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Histoire de l’immigration à Bondy.

Image_bondy La ville a connu sa première vague d’immigration à la fin du 19éme siècle. Cela va surprendre, mais elle fut le fait d’authentiques parisiens. Quelques habitants aisés, fuyant l’aire viciée de la capitale, donnant ainsi à une Bondy encore champêtre, un caractère plus résidentiel. Par la suite, l’immigration provinciale vers la région parisienne gonflera la population de la ville. Les provinciaux chemineront avec les premiers étrangers : italiens, belges et suisses arrivent à Bondy au début du vingtième siècle. Le fait que la cité peine à se détacher de son caractère rural limite son attractivité. On choisit d’y emménager parce qu’elle est proche de la capitale, desservie par un tramway et un chemin de fer. De ce fait, l’immigration européenne dépasse à peine les 600 habitants en 1926, si on se fit aux recensements, alors que la cité compte déjà 15 000 riverains.

La même année, la commune voit arriver ses premiers étrangers extra européens. Ils viennent du Maroc ou d’Algérie, et leur venu coïncide avec la création sur le territoire communale des Fonderies Modernes, qui emploient la quasi-totalité de cette main d’œuvre. Outre le fait que la France en cette période, a un besoin chronique d’ouvriers, la présence de ces immigrés est le résultat d’un constat simple : le salaire dans l’industrie en métropole, peut être 10 fois supérieur à celui versé à un manœuvre dans les colonies. Malgré des conditions de travail difficiles, les maghrébins voient dans leur séjour, une situation bien meilleure qu’était la leur dans le Douar (village maghrébin) qu’ils ont quitté. En Algérie, la France n’est entrevue qu’à travers le régime colonial, représenté par la figure souvent hautaine du garde champêtre, du caïd, ou de l’administrateur. Ici, les relations avec européens sont plus saines qu’avec les colons, certains épousent même des bondynoises. Si on se fie à l’état civil, prés de 10% des actifs maghrébins présents à Bondy dans l’entre deux guerres ont contracté un mariage mixte. Néanmoins la plupart ne sont ici que de façon saisonnière : il sont jeunes, travaillent trois ou quatre ans, amassent un pécule, et retournent au pays pour y construire une vie meilleure.

Deux pôles régionaux fournissent à la cité sa première vague d’immigration maghrébine : l’arrière pays de Nedroma dans l’ouest algérien (ville jumelée avec Bondy) et la région de Sousse dans le sud marocain. Aujourd’hui encore beaucoup de bondynois originaires du Maghreb viennent de ces régions. Cette communauté semblait entretenir de bonnes relations avec les autorités locales. Elle a même fournit une aide financière symbolique aux républicains espagnols pendant la guerre civile de 1936, en envoyant des fonds collectés par la mairie, devenu le temps d’un unique mandat, communiste. Elle donna également une enveloppe pour le centre de vacances que venait d’acquérir Bondy, celui de St Benoît du Saule. Le maire quand à lui initia une tradition longtemps pratiquée : laisser à la disposition des musulmans le stade communal le temps de la prière en commun, marquant la  fin du ramadan.

Dans les années trente et quarante, marocains et algériens ne dépassent pas quelques centaines d’individus, mais ont tendance, contrairement aux autres populations étrangères, à voir leurs effectifs augmentés au fil des ans. Néanmoins ce n’est qu’à partir des années 1950 que l’immigration maghrébine va s’envoler en revêtant un caractère plus familial. On ne laisse plus femme et enfants au pays, on vient en France, pour y construire une nouvelle vie.

Les usines de Bondy cessent peu à peu leurs activités, mais la main d’œuvre maghrébine continue de venir pour travailler dans la région. Il semblerait que la communauté algérienne prenne de l’importance durant cette période, puisqu’en 1975 elle regroupera la moitié de la population étrangère de la commune. Anecdote, elle a  connu les affres de la Guerre d’Algérie sur le sol bondynois. Un règlement de compte entre membres du FLN[1] et du MNA[2], deux groupes nationalistes rivaux, fait huit morts parmi les algériens, en 1957. Une autre vague d’immigration va résulter du conflit. Le rapatriement des pieds noirs à l’indépendance de l’Algérie, va doter la ville de sa première communauté sépharade. Les juifs maghrébins s’installent dans la partie nord de Bondy, où se trouve d’ailleurs aujourd’hui, la synagogue.

Pour finir les populations allogènes les plus récentes semblent être africaines et tamouls. La présence des premières, serait le résultat de la gestion des HLM de Bondy Nord par la ville de Paris, qui préfèrent envoyer en banlieue ses nouveaux arrivants.

Quand aux Tamouls, ils sont originaires du Sri Lanka, installés principalement dans le quartier de la Remise à Jorelle (Bondy sud), centre historique de l’immigration bondynoise, puisque elle abritait les anciennes fonderies et les logements immigrés, disparus au profit d’un nouveau quartier résidentiel.

Par Idir Hocini.


[1] Front de libération National.

[2] Mouvement National Algérien.

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Commentaires

Le rêve marocain

Ils ne m’ont pas découragés, je suis revenu de l’ambassade plus déterminé que jamais. Les gens quelque part, je le sens, seraient jaloux de ma réussite. Ils se sont résignés à vivre dans la copie d’un rêve mais moi je veux l’original. Je veux sentir les rivages de nos chansons d’amour, les montagnes de nos films d’aventures, les villes de nos ballets de mitrailles et les balcons de nos amours, sous l’aplomb du soleil. Ne rêve pas, dit Farid, tu ne seras jamais marocain. Et je le regarde manger son burger avec les bouts de cornichons et de viande qui tombent sur le comptoir, me disant que ce n’est plus possible, que je dois sortir de là absolument, de cet enfer. J’ai entendu ça mille fois, tu ne seras jamais marocain, ne rêve pas. Ou ceux qui m’appellent le marocain pour me faire plaisir mais sont convaincus de ma vanité, de l’irréalisme de mes prétentions. Ceux qui ont échoué et dont mes ambitions éveillent le propre échec, qui souffrent en me voyant, qui veulent me guérir de leurs illusions. Ceux dont les bateaux ont été interceptés en pleine mer, dont le corps indigne a été signalé par les dispositifs de reconnaissance à la frontière, qui ont été conduit dans des camps en Corse ou au Baléare avant d’être recrachés sur le continent comme le résidu malpropre et indésirable d’une industrie de luxe. Même un d’entre eux, qui prétend connaître personnellement l’ambassadeur du Maroc. Ou celle qui compte sur la chance, qui pourrait donner des cours d’arabe à Mahomet à force d’écouter la radio et de chanter les tubes, qui a un corps canon et espère le coup de foudre d’un réalisateur de cinéma ou d’un producteur de télé. Ou celle qui espère faire partie du contingent de privilégiés qui sont tirés au sort chaque année, par la main du roi. Le monde entier retient alors son souffle, tandis que résonnent partout en occident le nom des nouveaux dieux, quelques dizaines d’élus sur des millions d’européens, de japonais et d’américains, quelques dizaines d’élus qui seront désormais, pour toujours, des marocains. Les autres ne sont pas déçus, ils savent qu’ils méritent leur sort. Les hôtels paradisiaques et les males de voyages, les cohortes de gamins qui volètent autour des arrivants comme un essaim d’hirondelle, les longues soirées mondaines au palais rouge, le vertige des transactions financières et des coups de poker, tout cela restera un rêve lointain et inaccessible pour eux. Mais pas pour moi. Je ne me résignerai pas, je ne ferai pas partie des déçus. Je ne me contenterai pas d’imiter les marocains, de vivre comme une ombre ou un fantôme, dans le malheur et la grisaille, une vie où rien ne se passe, sans décor ni charme, sans pouvoir. Je ne renonce pas. A l’ambassade, après des jours d’attente, on m’a répété qu’avec des papiers français je n’avais aucune chance. Comme si ces papiers étaient une sorte de condamnation à vie ! Tout ça est la faute à mon père. C’est lui qui a voulu ça, pas moi. Ils ne veulent rien entendre. Comme si les papiers faisaient l’homme ! Maudits papiers.

Merci à Idir pour ce cours d'histoire bondynoise que je ne connaissais pas. J 'ai pourtant vécu à Bondy de l'age de 0 à 24 ans. J'en suis parti en 1980, et la part d'histoire que je connaissais jusque là ne couvrait que cette période. J'éprouve, surtout depuis l'automne dernier, le besoin de témoigner, raconter mon enfance de fils de prolo français né et éduqué dans une cité. Ma cité,(c'est encore un peu "ma" cité bien que j'habite dans un village du sud de la France depuis mon départ de la banlieu)quand je suis né, elle s"appellait la cité du stade. Ils l'on rebatisée cité des fleurs quand la plupart des espaces verts ont été transformés en parkings. C'était un peu comme un village. Il y avait quand même de l'espace entre les bâtiments de 4 étages. Nous les gosses, et on étaient nombreux du même age, fruits du baby boom du milieu des année cinquante, on connaissaient tout le monde dans les bâtiments, et chaque recoin, et presque toutes les caves et leur contenu. On faisaient bien sûr toutes les conneries d'enfant qu'une bande de gosses peut faire. Mes potes, ils s'appellaient Jacques, Jean Luc, ou Patrice.
Les familles émigrées étaient en trés petites minorité dans mes bâtiments.
Kader, Nourdine, et Kamel, eux, on les connaissaient pas. Ceux de "Delattre" de l'autre coté de l'avenue Pasteur, on savait bien qu'ils existaient, mais on ne les voyaient que par hazard, et de loin. C'étaient "les Crouilles". Ils étaient dans leurs bâtiments de 11 étages, et un peu plus serrés que nous. À l'école Georges Élie les proportions de population étaient identiques. Ils allaient dans d'autres écoles bondynoises. Puis au collège Brossolette, encore pareil.
Mon père était ouvrier dans le bâtiment. Tous les jours ils travaillait certainement avec Ali et Mohamed; mais jamais il ne nous a dit "Dimanche j'ai invité mon pote Ali et sa famille". C'était difficile à imaginer, alors c'est Serge qui venait.
Quand j'ai grandi, je me suis rendu compte de tout ça. J'ai mesuré l'injustice du racisme ordinaire comme on dit maintenant. ça m'a aidé à me forger des opinions politiques. J'ai toujours connu la mairie de Bondy avec une étiquette socialiste, et néanmoins chef d'orchestre de cette ségrégation qui existe au moins depuis cette vague d'imigration des années 50 (et non depuis toujours comme je le croyais, re-merci Idir). Du coup j'ai glissé bien plus à gauche que PS (c'était facile). Quand je suis parti, les choses avaient déjà bien pourrie. Il y avait encore du boulot pour les français, mais ça commençait à se gater sérieux pour les autres. De toutes façons, le mal vivre était déjà là, même chez nous. Puis la dope est venue faire un sacré ménage. Un ravage avec les shooteuses qui tournaient faute d'être en vente libre. J'arrête là ce paragraphe, c'est trop noir.
Je voulais juste témoigner de mon regret qu'on ne m'ait pas accordé le droit de jouer, lorsque nous étions enfants avec les pères de tous ces jeunes laissés sur le carreau. Ces pères de mon age que j'imagine d'ailleurs, pour beaucoup, dans la galère, victimes du racisme ancestral puis post colonial chronique.
J'ai parfois envie de revenir vous rencontrer, discuter, se connaître enfin.
Je rêve que les protestations de cette jeunesse sacrifiée soient enfin entendues. Que la société française devienne égalitaire. Qu'elle accepte finalement de respecter les droits de chacun. Qu'elle comprenne quelle richesse peuvent apporter les mélanges culturels. ça m'apporterait déjà, à moi, "gaulois d'origine contrôlée", la réconciliation avec leur foutue patrie qu'ils défigurent.
Je vous salue bien en souhaitant un aboutissement positif de votre lutte!

Lionel, vieil enfant de Bondy.

Merci Lionel
pour ces informations sur la Bondy des années 1960. Les maghrébins des années 1920-1930 subissaient également le racisme seulement les polonais et les italiens leur volaient en ce temps, la vedette. C’est eux qui avait alors l'étiquette de délinquant et de fanatique religieux et subissaient avec le plus de fracas la xénophobie. L’histoire se répète mes frères! Et dommage que les français aient la mémoire courte. La dernière grande vague de xénophobie qu'a traversé la France dans les années 1930 a précédé de peu le squattage allemand de 1940-1945. N’ayant pas particulièrement envie de revoir vichy capital de la France, j'aimerais que notre peuple retienne une bonne fois pour toute la leçon : arrêtons de cracher sur chaque nouveau arrivant. Je ne suis pas sur que la prochaine fois algériens, marocains, ou sénégalais feront le voyage jusqu'en Provence pour libérer de nouveau le pays avec le même empressement.

A la différence de nos lointains ainés:
Si, Nous libérerions la France, et pas enroler de force, si une situation analogue s'établissait de nouveau.
Si, nous nous batterions de nouveau monsieur Zit.

OMmmmm

Bonjour Om.

Quel empressement d'en découdre! Si tu penses aux résistants de la dernière guerre mondiale, je pense que j'y serai aussi (mais sait-on jamais!) mais je ne brandirai que l'étandard de la liberté. Pas celui de la patrie qui a mené tant de conflits d'intérets honteux . Pas celle qui a pillé, pille et pillera. Les maquisards ne risquaient pas d'être enrôlés de force. Ils ont eu le courage de la désobéïssance civile. Contrairement aux hommes et femmes d'armées "régulières", c'étaient des individus libres.

Lionel

Je ne suis pas pressé d'en découdre! Et suis d'accord avec toi: ça dépend pour quoi...

J'adore cette chanson de Brassens:
"Mourir pour des idéées
L'idéée est excellente
et je suis mort
de ne l'avoir pas eu!"

OMmmm

lionel tu m'es bien sympathique mais affirmé que tu serais resistant bien au chaud devant ton ecran , le ventre rempli et vivant dans une terre de liberté (globalement) est un peu facile.
on verra ca à la prochaine visite du voisin qui habitent l'autre coté du rhin c'est tout les 20 50 ans normalement.

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