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Une journée au Monde.fr

Logo_le_monde_1 Cette semaine, l’équipe du Bondy Blog a été invitée à une journée de visite et de formation au Monde.fr.

Arrivés un peu avant 9h dans une rédaction encore calme et tranquille, c’est sur la terrasse ensoleillée que nous avons été accueilli. Les locaux du monde.fr, Quai de Seine dans le 19 ème arrondissement donnent d’un côté sur les bords du canal de l’Ourcq, de l’autre sur les vieux toits de Paris.

Alexis, le rédacteur en chef prend la visite en main. C’est un homme élancé, au tempérament discret et souriant qui semblait ravi de retrouver notre équipe qu’il avait en partie rencontrée lors du premier séjour de formation réalisé par les blogueurs à Lausanne en février dernier.Terrasse_1

Même si d’habitude, Alexis est toujours sur le front, assurant la coordination des différents journalistes s’informant des dernières actualités, devant parfois accueillir des invités pour les chats en direct, il a tenu lors de notre visite à se rendre un maximum disponible afin de nous suivre une bonne partie de la journée.

Le Monde.fr est né en 1995 et après avoir connu différents étapes, il se recentre en 2001 sur l’information, une forme qui est encore en place aujourd’hui.

Runion_2 Ce site reprend l’actualité du journal en kiosque et propose d’autres contenus rédigés et mis en ligne par une équipe de 55 personnes dont 30 journalistes qui ont à leur disposition des outils comme la vidéo ou le son. Le challenge principal est de rendre compte de l’actualité en temps réel, de pouvoir relayer l’information en continu (le journal fonctionne avec deux équipes : une 7h-14h, l’autre 14h-21h).

Très vite, Alexis nous convie dans la salle principale où toute l’équipe travaille pour assister à la réunion de rédaction quotidienne.L’ordre du jour de cette réunion : le début du Bac avec l’épreuve de philo, le congrès de la CFDT, la visite d’Ehoud OLMERT en Angleterre, la réunion de Bush et de ses ministres et conseillers afin de discuter d’un éventuel retrait en Irak ou encore les attaques de chiens dangereux. Pendant cette réunion, les journalistes continuent de travailler, de consulter les dépêches AFP ou Reuters et se posent assez peu de questions entre eux. Ils sont déjà absorbés par le site et les articles à mettre en ligne.Runion_de_rdaction

Plus tard dans la matinée, nous avons pu assister à la réunion du groupe Rendez-vous qui travaille sur des sujets à plus long terme. Au programme cette semaine : l’anniversaire de la mort de Coluche, les blog 3D, le planning des prochains chats (discussion entre des personnalités et les internautes) ou encore la mise en place d’une rubrique « le but du jour » pour le Mondial. Cette réunion se passe dans une toute autre ambiance. Les journalistes discutent les sujets, échangent beaucoup sur la manière de les traiter sur les angles pour les l’aborder. Chacun défend son morceau mais le rédacteur en chef garde le cap.

Après une matinée bien chargée où nous avons pu observer pas mal de choses et poser de nombreuses questions, nous sommes passés dans l’après midi à le deuxième phase, celle des ateliers. Photo, iconographie, son, rédaction d’article, traitement des dépêches… Nous nous sommes dispersés dans la rédaction pour regarder l’équipe du monde.fr au travail, poser des questions et recevoir de précieux conseils.

La journée pour le groupe fut bien remplie et plus qu’agréable. Nous avons tous découvert un peu plus le métier, et réalisé des rencontres intéressantes. La grande nouvelle dans tout cela c’est que le mondre.fr a proposé aux membres du Bondy Blog qui le souhaitent, de revenir pour des petits stages au sein de la rédaction afin de prolonger ce que nous avons appris au cours de cette journée passionnante.

Par Soraya Messaoudi

Les maires des banlieues se serrent les coudes

Assises_maires_banlieuesQu’ils soient de gauche ou de droite, les élus municipaux des villes de banlieues de France se sont donnés rendez-vous à Clichy-Sous-Bois (93), le 7 juin, avec pour volonté de solidariser leurs actions. « Je pense qu’il est nécessaire de sortir de cette ornière idéologique des discours, soit socialistes, soit UMP ou autre. Face aux attentes de la population et aux problèmes, nous devons être pragmatiques », a affirmé Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois au cours de cette journée. Pour ce faire, Pierre Bourguignon, député maire de Sotteville-lès-Rouen (76) et président de l’association des maires « Villes et Banlieues », née il y a 20 ans, a appelé à développer les c ommunautés d’agglomération, comme celle de Clichy/Montfermeil, davantage répandues entre les villes de province qu’en banlieue parisienne. Pierre Bourguignon a constaté que les communes regroupées sont nettement désenclavées. Les maires ont également interpellé les pouvoirs publics en réclamant un appui financier de l’Etat pour les communes qui ont des charges sociales urbaines plus importantes.

Par ailleurs, Claude Dilain a déclaré qu’ « il est important de changer le regard amalgamé jeté sur les villes de banlieue car la majorité de nos citoyens aspirent à vivre tranquillement ». Insistant sur ce point, lors d’une conférence de presse improvisée, il prévient que « même si les émeutiers se calment, nous ne pouvons plus accepter un retour à la normale tant que leurs problèmes ne seront pas reconnus ».

« A chaque institution son rôle »

A la pause déjeuner, juste avant de reprendre les débats de l’après-midi, je me suis faufilée au milieu de la ruée des journalistes pour enfin m’entretenir avec Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil, ville qui a connu deux nuits de violences les 29 et 30 mai, suite à l’arrestation d’un jeune accusé d’avoir agressé un chauffeur de bus.

- Vous reconnaissez que les citoyens sont harcelés par la police, ce dont ils se plaignent souvent ?

Celui qui n’a rien à se reprocher ne ressent pas de harcèlement. Il vaut mieux être agacé et contrôlé trois fois par jour, mais se débarrasser des trafics de drogue dure qui gangrènent ma ville. Pour certains dealers, il faut un dispositif policier qui permet de perturber les trafics en tout genre avec une police plus offensive dans les méthodes. Cela dit, j’approuve la police de proximité. En tout cas, je refuse de justifier la délinquance par la situation sociale des fauteurs de troubles. Sinon, tout est permis.

- Votre arrêté interdisant les rassemblements de plus de trois jeunes dans la commune n’est-il pas une manière de prendre la place de la justice ?

Mon arrêté est actuellement suspendu. Je ne prends ni la place de la justice, ni celle de la police. Dans mon rôle de maire, j’exerce le « pouvoir de police », encadré par la législation française, me permettant de régler les problèmes de délinquance. Les vols avec violence commis en groupe à Montfermeil ont augmenté de 520 % dans les 4 derniers mois de l’année 2005 !

- Que comptez-vous faire pour sortir les chômeurs de leur situation ?

Pourquoi le chômage ? D’une part, parce que le savoir-faire est insuffisant. D’autre part, les jeunes manquent au respect des codes de l’entreprise comme l’assiduité, la ponctualité, le respect des femmes et de l’autorité. D’autant que le niveau d’exigence de l’économie moderne est très élevé. Pour ma ville, j’ai débloqué 30 000 euros destinés à la mission locale pour l’emploi et aux stages qui forment les jeunes à la connaissance des codes de l’entreprise. Je souhaite systématiser ce procédé pour ceux qui sont volontaires.

- L’association des maires « Villes et Banlieues » souhaite élaborer un projet de loi sur la prévention de la délinquance, qu’en pensez-vous ?

Je pense qu’il faut mettre en œuvre un ensemble d’outils. Le maire doit en coordonner les actions et non prendre la place de la police, de la magistrature, de l’Education ou des codes de prévention. Chacun son rôle. Je ne suis pas au service d’une quelconque politique. Je suis au service d’une population et je regarde concrètement comment les choses se passent.

Par Nadia Boudaoud

On fait nos preuves pour les épreuves

Cette lourde journée de juin marque le départ des épreuves écrites du baccalauréat.

Comme de nombreux lycéens, Kader et Yacine  tous les deux habitants de la cité « Blanqui » passent leurs examens qu’ils veulent réussir à tout prix.

Kader, est actuellement en classe de terminale STT (Sciences et Technologies et Tertiaires) en spécialité « commerce ».

Cette année il passe le BAC qu’il aimerait fortement réussir me dit-il : « premièrement pour moi et pour mon avenir et ensuite pour mes proches qui n’ont pas eu la chance de poursuivre leur scolarité comme moi ».

Kader, n’a pas rencontré de grande difficulté pour arriver jusqu’au BAC, il a suivi une scolarité convenable, mais ces deux dernières années, il a fallu qu’il s’accroche et travaille deux fois plus pour parvenir à l’examen final.: « je me suis rendu compte recemment  que tous les efforts et les sacrifices que j’ai fourni pouvaient être inutiles, du fait que même si j’obtient mon diplôme, je ne suis pas sure de trouver une école supérieur pour préparer un DUT ou un BTS car sur les quatre demande effectuer à l’avance aucune n’a été positive. »

Photo_yacineYacine, est en deuxième année BTS Management des Unités Commerciales, il a choisi cette section car il souhaite intégrer le plus tôt possible le monde du travail.

En deux ans, Yacine a pu faire des stages sur le terrain qu’il apprécie beaucoup, dans des banques parisiennes. Ces stages lui on permis de connaître le monde du travail et celui banques, qui apparemment lui plaît beaucoup.

Son projet, c’est d’obtenir le BTS et ensuite, intégrer une banque pour être conseiller financier. Grâce à son sérieux et sa motivation lors d’un stage, un directeur de banque lui a fait une proposition d’embauche ce qui est rare me dit-il. « Ce n’est pas de la chance, c’est le fruit de mes semences, et c’est à moi d’assurer maintenant, surtout que ce milieu est très difficile à intégrer. »

Depuis quelques semaines à Bondy, l’ambiance est aux examens et on voit un peu partout des jeunes avec des cartables sous le bras aller réviser à la bibliothèque ou passer des épreuves.

Certains ne sont pourtant qu’au début d’un long chemin car on sait qu’aujourd’hui, les diplômes ne conduisent pas toujours à un emploi. Surtout quand on habite dans un quartier puisque les statistiques montrent que le chômage des jeunes y est plus important qu'ailleurs.

Par Hakim Azzoug

Histoire de l’immigration à Bondy.

Image_bondy La ville a connu sa première vague d’immigration à la fin du 19éme siècle. Cela va surprendre, mais elle fut le fait d’authentiques parisiens. Quelques habitants aisés, fuyant l’aire viciée de la capitale, donnant ainsi à une Bondy encore champêtre, un caractère plus résidentiel. Par la suite, l’immigration provinciale vers la région parisienne gonflera la population de la ville. Les provinciaux chemineront avec les premiers étrangers : italiens, belges et suisses arrivent à Bondy au début du vingtième siècle. Le fait que la cité peine à se détacher de son caractère rural limite son attractivité. On choisit d’y emménager parce qu’elle est proche de la capitale, desservie par un tramway et un chemin de fer. De ce fait, l’immigration européenne dépasse à peine les 600 habitants en 1926, si on se fit aux recensements, alors que la cité compte déjà 15 000 riverains.

La même année, la commune voit arriver ses premiers étrangers extra européens. Ils viennent du Maroc ou d’Algérie, et leur venu coïncide avec la création sur le territoire communale des Fonderies Modernes, qui emploient la quasi-totalité de cette main d’œuvre. Outre le fait que la France en cette période, a un besoin chronique d’ouvriers, la présence de ces immigrés est le résultat d’un constat simple : le salaire dans l’industrie en métropole, peut être 10 fois supérieur à celui versé à un manœuvre dans les colonies. Malgré des conditions de travail difficiles, les maghrébins voient dans leur séjour, une situation bien meilleure qu’était la leur dans le Douar (village maghrébin) qu’ils ont quitté. En Algérie, la France n’est entrevue qu’à travers le régime colonial, représenté par la figure souvent hautaine du garde champêtre, du caïd, ou de l’administrateur. Ici, les relations avec européens sont plus saines qu’avec les colons, certains épousent même des bondynoises. Si on se fie à l’état civil, prés de 10% des actifs maghrébins présents à Bondy dans l’entre deux guerres ont contracté un mariage mixte. Néanmoins la plupart ne sont ici que de façon saisonnière : il sont jeunes, travaillent trois ou quatre ans, amassent un pécule, et retournent au pays pour y construire une vie meilleure.

Deux pôles régionaux fournissent à la cité sa première vague d’immigration maghrébine : l’arrière pays de Nedroma dans l’ouest algérien (ville jumelée avec Bondy) et la région de Sousse dans le sud marocain. Aujourd’hui encore beaucoup de bondynois originaires du Maghreb viennent de ces régions. Cette communauté semblait entretenir de bonnes relations avec les autorités locales. Elle a même fournit une aide financière symbolique aux républicains espagnols pendant la guerre civile de 1936, en envoyant des fonds collectés par la mairie, devenu le temps d’un unique mandat, communiste. Elle donna également une enveloppe pour le centre de vacances que venait d’acquérir Bondy, celui de St Benoît du Saule. Le maire quand à lui initia une tradition longtemps pratiquée : laisser à la disposition des musulmans le stade communal le temps de la prière en commun, marquant la  fin du ramadan.

Dans les années trente et quarante, marocains et algériens ne dépassent pas quelques centaines d’individus, mais ont tendance, contrairement aux autres populations étrangères, à voir leurs effectifs augmentés au fil des ans. Néanmoins ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’immigration maghrébine va s’envoler en revêtant un caractère plus familial. On ne laisse plus femme et enfants au pays, on vient en France, pour y construire une nouvelle vie.

Les usines de Bondy cessent peu à peu leurs activités, mais la main d’œuvre maghrébine continue de venir pour travailler dans la région. Il semblerait que la communauté algérienne prenne de l’importance durant cette période, puisqu’en 1975 elle regroupera la moitié de la population étrangère de la commune. Anecdote, elle a  connu les affres de la Guerre d’Algérie sur le sol bondynois. Un règlement de compte entre membres du FLN[1] et du MNA[2], deux groupes nationalistes rivaux, fait huit morts parmi les algériens, en 1957. Une autre vague d’immigration va résulter du conflit. Le rapatriement des pieds noirs à l’indépendance de l’Algérie, va doter la ville de sa première communauté sépharade. Les juifs maghrébins s’installent dans la partie nord de Bondy, où se trouve d’ailleurs aujourd’hui, la synagogue.

Pour finir les populations allogènes les plus récentes semblent être africaines et tamouls. La présence des premières, serait le résultat de la gestion des HLM de Bondy Nord par la ville de Paris, qui préfèrent envoyer en banlieue ses nouveaux arrivants.

Quand aux Tamouls, ils sont originaires du Sri Lanka, installés principalement dans le quartier de la Remise à Jorelle (Bondy sud), centre historique de l’immigration bondynoise, puisque elle abritait les anciennes fonderies et les logements immigrés, disparus au profit d’un nouveau quartier résidentiel.

Par Idir Hocini.


[1] Front de libération National.

[2] Mouvement National Algérien.

France 2007 : une Assemblée black-blanc-beur ?

Nous terminons cette semaine immigration avec un article sur les retombées politiques de ce thème central en France et sur l’éventuelle intégration dans le paysage politique de femmes et d’hommes «issus de l’immigration ».

Depuis les émeutes de banlieue, un débat occupe les esprits: les « minorités visibles» feront-elles élire leurs candidats aux législatives de 2007?

L'enquête d'Antoine Menusier parue dans le magazine L’Hebdo le 18 Mai dernier.

Entendra-t-on des youyous à l'Assemblée au lendemain des élections législatives, l'an prochain?

Développant une question sur les mariages blancs au sein de l'immigration le 30 novembre 2005, le député UMP François Grosdidier, maire d'une localité de Moselle, racontait, faussement candide: «Dans ma commune, lors d'un mariage sur deux, l'Hôtel de Ville résonne de youyous», ces sons aigus et joyeux modulés par les femmes arabes lors de fêtes. Branle-bas de combat sur les bancs du palais Bourbon! Tollé dans les travées de l'opposition, qui accuse aussitôt l'élu de racisme.

Raciste, Grosdidier? A voir... Mais quel étrange courroux! «Des youyous? Et alors? C'est très bien», aurait pu rétorquer la gauche. Elle a préféré s'énerver, se réfugier dans la posture anticoloniale de naguère. Autrement dit, et c'est tout le paradoxe, elle continue de considérer les Arabes français comme des étrangers, des membres du «deuxième collège», cette assemblée algérienne, créée en 1947 sous le gouvernement Ramadier, où seuls les indigènes musulmans étaient admis.

C'est Abderrahmane Dahmane, qui rappelle l'existence de cette institution coloniale. Le secrétaire national de l'UMP, chargé des relations avec les associations de Français issus de l'immigration et à ce titre bâtisseur des lobbies noir, arabe et asiatique au sein du parti majoritaire, a lui-même un parcours emblématique. Ancien militant socialiste, suspecté de communautarisme religieux par ses détracteurs, Abderrahmane Dahmane s'affiche désormais aux côtés du président de l'UMP, Nicolas Sarkozy, auprès de qui il enfonce le clou: «La France a été un empire musulman, mais jamais il n'y eut d'élus musulmans à l'Assemblée nationale.»

Les mots varient, la réalité ne bouge pas: la chambre du peuple n'est pas à l'image du peuple et de sa diversité. Noirs, Arabo-Berbères et Asiatiques forment largement plus de 10% de la population française, mais ces minorités, dites visibles, sont invisibles au palais Bourbon. Aucun élu sur les 555 de métropole. Elections après élections, les espoirs sont déçus. Mais les récentes émeutes de banlieue ont agi comme un électrochoc. Quels effets auront-elles sur les législatives de 2007? Opportunément, Jacques Chirac et François Hollande ont chacun plaidé pour une représentation plus équitable des minorités dans les institutions. «Cela fait vingt ans qu'on nous fait attendre, déplore Fayçal Douhane, 38 ans, membre du conseil national du Parti socialiste. Nous n'attendrons pas cinq ans de plus.»

Mercredi 26 avril, 20 heures, avenue de Clichy, dans le XVIIe arrondissement de Paris, au coeur de la «diversité». Au numéro 106, l' «Astros, club discothèque, nuit des îles», accueille une réunion publique du

Collectif égalité des chances. Beaucoup de Noirs et d'Arabes sont dans la salle. Ils attendent la star de la soirée, Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l'Egalité des chances. Le député UMP Bernard Debré, qui vise la mairie de Paris en 2008, a déjà commencé son marché électoral. A la tribune, le chirurgien, chef du «meilleur service d'urologie du monde», comme il le souligne lui-même, y va de son discours: «Vous avez de la chance d'être les fils et filles de la France.» Une dame le coupe: «Si j'avais de la chance, je serais restée au pays!» Bernard Debré, chevaleresque, reprend: «Eh bien, acceptez que nous ayons de la chance de vous avoir.»

Azouz Begag, tête d'éternel gamin, arrive enfin. Belle entame de discours: «Nous, enfants de pauvres,

Français d'origines visibles, avons besoin de prendre la parole pour nous faire entendre.» A propos de la non-représentation des Noirs et des Arabes à l'Assemblée nationale, il déclare: «Pourquoi ne s'est-on pas rendu compte de cette absence? C'est elle qui a nourri le repli.» Il termine par un hommage appuyé au chef du gouvernement, Dominique de Villepin, son mentor.

En aparté, le ministre de l'Egalité des chances nous confie: «J'espère que dans dix circonscriptions, le PS et l'UMP présenteront face-à-face des candidats des minorités visibles, afin d'augmenter les chances d'élection de l'un ou de l'autre à l'Assemblée.» Et vous-même, Azouz Begag? «Je n'ai pas la carte de l'UMP et, vu mes rapports (exécrables, ndlr) avec Nicolas Sarkozy, je ne pense pas hériter d'une circonscription dite gagnable. Mais j'aime les paris impossibles. Je me présenterai peut-être à Lyon.»

La pression ne cesse de s'accroître sur les directions des deux grands partis, l'UMP et le PS. Les extrêmes ne sont pas en reste. Le Parti communiste pourrait inscrire parmi ses priorités l'élection à l'Assemblée nationale de candidats arabes ou noirs sortis de ses rangs. Le Front national de Jean-Marie Le Pen, estime, lui, ne pas avoir de leçons à recevoir sur ce point: «Nous présenterons des candidats issus de l'immigration, mais français à part entière», affirme Louis Aliot, le secrétaire général du parti. Et de citer quelques noms: Farid Smahi en région parisienne, Huguette Fatna, «une Noire martiniquaise», dans l'Essonne, Stéphane Durbec, qui vient «des îles», à Marseille.

Le processus de désignation des candidats, qui s'achèvera courant juin, donne lieu à d'intenses tractations. Tous les coups sont permis. Surtout les coups bas. Et l'on n'est pas plus tendre entre soi, à l'intérieur de la «diversité», qu'entre Français de plus vieille souche. A gauche, feu à volonté sur Malek Boutih, le secrétaire national du PS en charge des questions de société, «coupable» d'avoir rédigé un rapport pas très éloigné des thèses actuelles, restrictives, de Nicolas Sarkozy sur l'immigration. Bientôt, il sera le harki traître à la cause... «Il ne nous représente pas, il n'incarne pas les préoccupations des Français issus de l'immigration», dit un «camarade» socialiste d'origine arabe.

Malek Boutih n'a pas souhaité répondre à nos questions. La rumeur prétend qu'il aurait toutes les peines du monde à trouver une circonscription qui veuille de lui. Gêne du secrétaire national aux élections, Bruno Leroux: «Malek Boutih est quelqu'un qui ne laisse personne indifférent. Il a des propos qui ne font pas toujours plaisir. Il ne fait aucun doute qu'il sera candidat, et dans une circonscription gagnable.»

Au petit jeu des pronostics, l'UMP Abderrahmane Dahmane est du genre rabat-joie. «Je pense qu'aucun candidat des minorités visibles ne sera élu à l'Assemblée. Les Français ne sont pas prêts à faire ce pas. La donne sera différente aux municipales de 2008. Là, nous aurons des élus.» Cela étant, il y a une solution: les suppléances de candidats ministrables. On y réfléchit dans chaque camp. Ainsi, que la gauche ou la droite l'emporte, les députés élus accédant à un poste de ministre laisseraient leur siège à leur suppléant arabe ou noir.

Dans la fédération UMP du Val-de-Marne, un accord a été conclu. «Je serai le suppléant de Roland

Patrzinskzy», annonce Emmanuel Njoh, juriste d'origine camerounaise, «républicain jusqu'à la moelle épinière et seul délégué noir d'une circonscription UMP de métropole», précise-t-il. Mais lors d'un séminaire de son parti à l'Assemblée nationale sur le concept d'immigration choisie que cherche à imposer Nicolas Sarkozy, «on ne m'a pas donné la parole; on aurait pu, quand même», remarque-t-il. Abderrahmane Dahmane, lui, veut bien être «le suppléant de Nicolas Sarkozy à Neuilly».

A Bondy, en Seine-Saint-Denis, le remuant socialiste Hamid Belakhdar, bute sur la montagne Elisabeth

Guigou, titulaire de la circonscription. «Toi, tu t'attaques pas à ma femme», lui aurait dit, pour rire, le mari de l'ancienne garde des Sceaux. Issue possible: faire équipe avec Elisabeth Guigou et prier pour qu'elle soit ministre à nouveau. A Bonneuil-sur-Marne, en région parisienne, la situation est inversée. «J'ai le soutien de ma section pour me présenter aux législatives, assure le socialiste Akli Mellouli. Une femme, Elisabeth Bouffard Savary, est d'accord d'être ma suppléante.»

Le socialiste fabiusien Fayçal Douhane, candidat à une candidature de député, voit grand. Mais il y a un hic: la concurrence de la minorité «femmes». Les législatives de 2007 auront lieu, en effet, sous le signe de la parité. Le PS a déjà tranché: un nombre équivalent de candidats hommes et femmes, une carte médiatique sans doute plus payante que celle des minorités visibles. Fayçal Douhane met en garde: «Je ne veux pas qu'au nom de la parité entre les sexes, à laquelle je souscris, le PS sacrifie, quantitativement parlant, la place qu'il s'agit de réserver aux candidats de la diversité.»

Il n'empêche, dans ce contexte, les femmes politiques noires ou arabes multiplient leurs chances. Dans le

XXe arrondissement de Paris, la hollandiste Ouarda Karraï est partante. «En principe, c'est une circonscription réservée aux femmes», dit-elle en croisant les doigts. D'origine sénégalaise, Ramatoulaye

Yade, secrétaire nationale de l'UMP à la francophonie, affirme ne pas être engagée, pour l'instant, dans un processus électoral. «Je veux faire des choix de manière réfléchie et non précipitée, affirme-t-elle. Femme, jeune, d'origine africaine et musulmane, je cumule tous les critères de la diversité. Et cela m'oblige à ne pas décevoir. Pour autant, je ne peux pas imaginer une Assemblée sans Noirs ni sans Arabes en 2007.»

De la relégation à la promotion, du «deuxième collège» au premier, de la banlieue au palais Bourbon, unseul ticket: le vote. Ce que les colonisés n'ont jamais connu, les petits-enfants de la décolonisation ont des chances de l'obtenir: l'égalité face aux urnes.

Par Antoine Menusier

Enfants sans-papiers

JParrain_tribuneeudi dernier (1er juin), une cérémonie était organisée à la Bourse du travail de Bobigny pour le parrainage des enfants scolarisés sans-papiers qui vont se faire expulser à la fin de l’année scolaire.De nombreuses personnes étaient présentes, dont notamment le président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy, et les responsables de la coordination des sans-papiers du 93, Marguerite Poulet-Parrès, Agnès Chazel, etc.

La salle était comble, l'ambiance était assez triste même si les discours des élus réchauffaient le cœur de tous ces enfants et parents sans-papiers qui étaient venus chercher réconfort et protection auprès de leurs parrains et marraines.
Les parrains, ce sont des élus ou des citoyens, « Nous les prenons sous notre protection » disent-ils. Avec « l’immigration choisie » et la nouvelle loi de Nicolas Sarkozy, les étrangers deviennent des humains jetables, perçus comme des menaces pour ce pays. Aujourd'hui, ils sont renvoyés dans leur pays d’origine, embarqués de force, menottés sur un siège d'avion ou par bateau s'il le faut. Certains enfants sont venus en France à cause de la guerre et n'ont plus de famille. D'autres sont venus rejoindre leur famille. La fin de l'année scolaire approche et ils doivent maintenant songer à quitter la France. Ils vivent avec une peur terrifiante, ils ne savent pas quelle vie les attend dans leur pays d'origine.

Marguerite Poulet-Parrès et Agnès Chazel nous expliquent brièvement leurs actions :

Quel sens donnez-vous à la manifestation d’aujourd’hui ?
Il s’agit symboliquement de montrer la solidarité qui est prête à se manifester envers les enfants en instance d’expulsion et leurs familles, et de militer contre l’application de la circulaire d’interpellation qui va concerner les cartes de séjour qui expirent à la fin du mois de juin.

Qui sont les parrains et que leur demandez-vous concrètement ?
Nous leurs demandons notamment de protester contre la circulaire et contre la loi.
Les parrains sont majoritairement des enseignants en lien avec le réseau du Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués (CIMADE) et des syndicats. Ils participent au réseau d'Etude Sans Frontière (ESF), qui a maintenant un an d’existence.
Ce système de parrainage a commencé à Peyrefitte en mai-juin 2005, avec un succès immédiat puisque cela a entraîné un élan de solidarité de proximité qui a abouti à la régularisation des personnes concernées.

Est-ce que les parrains prennent des risques au regard de la loi ?
C’est vrai que la circulaire sur le délit de solidarité a sauté après que nous nous soyons rendus au Tribunal pour nous livrer. Mais les militants doivent prendre des précautions et ne surtout pas rester isolés. Les risques concernent moins les parrains que les militants recensés par les pétitions envoyées aux pouvoirs publics.
Il y a eu le cas Hassane Samb, qui est venu accompagner l’épouse enceinte d’un sans-papier en état d’arrestation au commissariat de Saint-Denis. Les policiers l’ont mis en garde à vue et ont exercé des violences sur l’épouse. Cela s’est passé dans le commissariat où plusieurs policiers ont été limogés cette année. A Calais récemment, il y a eu également un militant qui a subi des abus policiers.
On sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur. On ira jusqu’au bout de notre devoir de solidarité.

Combien de militants y a-t-il en France ?
On est près de 70 000 signataires des pétitions et plus de 600 associations qui luttent pour la régularisation des personnes qui se trouvent sur le territoire français.


Malgré la déclaration de Nicolas Sarkozy le mardi 6 juin sur le petit geste qu'il ferait à l’égard de certains élèves sans-papiers et de leurs familles, le même jour au Mans la police est allée chercher une maman d'origine kurde et ses enfants à leurs écoles pour les emmener au commissariat puis à l'aéroport direction la Norvège, premier pays dans lequel la maman avait transité à son arrivée en Europe. L'inspecteur de l'académie a expliqué qu'il n’était pas au courant.
Ce n'est que le commencement, doit-on craindre le pire?

Plusieurs manifestations auront lieu en juin et juillet, vous trouverez toutes les informations sur les sites RESF et UCIJ.

Par Essy

Un Bondynois = un vote

Image_votation Du 12 au 18 juin prochain, un collectif composé d’associations citoyennes et des principaux courants de gauche va organiser un référendum sur la ville concernant le droit de vote des étrangers.

Afin de connaître le déroulement de ce référendum, j’ai rencontré Mr Belakhdar, professeur de gestion au lycée professionnel Léo Lagrange. Membre de Rénové 93, le courant socialiste dont Arnaud Montebourg est à la tête, il est l’un des initiateurs de cet évènement avec, entre autres, le groupe Rebondir, Les Motivés, ATTAC, le PRG, le PC, les Verts, le PS etc. Leur initiative se situe au niveau local et ne s’inscrit pas dans une dynamique nationale. Marqués par le 21 avril 2002 et l’échec du parti socialiste, ils souhaitent d’abord faire entendre leur voix et rassembler les différents courants de gauche.

A travers cette consultation sur le droit de vote des étrangers, ce collectif cherche à développer une véritable pédagogie citoyenne et politique pour ainsi lutter contre l’abstention. En effet, selon les statistiques nationales, le taux d’abstention aux élections présidentielles de 2002 s’élevait à 14 millions. Durant toute l’opération, le collectif va sensibiliser la population sur l’importance du droit de vote. Il poursuit ainsi le travail déjà amorcé - mais inachevé - pendant les émeutes de novembre. En effet, la dynamique n’a pas été suffisamment longue pour changer les mentalités. Le collectif s’inscrit dans le même élan et souhaite regrouper les gens autour de valeurs similaires. Son constat est que certains jeunes refusent de voter par solidarité avec leurs parents qui, selon eux, ne sont pas reconnus. Le vote des jeunes et des étrangers est donc pour eux indéniablement liés. Les individus impliqués dans ce collectif militent pour que les gens se sentent davantage concernés par leurs devoirs civiques et pour que chacun, peu importe son pays d’origine, son appartenance culturelle ou religieuse, puisse revendiquer les mêmes droits de citoyens. Il est pour eux inadmissible de constater que certains vivent ici, travaillent, cotisent à la sécurité sociale, payent leur impôt et ne peuvent pourtant pas faire entendre leur voix lors des consultations civiques.

Du 12 au 18 juin, des urnes circuleront dans la ville, sur les marchés, aux abords du centre ville, de la gare, des cités, etc. Des tracts seront également distribués. Les organisateurs remettront à chaque participant une carte d’électeur symbolique en échange de leur vote. Les Bondynois devront alors dire s’ils sont pour ou contre le droit de vote des étrangers. Un dépouillement aura lieu le 18 juin en mairie et les résultats seront communiqués.

Cette opération ne s’inscrit pas dans la même lignée que celles organisées dans d’autres villes du département. L’accent n’est pas mis sur la simulation d’un vote des étrangers dans les conditions les plus proches du réel, mais davantage sur une pédagogie politique dont le but est de renouer le dialogue et retrouver un rapport de confiance avec la population. Les associations engagées dans cette action souhaitent voir nos dirigeants politiques revenir sur le terrain.

L’initiative est bonne, mais à vouloir diffuser plusieurs messages en même temps, la question du vote des étrangers ne risque t-elle pas de passer au second plan ?

Par Soraya Messaoudi

Sara Camara : vivre en France mais à quel prix

Sara_camara__assembleeSara Camara est venu s’installer en France il y a 16 ans pour « avoir une vie meilleure », dit-il. Depuis le 31 janvier, ce Malien de 38 ans, qui habite un foyer en Seine-Saint-Denis, se retrouve sans emploi et sans papier, si ce n’est un récépissé d’autorisation temporaire de séjour. Le motif : en novembre 2005, il a décidé de déclarer avoir utilisé l’identité de son oncle (qui porte les mêmes prénom et nom), voilà 13 ans, afin d’être embauché par le Centre des Monuments Nationaux, comme agent d’entretien à la Conciergerie de Paris. « A l’époque, j’étais agent au black pour des sociétés de nettoyage, j’en avais marre, je voulais travailler de façon légale. Quand j’ai appris que ce poste à la Conciergerie était libre, j’ai tout fait pour pouvoir y travailler ». C’est là qu’il présente les papiers de son oncle, sa manière à lui de sortir de sa situation irrégulière.
Sara Camara, alias Sara Camara, a donc été fonctionnaire pendant 13 ans sans que personne n’ait soupçonné sa véritable identité. La carte d’identité de son oncle indique une date de naissance de 1947, aucun agent administratif ne l’a remarquée. Au cours de ses visites médicales, aucun médecin n’a porté d’attention à son âge officiel. Ses revenus imposables n’étaient pas déclarés, l’inspection des impôts ne l’a pas non plus repéré.
Pendant toutes ces années, Sara souffre de ne pas être aux côtés de sa femme et ses trois enfants, restés au pays. « Je vivais à moitié, tout ça pour garder mon travail et nourrir ma famille », confie le Malien. Mohamed Ziane, son  ancien collègue informaticien, s’insurge : « Aujourd’hui, Sara ne perçoit pas de revenu, pas de protection sociale, son récépissé ne lui donne pas le droit d’occuper un emploi. Qui peut continuer à vivre comme cela ? Il n’a plus le temps d’attendre pour être régularisé après tant d’années vécues en France ! ».
Pourtant, le Malien risque de tomber sous le coup de la loi sur « l’immigration choisie » de Nicolas Sarkozy, votée en première lecture par les députés le 17 mai dernier et qui supprime la régularisation automatique des sans-papiers installés sur le territoire français depuis plus de 10 ans.

Un homme « sans histoire »                                            Sara_c_001_3                                           
Assis à une terrasse de café, sirotant son jus d’ananas en compagnie de Mohamed et de Jean-Luc, un autre ex-collègue, Sara détend l’atmosphère en racontant à demi-mot et dans un rire à peine audible, un sketch des Guignols de l’info. Mais sa situation lui revient à l’esprit quelques minutes plus tard : «Je veux être régularisé pour vite retourner travailler ». Il ajoute d’un air timide mélangé à un sourire nostalgique : « Le mois dernier, je devais reprendre mes cours de français organisés par le Ministère de la culture ».
« Sara a trouvé sa place en France, il a prouvé qu’il la mérite par un comportement irréprochable », remarque Jean-Luc, chargé du personnel à la Conciergerie. Jean-Luc est la première personne à qui Sara s’est confié en novembre dernier. En retour, il s’est donné pour mission de lui apporter tout son soutien.

Un homme soutenu par les hautes sphères de l’Etat

Mohamed Ziane préside un comité de soutien très actif. Par ailleurs, le directeur du Centre des Monuments Nationaux a versé à Sara l’équivalent de quatre mois de salaire. Son poste à la Conciergerie reste gelé. « Je mène ce combat avec enthousiasme pour un Sara parfaitement intégré ici. Il a même régularisé ses notes d’impôts », explique Mohamed. Autres soutiens à sa régularisation, Gilbert Roger, maire de Bondy et vice-président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, Jean-Pierre Brard, député-maire de Montreuil, Bernard Accoyer, chef de file des députés UMP, Jacques Mahéas, sénateur du groupe socialiste de la Seine-Saint-Denis et la CGT-Culture ont tous adressé une lettre à la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny. Celle-ci campe sur ses positions et invoque le fait que Sara Camara a usurpé une autre identité, donc qu’il y a fraude.
Si Sara Camara bénéficie d’un large soutien, l’administration, elle, reste sourde. Le plus absurde, c’est que Sara le sans-papiers, l’immigrant désormais « illégal », a pu assister sans encombre au débat sur le projet de loi sur l’immigration, le 5 mai, dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale.
Jean-Luc estime que « La France n’a de leçons à donner à personne ». Comme le résume Mohamed : « Sara, la France il l’aime et il ne veut pas la quitter ». Désormais, seuls le préfet de Seine-Saint-Denis, Jean-François Cordet, et le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, détiennent la clé du bonheur de Sara Camara.

Par Nadia Boudaoud

Quand la législation s’emballe : la loi Sarkozy sur l’immigration jetable

Logo_jetable_1Ce qui devait arriver arriva : vendredi 17 mai 2006, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 367 voix contre 164, le projet de loi sur le Code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) proposé par le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy.

367 députés pensent ainsi que durcir les règles du regroupement familial est une bonne solution, qu’il faut supprimer la carte de séjour délivrée au-delà de 10 ans de résidence sur le territoire français, qu’il faut durcir les conditions du mariage mixte comme les conditions de séjour des ressortissants européens, etc. Ils soutiennent la mise en place d’un « contrat d’accueil et d’intégration » dans lequel les immigrés potentiels s’engageront à apprendre la langue de Molière et à respecter les lois de la République contre quoi ils obtiendront, peut-être, une carte de résidence.

Le Sénat examine la proposition de loi aujourd'hui (6 juin). Celle-ci a de fortes chances d’aboutir, au grand dam de milliers de personnes qui se trouvent en situation régulière ou en situation irrégulière et qui, visiblement, ne correspondent pas aux « critères » avancés par Nicolas Sarkozy qui a choisi de promouvoir des immigrés modèles, repérés pour leur talent. Un léger goût de casting de Star Academy...

Alors, allons-nous accepter que des personnes, que nous côtoyons au quotidien, se fassent expulser du jour au lendemain ? Car, à Bondy ou ailleurs, qu’on le sache ou qu’on l’ignore, des personnes en situation irrégulière travaillent, « s’intègrent » comme beaucoup aiment dire, envoient leurs enfants à l’école de la République, cette République qui ne veut pas d’eux mais pour laquelle ils se battent pourtant ; un combat sans relâche pour pouvoir enfin, un jour, vivre sans cette lourde crainte quotidienne de se faire contrôler par les forces de police et pouvoir obtenir le droit de séjourner sur le territoire français. Et Mr Sarkozy, lui-même fils d’immigré hongrois, d’affirmer haut et fort, « Si certains se sentent gênés d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas ». Nicolas n’est peut-être pas conscient que l’immigration est pour beaucoup une solution pour fuir la pauvreté d’un pays rongé par la guerre civile, la misère…Et puis, tant pis pour les milliers de familles qui ont déjà été déchirées par l’expulsion de parents sans-papiers, d’enfants scolarisés, et ce en cours d’année scolaire. Selon le Ministre de l’Intérieur, le nombre de sans papiers en France se situe dans une fourchette comprise entre 200 000 et 400 000 personnes. Avec la probable promulgation de la loi d’ici l’été, ce seront autant de familles qui seront disloquées.

C’est pour cela que des initiatives de solidarité voient le jour un peu partout, grâce au combat de nombreuses associations. Ainsi, par exemple, samedi 13 mai, entre 11 000 et 35 000 manifestants se sont mobilisés à Paris contre le projet de loi Sarkozy.

En attendant, il ne faut pas désespérer et baisser les bras. Il est possible que les associations présentes sur le terrain depuis de nombreuses années parviennent à se faire entendre et obtiennent au moins le rétablissement de la régularisation automatique des étrangers présents depuis plus de 10 ans sur le territoire français. Finalement, c’est à chacun de se mobiliser à sa façon pour contrer une législation décidément peu soucieuse des droits et libertés fondamentales des immigrés, et plus universellement encore, de l’Homme.

 Par Hanane Kaddour

Semaine « immigration »

Cette semaine, la rédaction du Bondy Blog s’intéresse particulièrement aux questions relatives à l’immigration.
Quelques jours après que le projet de loi sur l'immigration ait été adopté en première lecture par l'Assemblée nationale, il nous a semblé important de recueillir des témoignages, de réaliser des portraits et de travailler sur ce thème qui est au centre des débats en France.

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