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Les expulsés de Cachan

Cachan_1 Une pluie battante, des cris de nourrissons, des tentes dressées pour fournir une aide humanitaire à une population désoeuvrée, des noirs aux traits tirés par la fatigue couchés sur de vieux matelas et le désespoir. L’Afrique offre généralement ce genre de négatif à chaque catastrophe naturelle ou quand plusieurs chefs de guerre se disputent le pouvoir. Seulement les humanitaires sous les tentes ce n’est pas au Rwanda que je les ai vus, c’est au gymnase de Cachan, mardi après midi, où s’entassent depuis maintenant 8 jours environ 250 expulsés de la cité universitaire locale.

Un des délégués des « 1000 de Cachan », le mouvement qui défend les droits de ces désœuvrés, m’a fait visiter le site. La structure est bondée de monde, chaque centimètre carré est occupé par une paillasse autour de laquelle s’organise un semblant de vie. Le froid la promiscuité et pour certains grévistes, la faim. Tout ça pourquoi ?

Deux principales revendications sont exprimées par les expulsés. Logement et régularisation. Monsieur Eto (nom d’emprunt) m’affirme que plus 30% de la population du gymnase est de nationalité française, la plupart des sans papiers, principalement des femmes et des enfants sont arrivés en France de manière légale (réfugiés politique, visa expiré). Ils ne squattent pas le site, la mairie a mis à leur disposition cette structure jusqu'à la rentrée. Maliens, Ivoiriens, Gabonais, Camerounais, mais aussi Algériens et Marocains cohabitent avec discipline dans l’édifice sportif, certains ont un titre de séjour d’autres non, La plupart travaille.

Pour sortir de la crise un protocole d’accord a été initié avec le préfet, les « 1000 de Cachan » ont voulu négocier certains points, comme le temps de séjour nécessaire pour rendre effective une régularisation. Les 10 ans proposés par le préfet devraient être ramené à 7 pour le mouvement, ce qui constitue une concession importante, beaucoup de sans papiers du gymnase étant en France depuis à peine 4 ans.

Le relogement en hôtel pour un mois au plus est également un point de l’accord qui pose problème, les expulsés demandent une solution de longue durée, un logement dans un foyer tout du moins, une chambre d’hôtel ne permettant pas une vie familiale décente (impossibilité de cuisiner). Aujourd’hui les négociations sont bloquées.

Monsieur Eto souligne la mauvaise foi des institutions « une réunion était prévue le 22 Août, le 17 ils nous chassent de la résidence ». Il est néanmoins lucide sur l’attitude de la mairie de Cachan « Le maire est responsable devant ses administrés, on comprend qu’il ne peut pas faire plus ».

Les expulsés se sentent mal perçus par la population locale, la police constamment présente aux abords du site leur pose en particulier de gros problème « on est harcelé à chaque instant, certains sans papiers ont perdu leur travail, ils ne peuvent quitté le gymnase, un contrôle équivaut pour eux à une reconduite à la frontière ». Un quadragénaire affichant quelques blessures m’affirme avoir était battu par 3 policiers… 

Ils dénoncent la façon plus que brutale avec laquelle on les a expulsé de la cité universitaire : piétinement d’enfants, bras cassés et même fausse couche ont résulté de cette intervention musclée.

Aujourd’hui les occupants du gymnase sont en colère contre les medias qu’ils accusent de déformer systématiquement leurs propos et « d’arranger le pouvoir » affirme Eto. C’est une des raisons pour laquelle le Bondy blog a été sollicité par certains délégués pour parler de leur combat.

Si souvent prompt à dénoncer l’attitude odieuse de certains de mes compatriotes « caucasiens » envers les populations basanés, je fus profondément touché par des bénévoles fournissant spontanément leur aide à ces sinistrés. Une dame de 80 ans chauffe des biberons, Amélie, une jeune étudiante en médecine vient tous les jours lire des contes aux enfants. Elles ne font partie d’aucune association, elles sont venues de leur propre initiative la main sur le coeur, de Paris, aider ces gens qui souffrent.

Une des préoccupations majeures du mouvement en cette veille de rentrée scolaire concerne les enfants, « Comment on va faire ? On nous a proposé des écoles en dehors du département autant  dire une rentrée impossible pour nos petits. »

Eto est inquiet mais déterminé, voila quatre ans déjà que les « 1000 de Cachan » combattent pour pouvoir vivre dans notre pays de manière décente.

Par Idir Hocini

Le Bondy Blog à Coutances


Mise au point.

Tout d’abord, pourquoi le Bondy Blog aux journées d’été des verts, comme à celle de Rénover Maintenant, le mouvement d’Arnaud Montebourg ?
Pour deux raisons très simples.
La première, c’est que nous y avons été invités pour participer à des débats sur la banlieue avec d’autres associations (AC le feu, Devoir de mémoire, Alternative Citoyenne…).

Deuxième raison, ces invitations nous permettent de couvrir certaines universités d’été puisque fonctionnant depuis 3 mois avec un Budget 0, nous profitons de ces invitations pour envoyer des blogueurs couvrir ces évènements politiques ce qui nous permet de créer du contenu sur ce blog. Alors même si c’est tard pour le PS, si d’autres partis souhaitent nous inviter, nous y enverrons volontiers nos blogueurs pour couvrir l’évènement. On se débrouille comme on peut !

Une journée chez les verts.

St_etienne Samedi Matin, le plénière des journées d’été des verts était consacrée aux banlieues. Devant une salle d’environ 400 personnes, plusieurs intervenants (dont le Bondy Blog) étaient réunis autour de la question « Quelles politiques pour les banlieues ? ». Pas de Dominique Voynet, pourtant sénatrice de Montreuil en Seine Saint Denis.
Trois idées ont retenu notre attention lors de ce débat.
Michel Kokoreff, sociologue, insiste sur le réticences évidentes qu’ont les formations politiques, en particuliers de gauche, à introduire dans leurs équipes des personnalités issues des quartiers. Il parle même de celles qui arrivent comme de véritables colons et qui expliquent aux habitants des quartiers comment ils vont les défendre en se gardant bien de les associer à leurs « luttes » et en les cantonnant à des rôles d’acteurs de terrain ou de pompiers lorsque les cités brûlent.

Hamida Ben Sadia, membre d’ « Alternatives citoyennes » et du Conseil Général de Seine Saint Denis parle de l’incapacité des partis à admettre que les classes populaires aujourd’hui sont en grande partie constituées par des immigrés ou des personnes issues de l’immigration et se demande où sont ces personnes dans les partis d’extrême gauche qui disent défendre la classe ouvrière.

Enfin, une militante « verte » du Nord explique les résistances y compris au sein des « verts » lorsqu’elle souhaite intégrer dans sa section des personnes d’origine musulmane mal perçues au nom des principes de laïcité du mouvement écologiste. Elle termine en disant qu’elle pense qu’un bon musulman peut être un bon républicain et un bon militant politique. La salle est très partagée.

En me baladant dans les allées après ce débat, je croise Ahmed, un jeune « vert » bien bronzé qui me dit qu’il va se présenter à la députation et à la mairie de Blois, la ville où il habite, enseigne la sociologie et anime la section locale. Etonné, je lui demande s’il est sûr qu’il y sera bien le candidat. Il me dit qu’il a des soutiens et que pour lui ça ne fait aucun doute. Un peu plus loin, je croise un responsable « vert » à qui je parle cette candidature à Blois et qui me dit que ce n’est pas si simple, qu’il y a les courants, les alliances avec le PS et tout ça. En gros, les verts ne sont pas encore prêts. Affaire à suivre !

Car en réalité que voit-on aussi aux journées d’été des verts ? En dehors d’une ambiance déprimante, peu de jeunes. J’en croise un au web café qui fait des recherches pas très sexy sur la création de toilettes sèches et sur la transformation d’une fosse sceptique en réservoir d’eau de pluie. On voit s’organiser une commission sur le rôle social de l’animal de compagnie. On parle du coût énergétique du sèche main électrique…

On se rend vite compte que depuis la prise de recul de Noël Mamère et le départ de Stéphane Pocrain, le positionnement sur des questions sociales (la question des droits, de la justice sociale, les sans-papiers) est devenu minoritaire chez les verts qui veulent se recentrer sur l’écologie, certains préférant même regarder à droite (voir l’invitation de Nicolas Hulot et de Corinne Lepage ce dimanche).

On entend dans les allées beaucoup de discussions sur les courants, les sous courants, les stratégies d’alliance pour 2007. Pas grand-chose sur les idées. En fait je me suis souvenu des propos d’une enseignante qui m’avait dit un jour : « J’ai arrêté de voter « verts »  le jour où j’ai commencé à militer chez les verts ».

Par Mohamed Hamidi

Bondy Blog à Fouras (suite): Parler des banlieues

On était donc invités à Fouras pour parler du Bondy blog, avec Sada. Elle l’a très bien fait en racontant notamment le type d’articles qu’on a aimé poster. Pour ma part j’ai pris au sérieux la thématique de l’atelier, et sa volonté de comprendre ce qui se passe en banlieue. C’est le contenu de cette intervention que je soumets à votre bienveillante attention. Je voudrais juste dire avant que j’ai bien aimé les interventions des intervenants d’après, Jean-Claude Chicaya, membre fondateur du collectif « Devoir de mémoire », et du responsable de l’Association nationale des élus de banlieue, sur lesquels j’aurai l’occasion de revenir dans des prochains posts.

Parler des banlieues, c’est parler d’un élément qui fait partie d’un ensemble dont les dimensions dépassent l’aspect strictement territorial. Parler des banlieues, c’est tenter de répondre aux interrogations suscitées par les évènements d’octobre-novembre 2005. Sans bien sûr prétendre épuiser le sujet ici, il me semble qu’on peut en distinguer plusieurs niveaux de causalité : immédiates, plus profondes et très profondes. Les dernières ressortent d’une crise qui affecte le système de références qui fondent la civilisation occidentale, qui entament son socle de légitimité, sur le plan idéologique, philosophique, politique, moral..etc... Je laisse à Woody Allen  le soin de résumer : « Dieu est mort. Marx est mort. Et moi-même je ne me sens pas très bien en ce moment ». C’est un autre débat.

Les causes immédiates ont assez largement été attribuées à la tentation d’un homme politique français de communiquer sur sa musculature, on va dire. Et pour peaufiner le tableau de la confrontation, il a fallu préalablement asphyxier financièrement des associations de quartier, et sermonner les policiers qui avaient trop pris au sérieux le volet préventif de leur action. 

La réflexion sur les causes profondes m’a parue plus intéressante.

La banlieue est un endroit que se définit par autre chose que par lui-même. Hlm_2 Elle existe pour servir de base arrière logistique à autre chose. Cette chose c’est la ville, c’est à dire l’endroit qui a été conçu pour que beaucoup de gens puissent y vivre ensemble. La banlieue a été conçue pour que beaucoup de gens vivent ensemble dans de bonnes conditions …ailleurs. Elle est nécessaire au fonctionnement d’un centre métropolitain. Elle est à son service. Elle n’a pas été conçue pour elle-même. Raison pour laquelle elle est sous-équipée en infrastructures de loisirs, de culture, de services, de transports publics et même d’Etat. Et là le bât blesse. Alors que le tissu industriel s’est étiolé avec la crise économique des années 70-80, les enfants des ouvriers se retrouvent pris au piège de territoires qui n’ont pas été conçus pour y séjourner sans travail, dans un environnement qualifié de « criminogène » par Michel Rocard, un des pères du concept de « politique de la ville ».

Au cours de la même période l’Etat a fait sa mue idéologique. Il n’est plus l’outil majeur de transformation économique et sociale. Il doit reculer. Et là où il est le plus nécessaire, il est le moins présent. C’est dans les banlieues que la densité en hommes et en moyens de la présence étatique est la plus faible. Il y a plus de gendarmes par tête d’habitant à la campagne que de policiers en banlieue. L’Etat en France c’est notamment la sécurité (police, justice), la santé, l’éducation nationale. Tant qu'on laisse  cette dernière à sa pente naturelle, les enseignants les plus expérimentés et les plus performants se retrouvent dans les centres métropolitains, là où les élèves sont en moyenne les plus favorisés culturellement face aux exigences scolaires. Le phénomène d’évitement de la carte scolaire n’a jamais été aussi fort qu’en ce moment. Restent donc ceux qui n’ont pas les moyens, entre-eux.

Il faut enfin prendre en compte un autre phénomène, parallèle. L’immigration. Elle n’est pas destinée aux centres métropolitains même si c’est là où elle se voit le plus, que les médias la voient. Ni à la campagne. C’est la banlieue qui absorbe massivement les nouveaux arrivants, qui n’ont généralement pas eu d’autre choix que de fuir des problèmes insolubles à leur échelle individuelle. Ils viennent donc avec leurs bagages de problèmes, et avec des handicaps culturels (linguistiques, juridiques…) comme viatique, contraints et forcés de faire avec un marché immobilier et de l’emploi qui ne font pas de cadeaux .

Et les voilà donc installés parmi ceux pour qui la vie est la plus dure.

Et là, je me pose la question, je pose la question, si on prend en compte ces éléments dans leur ensemble : comment se fait-il que ça ne se passe pas plus mal ?

Ce qui me paraît évident, c'est qu'une réponse pénale à des questions sociales peut y contribuer.


SK

Le Bondy Blog à Fouras (1e partie)

Fouras, Charentes Maritimes (Correspondance)

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Fouras, charmant village balnéaire au bord de l’Atlantique, à une vingtaine km au sud de La Rochelle, à côté du site de Fort Boyard, hôte de l’université d’été des militants du mouvement d’Arnaud Montebourg « Rénover Maintenant ». Quelques jours avant celle du PS, au sein de laquelle il s’agit pour le mouvement du promoteur de la VIe République d’arriver en ordre de bataille, à la veille de la grande mêlée générale prévue pour trouver un candidat aux présidentielles qui ait une chance face à Sarkozy.

Montebourg avait un moment difficile à passer, puisqu’il s’agissait de faire digérer la pilule du ralliement de son mouvement à la candidature Royal, sans passer par la formalité républicaine de la consultation de la base.

Il semblerait que le conclave directeur serait en mesure de produire un texte de consensus. Mais si l’on en croit divers témoignages, dont celui de M. Belakhdar, compatriote Bondynois, la fumée blanche ne sortira pas sans frottements.

Invités au sein d’un atelier consacré aux Banlieues, nous nous y sommes rendus pour témoigner sur l’expérience du Bondy Blog. Nous y avons trouvé un auditoire très intéressé a priori, même si le débat après nos interventions n’a pas pu avoir lieu, vu que les habitués de l’exercice ont monopolisé le micro pour parler d’eux-mêmes et dire ce qu’ils pensaient au lieu de poser ou laisser les autres poser des questions.

La tablée était composée d’un représentant de la Ligue des droits de l’homme qui a cru pouvoir caser le double de ce qui est humainement possible en moins de dix minutes. Résultat il a lu au pas de course un document. Bon. Dommage. Un urbaniste qui a également lu un document. Là encore, c’est du gâchis, tous ces km en TGV, ces frais d’hôtel et de restau, pour 10 minutes de coup d’épée dans l’eau. Bon. Un éducateur qui parlait du fait qu’on peut comprendre la colère des jeunes sans pour autant approuver le fait de cramer des bagnoles. Dix minutes, c’était beaucoup aussi. Et puis à nous. J’avais préparé un topo mais je l’ai modifié pendant que j’écoutais les autres en me disant que je n’ai quand même pas fait 3 heures de TGV plus presque une heure de transports jusqu’à la gare Montparnasse, pris 24 heures de mon temps précieux, pour venir assommer de braves militants socialistes pleins de bonne volonté avec « moi », « je suis le plus beau, le plus malin, le Bondy Blog c’est trop génial « etc. J’ai préféré parler de mes soucis. Oula ! Ca faisait un sacré contraste.

La salle réveillée partageait ainsi avec moi mes préoccupations sur la difficulté pour le jeune de banlieue de produire un discours où il s’institue comme sujet légitime à poser un regard autonome sur le réel, lequel n’est pas exactement toujours un conte de fées. A se dégager de cette représentation de la banlieue qui émane du Centre quand il daigne, plus ou moins contraint et forcé par les « évènements », se donner la peine d’aller voir sa périphérie. De se débarrasser du rôle d’objet, au sein d’un casting produit par des gens de l’extérieur,  mais dans lequel les gens de banlieue adhérent assez spontanément, sans forcément s’en rendre compte : soit le jeune que le journaliste a trouvé aux heures creuses de la journée, qui n ‘avait rien d’autre à faire que de zoner devant la gare RER. Et qui va lui donner du discours de frustration, de victime, d’exclu ..etc… Rien de neuf. Soit alors, et c’est plus pernicieux, celui qui va se prévaloir de sa situation de salarié, de fonctionnaire, de commerçant etc… en disant « voyez, c’est possible » , mais qui conforte ce faisant le discours dominant, victimisant, stigmatisant, produit sur les gens issus des banlieues, en se posant comme un contre-exemple, faisant mousser son ego au passage, comme quelqu’un qui a donc du mérite. Ca fait toujours du bien, d’accord, mais inutile. Et dans les deux cas, le journaliste repart avec un « matériau » qui rentre dans le cadre mental préétabli. Et le sens commun de son lectorat, ses clichés et ses stéréotypes confortés. Dormez bonnes gens… Rien de nouveau sous le soleil.

Deuxième préoccupation. C’est la question de savoir quoi dire au brave journaliste qui n’est pas Suisse, qui n’a donc pas le temps, d’autre que de parler de soi. Peut-être qu’il voudrait qu’on lui produise une analyse sur les problèmes, non pas « des » banlieues – au fait, je préfère « soulevés par » les banlieues ? Et là petit flottement. Euh ! On le sent un peu gêné le brave journaliste. J'appelle ça le "paradoxe-du-journaliste-qui-s'intéresse-aux-banlieues": il vient en banlieue pour essayer de comprendre ce qui s’y passe. S’il cherche à comprendre ce qui s’y passe, c’est parce qu’il ne s’y passe pas une série à l’eau de rose, on est bien d’accord. Mais si une analyse des problématiques relatives à la banlieue lui est proposée par quelqu’un qui peut lui parler du point de vue de la banlieue, et non du point de vue central, comme le font les discours légitimes habituels (médiatiques, universitaires, politiques, administratifs), eh bien ça tique, ça coince. Il n'a pas l'habitude.

Ca me rappelle cette description de Tocqueville de la situation qui prévalait juste avant 1789 dans « L’Ancien régime et la Révolution », où des aristocrates bien intentionnés faisaient des discours sur le peuple, devant lui, sans songer qu'il pouvait éventuellement avoir aussi un avis à donner.

Samy K.

(La suite prochainement)

Choc

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Oui j´habite Bondy et je suis choqué par cela : un couple qui a plus de 50 ans qui se retrouve à la rue alors que je pensais qu'il n´y aurait plus d´expulsion. Que font les services sociaux ? J´ai parlé avec sa femme et me dit : "on ne peut pas se permettre de payer 38 euros pour l'hôtel chaque soir, alors on dort là juste là". Elle me montre avec sa main et me dit : "je me suis fais engueuler par mon mari car ils ont fouillé nos affaires". Je m´approche pour voir où ils dorment ; c´est juste derrière l´esplanade de la mairie. D´un côté la belle place de la mairie et de l´autre côté un couple qui dort dehors... Je suis triste car en plus c´est des Européens qui se retrouvent à la rue (on voit venir les discours comme quoi les noirs et les arabes prennent les logements des bons Français). Bref si les SDF se font virer de Paris pour se retrouver en banlieue c´est grave. Que fait ce gouvernement qui pense qu´à la consommation. Je suis attristé par ces politiques qui ne font pas leur boulot . Et pourquoi pas me présenter en 2007  ?

Au fait, j'ai vu ça hier matin, ils sont quatre maintenant ! Ils ont eu en renfort, une black et un Yougoslave.

On en reparlera.

Par Kamel El Houari

L'axe Bondy-Tazmalt


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Il y aurait tellement de choses à dire sur la façon de passer la saison chaude dans notre coquette ville mais à mon avis tout peut être dit en deux mots : ennui mortel. Le cœur de cette ville a cessé de battre dès l’instant où le mois de juin s’est achevé, laissant ses habitants seuls, désoeuvrés, livrés à leur inactivité. Qu’on travaille ou qu’on profite des vacances, rester à Bondy en été est un gage avéré d’atrophie festive.

C’est en cette période caniculaire que m’est soudainement venue cette réflexion : notre mère patrie a une sœur jumelle. De l’autre coté de la Méditerranée, en Algérie, entre les montagnes de Kabylie, les mêmes moments de spleen sont vécus à Tazmalt, le village dont sont originaires mes parents. Habituellement, chaque été, j’ai l’honneur de passer quelques semaines dans mon deuxième pays. Mais Tazmalt ce n’est pas l’Algérie, enfin, c’est plutôt une des Algéries parce qu’il y en a deux. Celle de la Nomenklatura à la tête du pays ; pour elle, les oiseaux chantent, l’herbe est verte, et la vie s’écoule luxueusement sur un fleuve de pétrodollars. La deuxième Algérie, celle du peuple, l’authentique, sent moins bon. C’est celle des bousculades à l’aéroport, du kilo de bananes égal à un quart du SMIC, celle où on ne peut acheter qu’une glace ou du gazouze (la boisson locale qui sert aussi de détergent), c’est le bled à l’herbe jaunie, des feux de montagnes et des innombrables mouches en mode festin d’émigrés. Cette Algérie-là, je l’ai connue à chaque période de vacances estivales pendant 20 ans, le popotin vissé sur un parpaing posé devant une boutique, écoutant mes cousins me conter ce rêve fabuleux, ce désir brûlant, synonyme pour eux de bonheur utopique : émigrer en France.

Bien sûr de nos jours l’Algérie va mieux, on trouve enfin des kinders et des milkyway sur les étalages des supérettes ; douceurs bien entendu hors de prix pour l’autochtone. Les années noires du terrorisme semblent passées et les Algériens retrouvent enfin l’espoir, ils entrevoient de nouveau des jours meilleurs et fomentent des projets d’avenir ; impensable il y a encore 5 ans. Certes l’Algérie a meilleure mine, mais quand on part de zéro, niveau qu’a atteint le pays après dix ans de tueries, aller mieux est relativement aisé. Je suis néanmoins optimiste sur la santé économique du pays puisque l’Algérie vend autre chose que du pétrole, elle exporte désormais ses ambiances pittoresques et c’est Bondy qui a raflé le principal contrat d’importation.

Même chaleur accablante, même morosité chez les jeunes, mêmes rêves d’exil, ici le Canada ou les USA pour la pléthore de diplômés qui ne trouvent pas d’emploi, reproche est à faire à leur joli teint halé et leurs prénoms qui sonnent tirailleurs sénégalais. Tout comme dans mon village dans les années noires, le pouvoir d’achat fond de jour en jour à Bondy, certaines échoppes affichent des prix qu’on n’a pas vus depuis l’occupation allemande et je choisis l’Euro comme tête de turc à la situation catastrophique de mon porte-monnaie.

Les émeutes, Tazmalt et Bondy ont en connu et la racine en est toujours la même : le ras-le-bol de la jeunesse et la volonté de changement. Certes, comparer la ville où je suis né à l’Algérie durant la sale guerre est indélicat, mais sous ce soleil de plomb je ne peux m’empêcher de penser qu’il est de moins en moins difficile d’assumer ma double identité, algérienne et bondynoise, tellement les modes de vie respectifs tendent à fusionner. Si la misère est moins difficile à supporter au soleil, la canicule accentue tout de même certains maux : Tazmalt au printemps est de toute beauté et Bondy mis à part son été pourri, insuffle en moi l’amour de la patrie.

Par Idir Hocini


L'avis de Nordine Nabili

Résumé de l'intervention de Nordine Nabili, journaliste à RFI, lors de l'université d'été du Bondy Blog à Fontenelle, le dimanche 3 septembre 2006

Nordine insiste sur l’importance du choix de la personne interviewée. Les journalistes vont toujours vers trois sources, les politiques, les associatifs et les experts (sociologues de service). Et les acteurs, les vrais gens ? Voilà ceux à qui le Bondy Blog donne et va donner plus encore la parole. Parce que leur parole est comme confisquée, et qu’il faut renouveler les voix autorisée, surtout en banlieue : le sujet semble être traité (40 livres sortent chaque mois sur les problématiques urbaines) mais les acteurs véritables ne sont jamais interrogés.

Pour ce qui est d’interview des candidats, Nordine estime qu’ils sont toujours, même avec les journalistes réputés turbulents comme Ardisson, en terrain conquis. Il faut que le Bondy Blog, lui, fasse de chaque interview une surprise, pour laquelle le sens de la répartie de bloggeurs comme Kamel ou Idir devrait faire merveille. La question de la place du FN se pose, elle est si vaste que ce séminaire n’y répondra pas. Les candidats FN sont trop préparés, ils utilisent leur langue de bois, c’est difficile de les déstabiliser. Il vaut mieux aller voir les militants et faire aussi analyser les idées du FN par des sages, comme les démographes, jamais assez présents dans les journaux. Certains affirment qu’il faudra bientôt 500'000 immigrés par an pour maintenir le régime des retraite en France. De manière générale, estime Nordine, la France est en train de vivre une révolution démographique, mais l’on ne s’en rend pas compte. Quand les historiens de 2100 se pencheront sur 2006, ils dirent que c’était une période extraordinairement intéressante – et auront de la peine à comprendre pourquoi l’arrivée d’un Noir au 20 Heures de TF1 a fait tant de bruit !

S. M.

Va y avoir du sport à la télé

 

A titre expérimental, dans certaines cités, les voitures de police sont équipées de caméras, à l’avant et à l’arrière. L’objectif selon la police serait de ne plus se faire piéger bêtement, comme avec ces images qui ont été diffusées au JT de France 2 où on voyait des policiers se défouler sur des jeunes à terre qu’ils venaient d’interpeller. La scène était tronquée et, paraît-il, l’opinion publique ne se serait pas déchaînée si elle avait assisté à l’ensemble de la scène. Soit, on a bien réussi à trouver des circonstances atténuantes à Zidane. De plus au niveau judiciaire l’affaire se serait soldée par un non-lieu. Avec ces caméras, donc, c’est l’intégralité de la scène qu’on pourra visionner.

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La police se réjouit-elle de ces innovations technologiques ? L’arrivée de la vidéo, comme sur les stades de foot, sera-t-elle une garantie d’objectivité ? Pas si simple. C’est au contraire la surenchère qu’on redoute. Il se chuchote en effet dans les couloirs des commissariats que des journalistes équiperaient les « jeunes des cités » de caméras miniatures et les incitent à faire déraper les forces de police en direct et avec le son afin de décrocher la timbale médiatique.

Après les qualifications la phase finale ?

Par Ariane

 

 

La khobza connexion


Boulangerie
Un constat s’impose : de moins en moins de Français sont attirés par les métiers de bouche et en particulier la boulangerie. Métier difficile s’il en est.
Du coup un lobbying tunisien est en train de sévir sur ce business dans nos banlieues ! Plus sérieusement, un phénomène étrange se produit à Bondy, comme dans d’autres banlieues peut-être, puisque toutes les boulangeries sont peu à peu rachetées par des Nord-Africains. A Bondy sur une vingtaine de boulangeries plus d’une douzaine sont tenues par des Maghrébins.
Grand symbole Français, la baguette nationale subit là un grand revers.
Comment expliquer ce phénomène  ? La qualité du pain s’en trouve t-elle affectée ?
Pourquoi ces métiers sont-ils délaissés par les Français dits de souche ?

Une partie des réponses peut paraître simpliste mais un facteur incontestable est dû au fait que le pain est un aliment incontournable de l’art culinaire au Maghreb, il est indispensable pour accompagner les repas. Il y a donc un attrait certain pour le pain qui explicite cet engouement.
J’ai discuté avec mon boulanger, un jeune homme de 24 ans qui travaille dans la boulangerie de ses parents, afin d’en savoir un peu plus.

Depuis combien de temps es-tu installé à Bondy ?

Cela fait quatre ans que mes parents ont acheté cette boulangerie et depuis on y travaille en famille, nous sommes trois frères et une sœur.

De quelle origine es-tu ?

Ma mère est Française et mon père est Tunisien.

Quelle est ta formation ?

J’ai un bac électro-technique puis j’ai fait des études supérieures de commerce tout comme mon frère aîné. Au départ rien ne me destinait à la boulangerie et puis nous avons décidé de travailler avec nos parents. Il leur fallait quelqu’un de confiance pour les seconder et les épauler.

Que penses-tu du fait que beaucoup de boulangeries sont rachetées par des gens d’origine étrangère ?

C’est un métier très dur, fatigant qui demande un grand investissement et certains n’ont plus envie de travailler dur. Les journées sont très longues, on commence assez tôt pour finir souvent tard.
Les étrangers ça ne les dérange pas, ils sont habitués. Certains venus s’installer sur le tard travaillaient déjà dans leur pays d’origine et ce n’était pas forcément facile et évident pour eux.

Peux-tu me parler de ta clientèle ?

Dans le quartier la population est très variée, les étrangers vont souvent préférer la baguette pratique pour les familles nombreuses, les Français préfèrent une tradition ou une baguette de campagne. Pendant la période estivale du fait des régimes, il y a une plus grande demande en pains spéciaux comme le son ou le complet.

La boulangerie est très accueillante et le choix y est varié. Depuis peu à côté des pâtisseries classiques sont mêmes proposées des pâtisseries orientales.
Derrière le comptoir trône une belle pièce en sucre, sorte de trophée que le pâtissier a réalisé récemment lors d’un stage de formation duquel il est rentré diplômé.
C’est un nouveau visage de la France, multiculturel, et il faut dorénavant compter avec.
En effet après avoir discuté avec un élève en boulangerie et lui avoir posé quelques questions j’ai appris que dans sa promo sur 11 élèves, 8 étaient Maghrébins, 2 Africains et 1 Français.

Par Soraya Messaoudi

Le Viking et l’Africain

Viking

Il est rare de trouver à Bondy des personnes assez candides pour organiser une soirée à leur propre domicile. Le moindre décibel annonciateur de réjouissances ameute chez nous toute une troupe de rats prêts à se sublimer dans l’art du squat. Contrairement à la plupart de mes compatriotes Bondynois, je suis beau. Je n’ai donc qu’à sourire pour pouvoir rentrer à une fête (c’est le même principe qui m’évite de faire la queue à Intermarché). Encore une fois, ces mêmes dents blanches me délivrèrent ce week-end d’une soirée Julie Lescaut en compagnie de ma maman, cette Kabyle des montagnes, prête à tout pour marier son fils. Une énième effraction festive et mon combat pour éviter d’épouser la cousine, la fille du forgeron du bled. Cette soirée n’aurait été qu’une de plus à ajouter à mon impressionnant tableau de chasse du parfait squatteur si je n’y avais pas rencontré Samy et Didier, deux amis d’enfance. Je les côtoie depuis le collège (un peu moins Didier qui est chiant comme les pierres) et à la suite de notre conversation, égayée du pillage intégral du buffet, cela va de soi, j’ai pensé que leurs parcours professionnels pouvaient être un bon sujet de post .

Didier, toujours dans les premiers de la classe depuis l’école primaire, bac avec mention, math sup-math spé et diplôme d’ingénieur en poche.

Samy, son voisin depuis leur prime enfance, élève plutôt bon mais sans plus durant le collège avant de sombrer dans la médiocrité au lycée. Niveau Bac-1.

Devinez qui des deux gagne un bon salaire de cadre ?

Ben c’est Samy ! Une bonne formation dans un secteur en pleine expansion, l’informatique, a suffi* à se jeune Bondynois pour se tailler une part de lion dans la vie active.

Quand à Didier, jeune homme bardé de diplômes, voila presque un an qu’il est à la recherche d’un emploi, sans succès pour l’instant.

Alors nos parents et l’éducation nationale nous auraient-ils menti ? Oui et non. La réussite de Samy ne tient pas au hasard, il a une bouche grande comme l’URSS et une voix de grizzly. Il impressionne par le verbe. En entretien d’embauche, le DRH est persuadé en se fiant à ses dires d’avoir affaire à un ingénieur de la N.A.S.A. Le monde du travail n’a pas de secret pour lui : sa vie professionnelle commença à 12 ans sur le marché de Bondy pour obéir aux exigences financières de son père (qu’on appelle entre-nous Louis XIV, à cause des taxes qu’il prélève sur les salaires de ses enfants-serfs). Enfin ce qui peut aider aussi dans un pays où une peau blanche pèse plus lourd qu’un diplôme du M.I.T (Massachusetts Institut of Technologie) : Samy fait plus Viking qu’Algérien, sa nationalité d’origine.

Quant à Didier, certes il a joué à fond la carte de la réussite scolaire, mais… Il est noir !

Pour nombre de responsables des ressources humaines le fait qu’il ait changé son prénom en terminale ne change rien, M’bokoko ou Didier c’est kif kif, qu’il ait fait math spé ou BEP couture revient au même pour ces tenants d’une vieille France qui sent un peu le chien mouillé. C’est connu, nos DRH préfèrent voir un black prendre une commande au Mc Do que concevoir un prototype de fuselage d’Airbus. Bien sûr on ne peut pas tout mettre sur le dos des discriminations, même si toute la promotion de Didier a réussi à se caser (précisons tout de même qu’il était le seul mélanoderme de sa filière). Il faut sans doute prendre en compte sa timidité maladive et sa réserve extrême qui feraientt rougir Zidane (sauf quand ce dernier chasse le Transalpin). Toute sa vie Didier pensait que de bons diplômes combleraient son atrophie sociale face à ses recruteurs. Seulement c’était sans compter sur cet adage bien connu en temps de crise économique : « Plus c’est dur de remplir l’assiette, plus c’est facile de pointer du doigt celui qui a une autre tête. ». « Courage Didier, si tu trouves pas en France, va aux States, ils te méritent pas ici » conclut Samy entre deux coups de crocs dans une cuisse de poulet.


 Idir Hocini

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