préfère le choléra car c’est une maladie curable. Pour moi, la France c’est le sida et l’Algérie, le choléra ».

Par Nadia Boudaoud

Ségolène Royal de nouveau à Bondy

Pour la deuxième fois en quelques mois, Ségolène Royal regroupait ses troupes de campagne à Bondy, soutenue par Gilbert Roger, maire de la ville. Notre envoyé spécial, Idir Hocini s’est glissé dans la salle pour nous raconter ce déplacement sur nos terres bondynoises.

Segolene_011_1 Infiltrer une réunion des comités de soutien en faveur de Ségolène Royal à la mairie ; Pour les grosses missions du Bondy Blog je fais généralement appel à des renforts de gros calibre, mon ami Vuu San qui traîne un passé trouble derrière lui s’est proposé de m’aider dans cette tache. Fausse carte de presse, confection d’un badge du B.B, appareil photo et veste d’aventurier, il m’a fourni la parfaite panoplie du grand journaliste. Accoutré de la sorte, on a eut aucun mal a obtenir un laissé passer pour assister à la réunion. Pour être honnête, il me suffisait de dire Bondy Blog pour être bien accueilli. Tous les medias de l’hexagone attendaient sur le parvis de la mairie l’arrivée de la « zapatera ». A la minute même où elle pointa le bout de son nez mon collègue et moi entamions contre le reste du monde médiatique une lutte sans merci pour se faire entendre, malgré la concurrence acharnée j’ai pu tout de même hurler la question qui me trottait dans la tête « on vous voit souvent à Bondy, il y a une raison ? »

«  C’est le choix proposé par le maire de Bondy et par kristina (la femme du maire) représentanteSegolene_034 des comités de soutien désirs d’avenir, en plus, la salle est sympathique » me répondit l’éventuelle candidate. Pour le député Arnaud Montebourg croisé dans la foule, la venue de Ségolène Royal sur nos terres est un symbole. «C’est le 9-3  territoire où doit s’exprimer avec le plus de force la solidatié nationale », il lança par la suite à plusieurs reprises un énigmatique « Vive Bondy ! » à mon encontre.

Dans la salle des fêtes, une ovation surgit dès l’entrée de Madame Royal. 300 militants venus de toute la France, quelques députés, des sénateurs, des présidents de conseils régionaux et pour la plupart des responsables de comités debout pour applaudir leur égérie. Seules les premiers mots de son discours calmèrent la foule, des paroles pour motiver les troupes.

Elle essaya d'avoir un mot pour tout : lutte contre le libéralisme sauvage « la loi du plus fort contre le plus faible » selon elle ; le dialogue social « la sécurité de l’emploi est la clef pour que les travailleurs acceptent une flexibilité nécessaire pour une économie conquérante, il faut restaurer la valeur du travail ». Une « transparence des autorités sur l’environnement », un « nouvel ordre juste », une « république de respect » sont quelques uns des mots qu’elle lança devant cette assemblée de sympathisants.

« Une France tirée vers le bas », « une crise démocratique profonde » voir une « confiscations du pouvoir », c’est le bilan qu’elle tire des cinq dernières années de gouvernement de droite. L’évocation « d’un trosiéme homme » qui peut toujours « faire son apparition » m’a interpellée, un homme qui a encore un certaine popularité chez les indécis  un sous entendu, je pense, à la possibilité de voire le président Chirac candidat à sa propre succession.

Nicolas Sarkozy son principal rival d’après les sondages a eu droit lui aussi à quelques paroles : « Le préfet vient d’interpeller le ministre de l’intérieur sur les violences en banlieues. Des dégâts provoqués entre autre, par la suppression de la police de proximité ». « Il est urgent de rétablir un ordre juste, des services publics pour tous, on envoie dans les quartiers difficiles presque exclusivement des enseignants inexpérimentés, l’idéal serait d’allier le regard neuf des jeunes fonctionnaires et l’expérience des anciens».
Segolene_019_1 Durant sa prestation devant presse radio et télévision Ségolène Royal n’a toujours pas officiellement exprimé sa volonté d’être candidate à la présidentielle coté PS. Néanmoins tous les sympathisants présents dans la salle des fêtes de la mairie semblent persuadés qu’elle sera adoubée par son parti, d’ailleurs son discours faisait un peu amorce de campagne : « les fanions déroulés, les voyages de villes en villes ça viendra aussi » a-t-elle même lancé à la tribune.

La femme de notre maire de Bondy, voyant mon badge estampillé Bondy blog céda à un digne sentiment patriotique, elle se démena pour essayer de m’avoir une entrevue allant même jusqu’à me faire passer par des sorties secrètes.
Sans résultat malheureusement vu que tout le PAF était sur les pas de la figure montante du parti socialiste.

Par Idir Hocini

Acte antisémite

Anniv_070_2J’avais envie d’écrire un post sur le rôle des étrangers dans la libération du pays durant la dernière guerre mondiale. Dans mon souvenir le monument aux morts de la ville présentait une patronymie assez exotique, bon point de départ. Je ne m’étais pas trompé. Quelle ne fut pas ma surprise en voyant inscrit dans la colonne « militaire et victime de guerre 1939-1945 » le nom de Boudgemaa Ali. Il est gratifiant de constater que malgré la faible présence des maghrébins à Bondy à la fin de la guerre (à peine une cinquantaine) il y en ait  malgré tout un qui soit mort au champ d’honneur pour libérer le pays de la botte nazi.


Une autre surprise m’attendait, de celle qui pique celle la, désagréable tant je fus déçu et écœuréAnniv_071_3 par ce que j’ai vu. Dans la même colonne que le soldat boudgemmaa figure un nom polonais ou russe, Szmekanovski. Son sacrifice et sa mémoire ont été bafoués, insultés par un geste honteux, son prénom ayant été rageusement rayé de la pierre. Pas assez néanmoins pour ne pas entrevoir les raisons de cet acte abject, cet homme mort pour Bondy et la France se prénommait Israël. A quoi ça sert d’écrire des articles où je conclue par «  tout le monde peut vivre en paix à Bondy » (voir interview sur le moyen orient) si c’est pour observer de mes propres yeux la preuve d’un acte aussi clairement antisémite.

Je ne sais pas ce qui a motivé une telle expression de bêtise crasse. Si on veut le connecter à l’actualité je dirais que chacun a le droit de déplorer l’arnaque foncière qui se joue depuis plus de 50 ans au Moyen Orient, mais s’en prendre, de quelque façon que ce soit, à des compatriotes qui n’ont pour la plupart jamais mis les pieds dans un char merkava, je trouve ça personnellement très moche. La mémoire de monsieur Szmekanovski mérite d’être honorée il est donc légitime de réclamer la de son nom pour qu’il soit aussi visible que son frère d’arme d’Afrique du nord. Israël Szmerkanovski et Boudgemaa Ali, morts pour la France.


Par Idir Hocini

Une promesse en béton


Anniv_005_2 Un logement pour tous ! Voila ce qu’ils revendiquent depuis plus d’un mois. Eh oui les expulsés de Cachan, on les avait presque oubliés. On en a parlé et reparlé, on a vu et revu des photos choc sur leurs conditions de vies et puis presque rien, ces derniers jours dans la presse. Où en sont- ils, la situation est-elle toujours bloquée ? C’est avec ces questions qui me trottent dans la tête qu’après les cours je me rends au squat.

- « On m’a promis un cinq pièces ! » me lance une femme.

- «  Comment ? »

- « Oui on m’a promis un logement »

C’est comme cela que je fais la connaissance de Soulen F. , au départ elle n’ose pas vraiment meAnniv_004 parler, elle me dit que plusieurs journalistes ont déjà écrit sur son histoire et l’on souvent déformée. Quand je comprends qu’elle parle un dialecte que je connais, j’en profite et elle se lâche. Mais c’est quoi cette histoire de cinq pièces ? Une assistante sociale s’occupe de tous les expulsés du squatte qui occupent le premier étage du gymnase. Elle recherche des solutions un peu plus confortables pour ces mères de familles qui vivent et sont obligées d’élever leurs enfants dans des conditions que je pense il est inutile de rappeler. Elle a donc promis a Soulen un appartement de cinq pièces « je l’ai visité, j’étais contente, je pensais enfin pouvoir sortir de cet enfer et reprendre une vie normale, aller travailler et élever mes enfants » mais pas de nouvelles, pas de signature de bail. « C’est comme si on vous donne à manger et on vous dit de ne pas manger, or vous mourez de faim. Je l’ai appelée et rappelée mais elle ne me répond pas ». En attendant elle reste assise là dans ce gymnase et ressasse sans cesse dans sa tête. «  Mais pourquoi ? Mais pourquoi?

Mère de quatre enfants, titulaire d’une carte de séjour, intégrée puisqu’elle maîtrise assez bien le français, à la recherche d’un emploi Soulen a-t-elle un bon CV pour l’assistante sociale ?


 

Sada Fofana


L’exploitation de l’échec scolaire: un créneau juteux

Qu’est ce qu’on obtient quand on mélange deux produits aussi délicats que l’échec scolaire et la précarité des jeunes diplômés ? Réponse : Asodamia and Co.

Sur le fond on ne peut critiquer l’idée : il y a une très forte demande de cours à domicile de la part de parents qui donneraient père et mère pour que leurs héritiers réussissent. Plusieurs sociétés se proposent aujourd’hui de trouver des personnes capables d’aider l’étudiant dans la matière où il est en difficulté. J’ai été employé un an dans l’une d’entre elles.

L’enseignant itinérant touche son subside, la société sa commission, l’élève augmente sa moyenne, les parents sont heureux, leur enfant sera avocat, médecin ou, summum de la réussite sociale dans notre ville : vendeur de grecs. Ce scénario ne pourrait voir le jour que dans un pays aussi merveilleux que celui des schtroumpfs ou dans ce monde de joie perpétuelle à la charge des bisounours. De l’idée à la réalité les mots « profit », « crédulité » et « main d’oeuvre bon marché » ont fait leur apparition. Au départ ça fait propre, une évaluation de l’élève est réalisée par l’organisme et l’enseignant via une fiche. M’est d’avis que ceci n’est que de la poudre aux yeux, pour la simple et bonne raison qu’une fois cet imprimé envoyé, plus aucune nouvelle de l’organisme qui m’emploie ne me parvient.

Que font-ils de ce bilan ? Je n’en ai aucune idée. Comment dois-je adapter mes exercices et ma méthode de travail à l’élève ? Je ne sais pas. Quel est le programme de l’année ? On s’en fout !

On lâche un bleu dans l’enseignement à domicile sans aucune recommandation ou presque de la part de la société qui l’a employé. Pour faire court, prof à Dom et les autres trouvent des personnes titulaires d’une licence qui ont faim, les envoient chez les gens, touchent des sous et puis c’est tout. Si l’universitaire est consciencieux il va faire de son mieux pour aider l’élève et ça peut être efficace, si c’est un j’en foutre le client ne progressera pas d’un iota. De toutes façons ce n’est pas l’enfant qui se plaindra ; que ses parents se saignent les veines pour sa réussite lui passe au dessus de la tête généralement, tout ce que voit ce petit écervelé, c’est son samedi après-midi gâché par un jeune homme qui veut séduire sa grande sœur. Autre chose, on n’a absolument pas contrôlé l’état de mes connaissances dans les matières que j’ai enseigné quand je fus embauché, je me suis retrouvé prof de math alors que je n’ai pas résolu une équation depuis 5 ans (je dois l’avouer, les réflexes reviennent vite).

Le plus comique reste le système de rémunération, j’ai fait un voyage dans le Paris de 1943 avec des tickets de ravitaillement en guise de paye. En fait, ce sont des coupons sur lesquels sont inscrit un numéro qui permet via un site Internet de toucher son maigre salaire. Le parallèle avec les époques de pénurie n’est pas sans fondement, quand tous les enseignants veulent enregistrer leurs coupons en même temps, eh ben on fait la queue.

Honnêtement, je suis très sceptique sur l’efficacité des sociétés de cours à domicile. Les parents ont tendance à croire que je vais former en 5 cours un astronaute alors que souvent leur progéniture n’a pas les bases suffisantes pour pouvoir y dresser une tente. Je ne suis allé qu’une seule fois au siège de l’entreprise qui m’a recruté, pour signer mon contrat, jamais aucun outil pédagogique ne m’a été fourni par celle-ci. Elle fut pour moi ce qu’un maquereau serait pour une fille de joie, c’est du moins comme ça que je l’ai vécu.

L’éducation nationale est peut être imparfaite mais jamais Asodamia ne la remplacera. Pour donner un coup de pouce à l’élève, mieux vaut privilégier quelqu’un de son entourage dont on connaît les capacités plutôt que faire appel à des sociétés hors de prix sans gage de qualité. Qui plus est, comme je le disais souvent à mes employeurs « la société a besoin de plombiers et de boulangers autant que de sociologues ou de géographes, ne poussez pas votre enfant vers des études qui ne déboucheront peut être sur rien, soyez à l’écoute de ses désirs et envoyez vite votre chèque ! »

Par Idir Hocini

 

Saisie au vol

A l’heure de la rentrée politique et des promesses qui l’accompagnent, et au vu des échéances électorales qui s’annoncent, j’ai souhaité interroger des personnes que l’on n’a moins coutume d’aller questionner et tenter d’écouter ce qu’elles avaient à dire et souhaiter .

J’ai ciblé un quartier commerçant dans l’après-midi. mon but était d’interroger des personnes âgées. Après avoir essuyé quelques refus, je suis tombée sur une femme dynamique, d’une petite soixantaine d’années, qui avait l’air ravie de se prêter au jeu.

Je lui explique alors ma démarche et lui dis que mon interview se veut simple et brève, juste quelques questions auxquels elle devrait répondre naturellement.

Habitez-vous le quartier depuis longtemps ?

Depuis toujours, j’ai fais mes classes ici, fallait bien commencer quelque part ! Toute ma famille vivait à Bondy. Aujourd’hui je suis à la retraite.

Vous n’avez alors jamais déménagé ?

J’ai 4 enfants, je viens de déménager mais je voulais rester dans le même quartier, mes enfants sont tous partis et c’était devenu trop grand, mon mari ça ne le dérangeait pas, moi je trouvais l’ancien appartement trop grand !

Quels sont les changements que vous avez constatés ?

Moi je désespère des commerces, le libraire il ouvre quand il veut, je suis obligée d’aller à Ecomarché pour mon Parisien, y’a le boucher qu’est gentil mais il manque un charcutier !

Je me sens pas privilégiée, mais c’est vrai ici c’est calme, c’est bien, j’aurais jamais accepté d’aller dans une autre cité, comme DeLattre ou Blanqui, y’a trop d’étrangers. Je suis pas raciste mais avec tous ce que je vois à la télé j’ai peur.

Comment avez-vous alors vécu la période des émeutes ?

On avait peur, la télé il nous montrent trop de trucs, dans le temps on nous racontait pas tout ça. Ma sœur, elle habite à Montfermeil, y’a un bon marché là-bas. D’habitude, j’y vais tout le temps, et ben là j’y allais plus. Maintenant j’y retourne et j’y vais même toute seule.

La crise déclenchée par les jeunes, c’est un peu normal, ils ont pas de travail, leurs parents les aident pas financièrement. Moi mes enfants j’ai essayé de bien les conseiller.

Avez-vous des envies ou des attentes aujourd’hui ?

Pas vraiment, c’est vrai qu’on sait pas comment les choses peuvent changer, moi ça y est j’ai fait ma vie, je pense avoir réussi mais je m’inquiète pour les plus jeunes.

J’ai vraiment apprécié la sincérité et la spontanéité des réponses ; au départ, je ne savais pas si elle allait accepter de répondre honnêtement et affirmer ainsi ses opinions en pleine rue, face à une personne qu’elle ne connaissait pas. Je la trouve assez courageuse et me demande alors si elle aurait agi de la même manière quelques mois auparavant. Elle n’avait pas spécialement l’air militant. J’y vois, peut-être à tort, un effet Sarko. En effet, il a décomplexé une partie de l’électorat de droite qui hésitait quant à son chef de file, et qui n’assumait pas forcement aussi pleinement son penchant raciste. Si ce fut à un moment donné un peu honteux, ça ne l’est plus du tout aujourd’hui.

Par Soraya

Une histoire parmi tant d’autres

Nous l’appellerons Madame Y. Elle habite dans un de ces bâtiments du nom d’un artiste que l’on prend en photo pour illustrer la banlieue. Son mari est parti, la laissant seule avec leurs 4 enfants. L’aînée est décédée il y a quelques années des suites d’une maladie génétique dégénérescente. Le 3e enfant, qui a 13 ans, est lui aussi atteint de cette même maladie. Madame Y. était femme de ménage à Paris mais elle a dû interrompre son activité pour s’occuper de son enfant invalide.

La police est récemment intervenue dans une cage d’escaliers à l’autre bout de ce bâtiment pour déloger les dealers qui en avaient fait leur point de vente. Comme un vase communiquant, le nouveau marché de stupéfiants s’est donc déplacé dans les escaliers de Madame Y. Résultat : Les ascenseurs qui servent au stockage des marchandises sont constamment hors service. C’est dommage. Madame Y. habite au 13e étage. Le plus dommage, c’est que les infirmières, les kiné, les médecins refusent de venir travailler dans cette zone rouge même aux heures réputées tranquilles du matin. Aussi, matin et soir, Madame Y. prend son fils sur le dos et descend les 13 étages à pied pour l’emmener à l’hôpital.

Ariane

De l'électricité dans l'air


Taser_photo_3

 Non, ne vous méprenez pas : ceci n'est pas un jouet. Vous pourriez très bien être, dans des jours prochains, la malheureuse cible de cet engin nouvelle technologie. Il s'agit de la nouvelle future arme des forces de l'ordre, pas vraiment future puisque les BAC de Paris et de Lyon sont déjà équipées du pistolet à impulsion magnétique Taser, c'est ainsi qu'il se nomme. Un laser pour cibler, deux broches métalliques, deux petits hameçons pour accrocher le vêtement, 175 grammes, 50 000 volts pour foudroyer.

Aujourd'hui une cinquantaine de policiers seulement ont l'autorisation d'utiliser l'arme suprême. Ces derniers ont dû suivre une formation de deux journées (oui, 24 heures seulement) durant laquelle, apprend-on, ils ont pu savourer le plaisir de ressentir les effets du Taser : effectivement, pour être apte à manier l'arme, les agents de police doivent e soumettre à l'obligation de subir eux-mêmes les effets du Taser avant de pouvoir à leur tour les infliger à autrui : rupture électro-musculaire provoquée par une information envoyée au cerveau, information non reconnue par le système nerveux et qui paralyse l'individu. Le Taser a déjà pu produire ses effets sur quelques 130 prévenus en 2005 en France.

Alors, quels sont les avantages et les inconvénients de son utilisation régulière par les forces de l'ordre ?

Actuellement, le gouvernement ne communique pas vraiment sur le sujet et, dans les médias, on n'en a pas beaucoup entendu parler. En juin 2006, le ministre de l'Intérieur a fait la promotion du pistolet nouvelle génération. Il a notamment souligné la nécessité d'en équiper la police nationale ainsi que la gendarmerie nationale.

D'après l'entreprise qui fabrique l'objet, Taser International, l'utilisation du pistolet sauve des vies tous les jours. Il est vrai que par substitution aux armes à feu, le Taser peut s'avérer en pratique bénéfique car il épargnerait la vie des individus ciblés. Mais quand la même firme ajoute que "l'arme est sans danger sur les personnes en bonne santé" et qu'en outre elle est efficace tant que la tête et le larynx ne sont pas visés, on pense vite que c’est une blague de mauvais goût. De l'autre côté de l'Atlantique, il est déjà inscrit dans les mœurs…et fait un peu plus de 150 victimes aux Etats-Unis depuis 2004.

Par Hanane Kaddour

Le Sénégal face à l'émigration

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Pour 400 000 FCFA, de nombreux jeunes Sénégalais sont prêts à traverser la mer en pirogue au risque de leur vie. Ils tentent l'aventure en pirogue, direction les Canaries. Certains arrivent à destination et d'autres meurent en mer.

Abdoulaye est d'origine sénégalaise, il vit à Bondy depuis dix ans et il a perdu son frère il y a deux mois. Il comprend l'espoir de ces jeunes qui veulent venir en Europe pour aider leur famille. On dit qu'en Europe tout est possible, mais à quel prix et sous quelles conditions ?

"Mon frère et deux de ses amis ont embarqué dans la pirogue de la mort eux aussi, un seul a survécu. Quand mon frère m'avait demandé mon avis sur ce voyage en mer, j'ai essayé de le convaincre de ne pas le faire mais il ne m'a pas écouté. Il avait fait deux demandes de visa il y a trois ans et cela n'a servi à rien. Je lui ai dit de patienter jusqu'à ce qu'on trouve une solution. Il avait une femme et 2 enfants. Sans travail, il n'arrivait plus à s'occuper de sa famille. Il lavait une fois par semaine la voiture de son voisin pour avoir un peu d'argent, il le payait 125 FCFA. Sa femme vend des petites bricoles mais ce n'est pas suffisant quand on a des bouches à nourrir. Pourtant il avait un BTS.

Il voyait certains de ses anciens amis avec qui il a fait ses études partir en Europe réussir leur vie, ils construisent de belles maisons à Dakar et font partir leurs femmes et enfant. Un jour un de ses amis qui vit en France lui avait dit qu'il travaillait dans une banque et qu'il gagnait bien sa vie. Il lui conseille même d'aller en France car la vie est simple et que c'est facile de trouver du travail. Mon frère avait cru que la solution à ses problèmes se trouvait là-bas, alors il a emprunté de l'argent un peu partout pour réunir les 400 000 FCFA qu'on lui demandait pour aller aux Canaries. Ils étaient en pleine mer lorsque la pirogue s'est renversée. Mon frère, son ami et bien d'autres ne savaient pas nager".

Il avait promis à sa femme qu'il allait lui trouver du travail et lui a envoyé de l'argent assez rapidement.

En Afrique, il y a assez de richesses pour vivre heureux mais elles ne sont pas gérées correctement par l'Etat.

Par Essi Gnaglom

Sarkozy : une politique d’immigration dans la confusion

Sarkozyopafn Faute d’avoir participé à l’université d’été de l’UMP, à Marseille, les 2 et 3 septembre (L'université dété du Bondy Blog ), je me suis rattrapée en consultant les discours officiels prononcés au cours de ce week-end rassembleur. Dans son discours de clôture le ministre de l’Intérieur et président du parti, Nicolas Sarkozy, « propose une République plus respectueuse de la différence ». Selon lui, « une culture qui depuis des siècles oppose l’universalité de ses principes au déterminisme des généalogies et des racines, ne devrait avoir aucun mal à s’accommoder d’identités multiples », évoquant l'idée de « communauté de destin ».

Et pourtant, au mois d’août, lors de son passage sur le plateau du journal télévisé de France 2, l’approche du  même ministre de l’Intérieur était nettement plus biaisée en faisant un rapprochement inattendu et quelque peu saisissant : Vous avez vu ce qui s’était passé dans les banlieues, on voit les difficultés du système d’intégration français, c’est le résultat de quoi ? D’une politique d’immigration qui n’a pas été maîtrisée.

Puis, M. Sarkozy se fait donc le chantre d’une politique d’immigration maîtrisée.

M. Sarkozy semble donc réduire les difficultés du système d’intégration français à la question  de l’accès en France des étrangers. Sans prendre en compte les autres causes de ces difficultés.

Surtout, M. Sarkozy banalise le lien entre le problème actuel des sans-papiers et la crise des banlieues, puisqu'il évoque ces sujets les uns après lmes autres sans transition, et c’est ce qui interpelle. Faut-il rappeler que les jeunes à l’origine des troubles de l’automne 2005 ne sont  pas des étrangers, puisqu’ils sont nés en France ou alors ils ont été naturalisés à l’âge de confondre leur apprentissage du langage avec celui du français. Faut-il rappeler encore que l’immigration massive des années 1960 avait été souhaitée par les gouvernements français puis accentuée grâce à la politique du regroupement familial de 1974, à une époque où le pays manquait de main-d’œuvre. Le rapprochement de la question actuelle des clandestins est donc plus que contestable.

Un peu avant ces propos, le ministre fait référence à la « régularisation massive » décidée par le gouvernement Jospin en 1997. Reste à savoir si les bambins qui ont bénéficié de cette régularisation sont les pyromanes de novembre dernier : c’est à démontrer.

Tandis que le ministre de l’Intérieur établit ce constat, de nombreux participants de la crise des banlieues en ont dénoncé un autre : à savoir ses fameuses expressions employées à l’été 2005 dans un contexte peu favorable – ces mots magiques – de « racaille » et de « karcher ». Comme deux étincelles qui ont enflammé les esprits.

En vrai pro de la communication, notre potentiel candidat UMP à l’investiture présidentielle sait trouver les mots pour faire réagir, et agir au quart de tour. C’est ce qui le rend efficace malgré tout, et notamment des résultats discutables.

Par Nadia Boudaoud

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