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Chronique judiciaire

Vue_ext_tgi_bobigny_1Une manière d’avoir une idée de la vie de nos quartiers est d’aller voir les affaires qui se jugent au tribunal, qui jugent les délits qui y ont été commis. Cela n’est heureusement qu’un aspect, pas le plus reluisant, et sans doute pas non plus le plus représentatif. Mais il nous a paru intéressant de raconter ce qu’on peut y trouver.

 
Lundi 3 juillet 2006,14 heures, Tribunal de Grande Instance de Bobigny. Au sein de la 6ème salle d’audience, c’est une affaire de famille qui se juge. Madame X est appelée à la barre. Mère d’une jeune adolescente, c’est en tant que défenderesse qu’elle comparaît aujourd’hui contre son mari. Ce dernier attaque sa femme qui l’empêche depuis maintenant deux années de voir sa fille, car selon elle « la petite a subi des attouchements ». La mère aurait trouvé cet alibi pour discréditer le père et ainsi avoir la garde de l’enfant. Et depuis une ordonnance rendue par le JAF comme on l’appelle communément dans le jargon judiciaire, le Juge des Affaires Familiales, il est autorisé à voir sa fille un mercredi sur deux pendant une heure dans un lieu public. L’avocat du demandeur intervient alors et demande au juge que son client soit autorisé à voir sa fille chez lui « car en n’ayant pas vu sa fille durant deux années, celui-ci a subi un véritable préjudice ».

Dans la 5ème salle d’audience, chambre correctionnelle, c’est tout autre chose qui se joue. Les personnes soupçonnées sont M. Kilé, d’origine camerounaise, naturalisé français et vivant en Suisse ; Mme Chambi, alias « Mimi » camerounaise. Ils ne sont pas mari et femme mais amants. Le premier ne parle pas la langue française, c’est donc une interprète qui se charge de lui traduire en anglais tout ce qu’affirme Madame le juge. Celle-ci leur demande tout d’abord, comme l’exige la procédure, s’ils acceptent d’être jugés aujourd’hui… oui. Madame Chambi menottée, est nerveuse, pas agitée pour autant. Les faits sont les suivants : le 13 juin dernier, en soirée, les services de police, sur renseignement, se postent à la première sortie de l’autoroute du Nord pour interpeller deux suspects en provenance de Belgique, un véhicule correspondant à la description et à l’immatriculation enregistrées est arrêté pour conduite irrégulière : fouille dudit véhicule et des passagers : Mme Chambi cache sous sa jupe des paquets emballés et solidement scotchés : 50 boudins de cocaïne, soit 670 grammes. M. Kilé est contrôlé positif à la cocaïne…Mme Chambi demande à intervenir : « je ne savais pas que c’était de la cocaïne… ». Madame le Juge perd patience et prévient Mme Chambi que « la peine encourue est de 10 ans d’emprisonnement et d’une interdiction de séjour sur le territoire français ». C’est au tour du Procureur de la République de présenter son réquisitoire : il parle d’image triste, de deux personnes refusant d’assumer leurs responsabilités, de faits très graves, de quantités de stupéfiants très importantes dont la valeur marchande est non négligeable : il demandera finalement 45 mois d’emprisonnement mais pas d’interdiction de séjourner sur le territoire. C’est enfin au tour des avocats de présenter leur plaidoirie. Tout d’abord l’avocate de Mme Chambi souligne que cette dernière a trois enfants scolarisés dont deux de nationalité française, qu’elle a sa vie en France. Suit l’avocat de M. Kilé, plus long dans son intervention, il insiste sur le fait que ce ne sont que des présomptions qui pèsent sur son client, il rappelle le principe de la présomption d’innocence figurant à l’article 9 de la DDHC et répète qu’ « on ne peut fonder une partie des accusations sur des présomptions », les éléments à charge contre M. Kilé étant inexistants, l’avocat plaide la relaxe. Arrive l’heure de la délibération. Entre temps, dans les couloirs du Tribunal, une avocate présente pour la prochaine affaire discute avec sa cliente qui attend, « patience Madame, c’est long la Justice ! ». Retour dans la salle d’audience, après s’être isolée cinq minutes avec ses assesseurs, Madame la Juge annonce la peine requise : 3 ans d’emprisonnement ferme pour détention, trafic et usage de stupéfiants. A noter que Madame est enceinte.

Troisième affaire : deux jeunes hommes trentenaires de nationalité béninoise dans le box des accusés : M. Ouzeh et M. Amadou. En octobre dernier, ces deux là ont risqué leur vie. C’est en arrivant à l’aéroport de Roissy que les agents des douanes constatent que M. Amadou et son camarade ont le ventre anormalement gonflé. Les radiologies révèleront qu’ils avaient ingéré une quantité mirobolante d’or blanc  (pour 2000 euros d'ovules de cocaïne) . Ils sont alors accusés d’avoir importé, transporté et détenu 863 grammes de cocaïne, selon l’ordonnance de renvoi du juge d’instruction. M. Amadou tente vainement d’expliquer que celui qui lui a demandé de transporter de l’or blanc jusqu’en France, un certain « El Hadj » lui a dit « de lui  faire confiance, ça m’a suffit. J’avais des problèmes d’argent ». Le Procureur y va franchement, pour lui, ces personnes se servent d’excuses, se plaignent d’être dans une situation de détresse, pour justifier leur acte. Nous n’attendrons pas la délibération de cette dernière affaire mais l’on devine que ces jeunes béninois ne sont pas prêts de quitter la France…

 
Par Hanane Kaddour

Des étudiants étrangers explorent la banlieue

Visite_clichy_012Ils viennent de Pologne, d’Hollande, de Grande-Bretagne, de Turquie et du Liban passer une semaine en banlieue parisienne. Jusqu’au 22 juillet, ces étudiants sont immergés dans différentes cités comme celles du 93 à Montfermeil, La Courneuve et du 78 à Mantes-la-Jolie. Une expérience organisée dans le cadre du congrès annuel de PlaNet, une association d’étudiants français en architecture née il y a 10 ans. Le thème de cette session concerne la ségrégation urbaine. « Nous leur parlons des projets mis en place en matière d’urbanisme dans ces quartiers, au-delà des actions de démolition des barres d’immeubles et reconstruction d’habitats », précise Julien, l’un des organisateurs. Les visites sont ponctuées par des meetings animés par des enseignants et chercheurs tout au long du séjour.

Dimanche, les jeunes sont arrivés avec des yeux tous ronds et encore plein d’interrogations sur les événements de novembre 2005 : pourquoi une telle révolte? Était-ce la première fois ? Comment les banlieusards de France sont-ils marginalisés? Les médias ont-ils retranscris la réalité ? C’est en allant sur le terrain, avec l’aide d’un guide, qu’ils espèrent obtenir les réponses. Après avoir exploré les environs de la gare de Saint-Denis lundi, ils ont investi quelques quartiers de Clichy-Sous-Bois, mardi. Jan, un Hollandais étudiant en urbanisme trouve ce lieu éclairé avec beaucoup de verdure. Mais selon lui, « il y a un contraste entre l’espace dans les rues et le cloisonnement infligé aux habitants des grands immeubles ». Il ajoute : « ces gens doivent avoir un niveau de vie assez bas pour y vivre. Et puis cela ne dois pas être facile de se rendre jusqu’à Paris quand le trajet dure au moins une heure ». Danielle, une Libanaise constate que les immeubles sont anciens et se demande pourquoi ils n’ont pas été rénovés depuis tant d’années. « Ce sont les immeubles typiques d’habitat social qu’on retrouve aux Etats-Unis là ou j’ai passé une partie de ma scolarité », a-t-elle remarqué.

Pour le reste des excursions de la semaine :
- Mercredi, retour à Saint-Denis dans les cités cette fois
- Jeudi, visite du Val Fourré et de Mantes-la-Jolie
- Vendredi, soirée aux Jardins des Tuileries à Paris pour une initiation à la danse africaine.

La majorité de ces aventuriers en herbe disent qu’ils ne seraient pas venus pendant les émeutes et qu’avec plus de recul, il serait plus efficace d’apporter des solutions durables à la question des banlieues, une question sur laquelle ils portent un regard attentif.

Par Nadia Boudaoud

Les Tamouls de Bondy

Tamouls_2_1La dernière vague d’immigration qu’a connu la ville déposa sur les riants rivages de Bondy sa première communauté tamoule. Originaires du Sri lanka, ils arrivèrent dans notre cité au début des années 1990, l’apport important intervenant à l’aube de l’an 2000 quand la réhabilitation de l’ancien quartier industriel de la ville (la remise à Jorelle dans Bondy Sud) fournit les logements à même d’accueillir ces nouveaux Bondynois.

Aujourd’hui prés de 700 Tamouls vivent sur le territoire communal, principalement dans le Sud. C’est une communauté soudée, organisée, qui a le mérite d’être très ouverte sur l’extérieur malgré la barrière de la langue. L’ancien tôlier colonial de Ceylan étant l’Angleterre, les Tamouls pratiquent de ce fait plus aisément l’anglais que la langue de Molière.
Conscient de ce handicap culturel, nos Sri lankais se sont organisés dans l’association franco-tamoule qui fait un peu office de porte parole de la diaspora par le biais de son président, Monsieur Rajendram. En terme d’immigration, ce dernier présente un parcours hélas typique pour ceux issus de sa communauté. Comme dans de trop nombreux cas, la guerre l’a poussé sur le chemin de l’exil. Le Sri lanka étant depuis une vingtaine d’années ravagé par un conflit opposant le gouvernement cingalais (l’ethnie dominante au Sri lanka) à la minorité tamoule. C’est pour fuir les massacres que beaucoup ont quitté le pays. Monsieur Rajendram se dit aujourd’hui très préoccupé par la situation de ses congénères: « Les pogroms contre les tamouls ont repris ! » m’affirme t il. Après 4 années de trêve, la situation au Sri lanka s’est de nouveau dégradée, les combats entre forces gouvernementales et les Tigres de libération de l’Ealam  Tamoul (LTTE le mouvement indépendantiste tamoul) nourrissent encore une fois l’actualité.

La même histoire se répète dans chaque conflit, quand les armes parlent, le sang et les larmes sont les lots des populations civiles d’un coté comme de l’autre. Si la souffrance ne s’encombre pas de considérations ethniques, les Tamouls ont eu plus que leur part de tueries. Pour interpeller l‘opinion publique sur les événement qui endeuillent leur pays, les Tamouls de France ont organisé une manifestation ce 25 juillet, au mur de la paix à Paris.

Je trouve décidément que cet été est beaucoup trop propice à ce sommet d’imbécillité et d’artisanat humain qu’est la guerre. J’ai de plus en plus l’impression qu’il faut une accrédition délivrée par les puissants pour qu’un peuple ait le droit de vivre sans qu’une bombe lui tombe sur la tête. Il est triste de constater que la diplomatie de nos jours se résume à cette seule phrase : « C’est à moi !»


Par Idir Hocini

Monsieur le directeur

L’été, durant les vacances, il y a ceux qui partent, les chanceux, et puis il y a ceux qui restent. Heureusement, pour beaucoup d’enfants qui ne partent pas, les centres de loisirs proposent des activités qui ont permis à des générations de bénéficier d’activités nautiques (à la piscine ou à champs sur Marne), de sortir dans des parcs de loisirs ou tout simplement de mener des activités au centre.
A Bondy, il y a plusieurs centres au Nord comme au Sud mais il y en a un qui est incontournable, le centre Jacques Prévert. Ce dernier est dirigé depuis près de 30 ans par le même directeur, Christian, une figure emblématique.
Interview avec le doyen de l’animation Bondynoise.

Depuis combien de temps travailles-tu à Bondy ? Et comment es-tu venu à l’animation ?Je suis tombé dedans tout petit, ma mère était déjà directrice. Après mon bac, je n’ai pas eu envie d’aller à la fac, alors j’ai fait de l’animation en centre et en classes de neige ou de mer. Par la suite j’ai pris deux années sabbatiques et j’ai repris la fac.
De 1975 à1977, j’ai été directeur-adjoint à Léon Blum (centre primaire à Bondy Nord) et puis, je me souviens, au mois d’avril, on m’a proposé le poste de directeur à Prévert. Depuis je n’ais pas bougé. Ca fait 29 ans que je dirige ce centre, je fêterai mes 30 ans en 2007 !

Tu n’as pas eu envie de changer de métier ? Pourquoi ?Je suis hyper attaché à ce centre. Je retrouve les enfants d’anciens gamins que j’avais eus, et puis il y a un attachement à cette ville même si je n’y habite plus aujourd’hui. J’y ai vécu enfant, une partie de ma famille est impliquée au niveau local. C’est bizarre, je n’ai pas d’attachement politique et citoyen dans la ville où j’habite aujourd’hui alors que je continue à suivre ce qui se passe ici.

Quel est ton parcours ?J’ai repris mes études, passé un DEA en Sciences de l’éducation et en parallèle une licence de Lettres.
A côté, je suis dans la formation continue pour jeunes et adultes. Après un passage à l’Education nationale qui ne m’a pas plu, je me suis dirigé vers l’insertion et un secteur moins conventionnel. Si à l’époque il y avait eu une structure dans l’animation, un cadre pédagogique, j’en aurais fait ma profession mais il n’y avait rien de tout ça. On était gérés par le service des écoles et le patronage laïc. L’évolution à Bondy a été plus lente que dans d’autres villes où il y avait déjà des vraies politiques de l’Enfance et des moyens mis en adéquation.
J’ai dû travailler mais j’ai toujours essayé de garder le centre à côté.

Sur les conditions de travail, comme d’un point de vue financier, comment les choses ont–elles évolué ?
Il y a un vrai progrès de ce côté-là, car il n’y a pas de grosse baisse de budget d‘une année sur l’autre. Avant les centres étaient gratuits, on avait un petit budget minimum, les sorties et goûters étaient financés par les parents, de ce côté-là je suis favorisé. Le centre est au milieu d’une zone pavillonnaire, il n’y a qu’une petite cité, les parents depuis toujours travaillent pour la majorité. Je pouvais mettre en place des activités, mais ça n’était pas le cas partout.
Aussi, contrairement à d’autres quartiers, la mixité ethnique est ici plus importante aujourd’hui, la communauté africaine par exemple était moins nombreuse en 1977. Je trouve que c’est une très bonne chose, il y a une vraie mixité maintenant. Cette mixité, on la retrouve aussi dans l’équipe, sans avoir cherché forcement à représenter toutes les communautés, ça s’est fait naturellement, ça suit et correspond à l’image de la ville.
Si on revient sur le budget, depuis Roger (l’actuel maire), le système me parait plus juste, c’est un service public qui a un coût pour la collectivité et les parents payent eux en fonction de leurs revenus.
Le budget se fait au prix de la journée par enfant, ça équivaut à peu près à 1,15 euros par enfant, c’est le système moins inégalitaire on peut dire car il ne favorise pas un quartier par rapport à un autre. Après chaque directeur a sa manière de gérer, chacun privilégie des choses par rapport à d’autres.
On aurait toujours envie d’avoir plus, pour pouvoir faire plus, mais c’est comme partout.
Les activités d’été notamment ont diminué à cause de problèmes financiers.
A Bondy, un problème persiste c’est qu’ils n’ont pas mis en place la filière animation pour les centres de loisirs. On n’a pas d’animateurs avec un vrai statut. Il y des animateurs permanents mais seulement en maison de quartier. Dans d’autres villes, ce sont des employés de la fonction publique territoriale qui encadrent les activités périscolaires. Ca permettrait de créer un lien entre le centre et l’école, les animateurs permanents travaillant la semaine feraient le relais avec l’éducation nationale.

Les enfants ont-ils changé ? Leurs demandes, leurs besoins…?La société évolue, les gamins sont plus demandeurs, il y a des demandes d’activités auxquelles on ne peut pas répondre faute de moyens. Je ne veux pas faire le vieux con mais ils se lassent plus vite. Il est plus difficile de les motiver, mais cet été on organise un séjour à la campagne, pas centré sur une activité précise, ni Club med et les gamins sont partants, il est plus dur de les motiver mais la magie de la découverte est toujours là quand ils y sont. Il est plus dur de les bouger c’est une génération « télé-console ».

Quel bilan tires-tu de ton travail de directeur durant toutes ces années ?
Je ne sais pas, ce que je peux dire c’est que je laisse aux gens les moyens de travailler. Je suis formateur, alors je donne des responsabilités mais je ne prends pas la tête, je fais confiance et délègue pas mal. Je  suis content car c’est vrai que beaucoup d’ex-animateurs de Prévert sont aujourd’hui directeurs ou adjoints sur d’autres centres.
Ça fait trente ans bientôt que je suis là et je suis toujours motivé par ce que je fais, sinon je ne le ferais plus. Je trouve toujours autant d’intérêt de former de nouveaux animateurs, de créer des choses nouvelles avec les gamins. C’est un vrai boulot, on a, faut pas l’oublier, une mission éducative de sensibilisation des gamins à la citoyenneté, avoir le sens du partage, du collectif, c’est important.

Par Soraya Messaoudi

 

La canicule. Sommes nous mieux préparés 3 ans après ?

Caniculeok_1 C'était en 2003. Cette forte chaleur, en 10 jours, avait provoqué plusieurs milliers de morts, en particulier chez les personnes âgées et les handicapés.
De nombreuses personnes agées ne disposent pas de service d'aide à domicile, elles sont seules et non autonomes, d'où des problèmes d'hydratation, de médicaments mal pris, etc.

Les hôpitaux manquent de personnel. Dans certains services, on compte une aide-soignante ou une infirmière pour une dizaine de lits.
Faut-il attendre le pire avant de trouver des solutions ?
Cette catastrophe a fait réagir l'Etat et des dispositifs nationaux ont été mis en place. Les professionnels de santé et hospitaliers, la solidarité civile et les associations sont prêts à intervenir à tout moment.
Le plan canicule prévoit l'installation de pièces rafraîchies dans les établissements privés ou publics.

Aujourd'hui, la vigilance est plus importante que jamais. Les conseils d'usage aux personnes fragiles sont de boire au moins un litre et demi d'eau par jour, de passer quelques heures dans un endroit frais, de limiter les activités physiques.
Pour aborder ces questions, j'ai rencontré Mme Abaisse, directrice de la maison de retraite MAPI de Bondy.

Quelle est l'activité de votre établissement?

Nous sommes un établissement privé qui gère les maisons de retraite et les établissements de psychiatrie. Nous prenons en charge les personnes âgées dépendantes. Nous disposons de 115 lits.

Comment étiez-vous organisés contre la canicule de 2003 ?

Nous l'avons vécue de plein fouet mais il n'y pas eu trop de dégats.
Les tensions et les températures des résidents étaient prises correctement.
Nous avons mis en place des climatiseurs mobiles dans l'établissement, la salle à manger de 300 m2 était aussi climatisée et les familles bénévoles venaient nous aider. Nous gardions les volets fermés, faisions des tours de boissons la nuit, installions des perfusions pour hydrater les personnes fragiles. Depuis 2003, nous n'avons pas eu d'alerte 3 [c'est le niveau le plus élevé de l'alerte canicule], pas eu d'incident. J'ai commencé à alerter le personnel et les résidents la semaine dernière à cause de cette hausse de température que nous avons eu ces derniers jours.

De combien de personnels disposez-vous?

Nous sommes 60 salariés. Médecins, infirmières, femmes de ménage : tous sont bien formés pour la prévention canicule.

Et depuis 2003, y a t-il eu une amélioration au niveau de l'Etat ?

Non, nous sommes un établissement privé, l'Etat a donné des subventions aux établissements publics.

Quels conseils de prévention pourriez-vous donner?

Les familles et les proches de ces personnes doivent rester vigilants, c'est très important. Il faut impérativement alerter les médecins en cas d'urgence.
Le numéro de téléphone du Centre Local d'Information et de Coordination (C.L.I.C.) 01 48 68 34 16 est à votre disposition pour signaler des personnes âgées vivant seules.

Avec les températures qui grimpent ces derniers jours, il est dont impératif de veiller sur les personnes âgées que l’on a autour de soi, parents, amis, voisins et aller leur rendre visite le plus souvent possible car celles-ci osent rarement demander de l’aide, même si elles sont seules et isolées.

Par Essy

« Comme ils ne peuvent pas le faire à l’assemblée, ils l’ont fait sur TF1 »

Harry_4 Lundi soir, chez « Jeanine », café de la gare de Bondy où nous tenons nos réunions de rédaction en ce moment, la télévision est branchée sur le 20 H de TF1. Ce journal n’est pas tout à fait comme les autres car pour la première fois, un journaliste noir va présenter le journal le plus regardé de France.
Pour l’occasion, un rep orter de Radio France est venu nous rendre visite pour voir la réaction des blogueurs à l’apparition de Harry Roselmack, le nouveau présentateur originaire de La Martinique.
Lorsqu'il apparaît à l’écran costume noir, chemise blanche, les premières réactions portent sur le physique. « Ah, il est beau gosse quand même » lance Sada.
Les titres et le premier sujet sont impeccablement annoncés et le reporter de Radio France en profite pour demander à l’équipe ses premières impressions.

Sada «  Je suis contente, surtout pour lui, mais ce n’est pas parce qu’ils nous ont mis un noir à TF1 qu’il ne faut plus rien demander. Cela prouve juste qu’il y a de bons journalistes noirs »
Essy : « C’est bien, il faudrait en voir d’autres car il y a beaucoup de gens compétents »
Soraya « En plus il est très à l’aise. Il doit avoir une grosse pression car tout le monde l’attend au tournant et pour le moment, il gère bien son journal ».

Un client originaire de La Martinique, une cinquantaine d’années, un whisky à la main dit fièrement en pointant le poste « Eh oui, c’est comme ça, on va enfin être dans le poste là haut !».

Quand le journaliste lui tend son micro, il prend un air sérieux « Ca nous va droit au cœur, c’est bien de voir un antillais faire le boulot qu’il faut pour faire avancer les choses. Si on nous offre des ouvertures, on pourra aller de l’avant »
Il boit une gorgée de whisky, lève la tête vers l’écran et éclate de rire : « Quand je le vois, je vois ma tronche, ça fait plaisir ».

On connaît les conditions de cette nomination, le rôle de Nicolas Sarkozy… mais l’arrivée de Harry Roselmack va-t-elle faire avancer les choses ?
Le fait de faire entrer des journalistes issus des « minorités visibles » dans les rédactions va-t-il changer le regard que portent ces rédactions sur ces minorités ? Les téléspectateurs, notamment ceux qui ne voient des noirs et des arabes que dans les faits divers des JT, vont-ils changer de regard sur ces populations ? Autant de questions qui restent en suspend.
Finalement, le journal continue et on est bien sur le 20 H de TF1. C’est l’été et il n’y a donc pas grand-chose à se mettre sous la dent à part les attaques israéliennes au Liban et le rapatriement des français. Après 15 minutes, plus personne ne regarde l’écran. Chacun est retourné à ses discussions. Le journal se termine dans l’indifférence générale et c’est plutôt bon signe.

Par Mohamed Hamidi

Rencontre avec un spectre un soir sur la plage

Botticelli_geboorte_venus_1 Carte postale

Par  Chou Sin

Deux heures du matin, Marseille sur la plage, j’étais assis tranquillement face à la mer, quand tout à coup, surgit de nulle part un homme. Il me demande une cigarette, je n’en ai pas. Il s’assoit à mes cotés et commence à me taper la discute. « As-tu vu des filles ce soir sur la plage ? » me demande t-il. Je lui réponds oui, il y a des filles sur la plage. L’homme est assez âgé, il pointe du doigt deux jeunes filles un peu plus loin et me dit : « J’irai bien voir les filles là-bas »… Mr l’inconnu se mets alors à parler. « Les femmes d’aujourd’hui, elles sont très difficiles, elles ne sont intéressées que par tout ce qui est matériel, et les deux filles là-bas, elles sont sûrement lesbiennes, elles doivent aimer que les choses entre-elles. Aujourd’hui si tu veux une fille, il faut que tu sois riche, les filles ne veulent que des hommes qui ont de belles voitures. Mais les elles sont bêtes car moi, si je veux, je loue une belle voiture et je leur fait croire que je suis riche. Elles sont toutes attirées par l’argent… ». Moi je reste là, je l’écoute, il parle sans s’arrêter, j’en place pas une. Je suis pas d’accord avec ce qu’il dit mais je n’ai aucune envie de débattre avec lui alors je le laisse continuer. « Tu sais, les femmes sont très dangereuses, elles sont vicieuses et calculatrices. Elles se marient avec toi pour ton argent, et quand elles te disent qu’elles vont aller voir une copine, elles vont se faire de l’argent avec d’autres hommes, et elles se font un patrimoine sans que tu le saches. Et un jour, elles vident ton compte, et elles s’en vont avec ton remplaçant… ». Forcément, je lui demande si c’est ce qu’il lui est arrivé, il marmonne un peu, hésite, et il me dit qu’il était marié mais que ce n’est pas ce qui lui est arrivé. Apparemment, l’homme a encore envie de parler de la gente féminine: « Tu sais plus loin là bas, sur la rue, il y a des p…, qu’est-ce qu’elles sont belles ! Mais ça vaut pas le coup, ça dure que cinq minutes et ça coûte une fortune. Pour ça il faut aller dans les pays pauvres, il faut aller en Thaïlande, pour une bouchée de pain tu passes une nuit avec elles, tu peux même les garder plusieurs jours et tu les fidélises, tu leur fais croire que t’as envie de les ramener en France pour qu’elles soient gentilles avec toi. Peut être qu’un jour c’est ce que je ferai… ». Apparemment, l’homme a des idées bien reçues, je me sens choqué de me retrouver face à cet individu, mais bon, maintenant que j’y suis, j’ai encore envie d’écouter ses horreurs.  « Un femme, elle n’a jamais de problèmes, si elle a un problème d’argent, elle descend une heure dans la rue, et ça y est le problème est arrangé… ». Là je ne peux m’empêcher de réagir, et de lui répondre que je ne suis pas d’accord, mais il m’assure que c’est la vérité, que même si je ne le vois jamais, la majorité des filles le font, mais face à ce genre d’individu, inutile de polémiquer, et il repart à nouveau dans son monologue : « Regarde en Chine, pourquoi on préfère avoir un petit garçon plutôt qu’une petite fille, pourquoi on tuait les petites filles à leur naissance ? C’est parce que les filles quand elles grandissent , elles fonts des choses sales, toi qui es Chinois, dis moi que j’ai raison… ».

 « Non, pas du tout, selon moi, c’est plutôt une question de mentalité, un garçon serait beaucoup plus productif manuellement dans les champs et pour tout autre travail physique, ce qui avait son importance autrefois. Et lors d’un mariage, on dit qu’une fille va dans la famille du marié, et donc certains préféraient accueillir une jeune mariée plutôt que de laisser partir leurs propre fille. Et tout ceci s’est déclenché lors de la loi sur l’enfant unique, les familles n’ont droit qu’à un enfant, donc si une famille veut absolument un garçon, et que le premier enfant est une fille, il n’y a pas beaucoup de solutions…Mais tout ceci serait du passé… ». L’homme me dis alors que mes réponses tiennent la route et repart encore dans ses discours bizarres… mais à ce moment là, j’étais un peu fatigué, et je ne l’écoutais plus trop… Je lui souhaite une bonne soirée, je ne lui ai même pas demander son nom.

Une Italienne de Bondy


Drapeau_italie_1 A la maison, Claudia zappe de la Rai I à la Rai III, à la chaîne Média 7. Le Mondial, elle le suit aussi par la parabole. « Je veux regarder ma belle Italie », affirme de sa voix mélodieuse cette femme venue en France rejoindre son mari il y a maintenant 38 ans. Avec son sourire toujours aux lèvres et ses grands gestes accompagnant ses paroles, l’Italienne n’oublie rien de ses origines bolognaises. « On me dit que je souris beaucoup, même quand j’ai des soucis. Eh bien sachez que là-bas on est comme ça ! », lance-t-elle en riant. Il faut dire qu’à 56 ans, son humour reste intact. Claudia retourne dans son pays natal tous les étés voire une seconde fois le reste de l’année. Elle emmène même ses petits enfants avec elle. Pendant les repas, les pâtes sont au menu (difficile d’éviter ce cliché !). Claudia a toutefois ses recettes secrètes pour les cuisiner ; les Gnocchis et la Polenta restent ses spécialités. Et sans le Bitter, une boisson servie avec de la limonade, l’apéro en famille perdrait de sa saveur.

Son lien avec Bondy, Claudia l’a noué en débarquant dans une cité des quartiers Nord en 1972. « Mon mari et moi nous étions installés provisoirement pour 2 ou 3 ans… Aujourd’hui, nous sommes toujours là ». A cette époque, cette Italienne ne parle pas un mot de français, cela ne l’intimide pas pour autant. Son caractère courageux l’a aidée à se débrouiller : « quand j’allais acheter de la viande, je disais « là, là ! » et faisais des gestes de la main pour exprimer 100 g ».

Alors, de temps en temps, elle consulte son dictionnaire pour traduire certains mots.Italienne_n7_2 Et puis, elle a commencé vraiment à apprendre la langue française suite à son premier emploi, 10 ans après son arrivée en France, grâce à ses collègues. « En retour, je leur ai donné des leçons d’italien », ajoute Claudia qui est employée dans la grande distribution.

Dans le quartier, elle s’est vite attachée à ses voisines. « Nous allions faire les courses ensemble, nous échangions des plats et passions des après-midi autour d’un café. J’avais le sentiment d’être en Italie ! », se souvient-elle avec nostalgie. Pendant les années 70, les locataires de la cité travaillaient principalement à la banque ou à l’hôpital. Peu à peu ces voisins sont allés vivre en province. Claudia et son mari eux sont restés. Mais ils gardent toujours le contact : « on se téléphone tous les mois ». Si bien que lors du mariage de son fils, tous ont répondu à son invitation. « Quelle fut ma joie ! », raconte-t-elle. Aujourd’hui, le rapport avec les voisins a changé. « Il n’y a plus ce lien d’amitié », remarque l’ancienne. En revanche, si elle a besoin d’un service, elle sait qu’elle peut compter sur eux. Et ce jusqu’à présent. En sortant de chez elle, elle croise souvent des jeunes accoudés à l’entrée de l’immeuble. Avec elle « ils sont toujours respectueux. Ils me disent bonjour madame, me tiennent la porte ». Peut-être parce que « madame » les salue agréablement par un « bonne-jour », roulant son R : normal, c’est une femme du sud ! « Quand nous partons en voyage, nous laissons les clés de la maison à des voisins originaires d’Algérie, des amours, comme la plupart des autres voisins ».

Depuis quelques jours, Claudia est à Bologne. Le moment pour elle de se ressourcer et savourer à sa manière la victoire des footballeurs avec ses compatriotes transalpins.

Par Nadia Boudaoud

La Bondy rattitude, suite.

 

Mensonges, accostage et séduction

1683878_1Avouons-le, nous autres rats de Bondy, sommes des goujats de la pire espèce, des êtres rustres envers les demoiselles de notre terroir, des gouniafiers de la dernière engeance.
« T’es moche mais j’ai faim » est un râle de séduction trop souvent poussé par nos mâles. Pas étonnant alors que les demoiselles les plus censées nous fuient, ne nous laissant en pâture que les fromage-girls, les filles Diams qu’on envoie en première ligne à la moindre embrouille de cité. Les agences tout risque de la gent féminine, qu’on reconnaît en soirée par leur tendance à gratter sous et cigarettes par un rentre-dedans aussi délicat qu’une blitzkrieg.

Sortir avec un panzer en Lacoste n’est pas une fatalité néanmoins, nos seigneurs rats nous le montrent bien. Encore une fois ils réussissent l’impossible et arrivent à s’octroyer la délicieuse compagnie des plus belles naïades, celles qui mangent de la salade, vous charment par des gestes grâcieux, une rhétorique épurée d’insultes, et une conversation jamais entrecoupée de crachats.

Leur secret ? Une vie à Bondy les a rendus maîtres dans l’art de l’affabulation, de la tchatche et du bagou. Mais il ne s’agit plus ici de persuader un ami que vos jours sont comptés, pour pouvoir poser vos crocs sur son kefta double. Ni même d’un petit mensonge pour épicer un dossier humiliant. Il faut plaire, vendre un rêve, tisser une matrice autour de votre vie pour que celle qu’on convoite oublie votre corps de merguez et vos manières d’orques des montagnes. Cette pratique de transformer sa vie en film a donc conduit certains de nos concitoyens à vivre dans une mythomanie perpétuelle. Certains voyagent encore vers Paris, magazine Casting sous le bras, sapés comme des Italiens, croyant en leur propre gausse qui les a institué top model - même si leur capital séduction égale celui d’une crotte de nez.

Les mythos de Bondy sont décidément très inventifs : entre les échappés d’Alcatraz, les stars de rap américains, les trafiquants d’armes et la communauté juive qui voit ses effectifs gonfler bizarrement à chaque La vérité si je mens , la ville regorge de Jarod ( de la série Le caméléon).

Avant de balancer la disquette qui fera de vous le Brad Pitt local, il faut approcher l’être convoité. Seul notre rat du mordor peut se permettre un « viens-là ! » lancé en direction d’une demoiselle avec des résultats conséquents. Les autres doivent une fois encore la jouer stratège. Notre tactique la plus connue est un legs de la Haute Antiquité. Remercions les Grecs, plus particulièrement le roi d’Ithaque, car sans eux point de cheval de Troie.

Cette stratégie de séduction se décline en plusieurs variantes. L’une d’elles consiste à utiliser sa compagne actuelle comme sésame vers des visages plus avenants. Chasser dans l’entourage amical de votre fiancée est un acte de grande perfidie. Mais pensez que vous ferez ainsi le bonheur de ses meilleures amies, qui la jalousent en secret et n’attendent que ça ! On peut également envoyer un alter ego dont personne ne se méfie vers un groupe de filles et le rejoindre une fois qu’il est bien implanté dans la place. Tout est bon pour pénétrer ce Fort d’œstrogènes.

La stratégie dite des trois petits chats demande un travail d’équipe : un premier va au charbon, réunit les premières informations sur la cible. Comme il est lourd, il se fait jeter et laisse un second compléter le dossier. Un troisième profite de toutes les données collectées pour l’aborder comme une vieille connaissance.

Le cul de sac est la technique la plus dénuée d’humanité, elle fait de celui qui l’utilise un véritable charognard s’en prenant aux cadavres de fins de soirées et aux biches acculées. La belle en train de vomir son trop-plein de bière, la prisonnière du 303 bondé par les grèves de la SCNF, la convalescente clouée sur un lit d’hôpital, toutes celles qui sont, en gros, incapables d’échapper au butor qui veut gratter l’amitié, sont autant de victimes probables du cul de sac.

Ces techniques sont les plus utilisées dans notre ville, mais il y en a beaucoup d’autres. Comme celle qui consiste tout simplement à vous montrer à l’être aimé sous votre vrai visage. Les femmes apprécient la sincérité, ni votre fortune ni votre beauté ne les intéressent. Ce qui importe pour elles, c’est ce qu’il y a à l’intérieur de votre petit cœur d’ourson. Ces êtres sensibles n’apprécient rien autant que les balades romantiques, main dans la main, dans ce monde enchanté au ciel rose bonbon, où chaque matin un adorable bisounours vous chante un air enjoué pour vous tirer de votre lit fait de nuages.

Redescendons sur terre : si on est vraiment nous-mêmes, avec les Bondynoises, on est condamné à l’abstinence. Evitons de prendre ces jeunes filles pour ce qu’elles ne sont pas, seuls les chiens répondent quand on les siffle dans la rue. De même, hausser le ton lors d’une approche manquée n’améliore pas notre cote d’attractivité. Il faut reconnaître la source de notre incompréhension : les femmes viennent de Venus, et nous des égouts.

Par Idir

Le prix Ringier décerné au Bondy Blog

Hakim Chaque année à Zurich en Suisse a lieu la remise du prix Ringier qui a pour but de récompenser le meilleur travail au sein du groupe Ringier au niveau international, un des premiers groupes mondiaux de presse (plusieurs dizaines de titres essentiellement dans le monde germanophone).

Cette année c’est le magazine L’Hebdo qui a été récompensé du premier prix, pour le Bondy Blog. La plupart des journalistes qui ont participé à cette aventure étaient présents, ainsi que moi-même, bien sûr, pour représenter le Bondy Blog. Après les discours de différents chefs d’entreprises, monsieur Jeannet (rédacteur en chef de L’Hebdo), m’a sympathiquement fait fondre en m’annonçant que c’était à mon tour de faire un discours devant une centaine de personnes.

Contrairement aux autres je n’avais rien préparé alors j’ai repris forme et j’ai déchiré le micro comme un rappeur !!!

Malgré le fait que la plupart étaient deutchophones, ils m’ont tous applaudi et ils ont bien compris à quel point le Bondy Blog est une belle aventure pour nous tous, et qu’on espère que ça va durer encore très longtemps. Enfin je crois qu’ils ont compris.

 

Par Hakim Azzoug

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