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Le Togo en coupe du monde, J-9 avant le coup d’envoi.

Afrique Le Togo est un tout petit pays situé en Afrique de l'ouest entre le Bénin et le Ghana, on compte  environ 4 500 000 habitants, on y parle Ewé et français.

Son équipe de foot fondée en 1960 est constituée par des joueurs qui, pour la plupart, évoluent en Europe. On connaît surtout l'attaquant d'Arsenal Emmanuel ADEBAYOR, le pilier de l’équipe, ancien joueur de Monaco.

Tout a commencé en 1974 quand le Togo dispute son premier match éliminatoire pour la coupe du monde. L’équipe est éliminée par le Congo.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Les éperviers tentent de remonter la pente petit à petit et en 2002, ils luttent face à la Zambie et à la Libye mais ne parviennent toujours pas au Mondial.

Une longue histoire que celle de ce pays qui se bat depuis des années pour faire connaître son football.

En 2006, les éperviers terminent premier de leur groupe notamment grâce à une victoire 3-2 contre le Congo. Ils conduisent leur pays à une victoire exceptionnelle. Direction l’Allemagne pour la coupe du monde ; une première, un rêve qui se réalise !

Pourtant l’équipe n’a pas brillé lors la coupe d'Afrique des Nations en début d'année.

Le Togo a subi plusieurs défaites dues au changement de l'entraîneur et à de mauvais choix stratégiques. La rage de gagner n'y était plus, battus par le Congo, le Cameroun et l'Angola, le Togo est disqualifié dès le premier tour avec 7 buts encaissés.

La Fédération togolaise de football (FTF) et le groupe Ecobank ont signé un accord de partenariat et la banque a offert 35 millions de FCFA à l'équipe pour l’encourager au mieux.

Arrivés les premiers, le 15 mai 2006 en Allemagne, ils se  regroupent et débutent un stage à Wangen.

Les éperviers, qui sont dans le groupe de la France, parviendront-ils à nous surprendre lors de ce mondial 2006.

J’ai réussi à rencontrer pour le Bondy Blog mon compatriote Abalo DOSSEH, capitaine des éperviers. C’est un homme simple, avec la tête sur les épaules, ancien joueur d’Amiens qui est aujourd’hui défenseur à Chypre.

J’ai su qu’il faisait escale pour deux heures à Paris. Il transitait entre Châteauroux, sa ville de naissance où vivent sa femme et son fils, et l’Allemagne .

C’est dans un taxi, entre la gare d’Austerlitz et l’aéroport de Roissy que nous avons pu échanger quelques mots.

Gardien_togo1 Tout le monde est parti pour l’Allemagne, pourquoi ne pars-tu qu’aujourd’hui ?

J’étais un peu malade et j’ai dû retarder mon départ.

Qu’est ce que ça fait de représenter ton pays pour la coupe du monde ?

Je suis content, c’est la première fois alors on est tous fiers et prêts pour ce mondial.

Après avoir été éliminés à

la CAN

, avoir perdu contre l’Arabie Saoudite, penses-tu trouver, en tant que capitaine, la motivation nécessaire pour remonter le moral de ton équipe ?

Dans les matchs, il y a toujours un gagnant et un perdant. Je ne pense pas qu’ils ont vraiment besoin de motivation. On attend ce moment depuis très longtemps, donc si tout va bien, je pense qu’on passera au 2ème tour.

Pourquoi y a il autant de joueurs africains qui évoluent en Europe et pas dans leurs pays ?

Les joueurs n’évoluent pas professionnellement en Afrique. C’est l’Europe qui nous offre le plus de possibilités. Le but des jeunes joueurs est de faire ses preuves pour être remarqué par un club européen.

Vous jouez contre l’équipe de France. Quel est ton pronostic et quel joueur crains-tu le plus ?

Je n’en crains pas un plus que l’autre, chaque joueur est bon dans cette équipe.

Je ne fais pas de pronostic on verra sur le terrain.

Que nous réservent les Eperviers pour ce mondial tant attendu ? Seront-ils à la hauteur des attentes de tout un peuple qui les soutient.

Réponse à partir du 9 juin prochain

Par Essy

Polémique autour d’un nouveau Lidl à Bondy.

Photo_lidl_1 Au début de l’année 2007, un magasin Lidl ouvrira ses portes sur la rue Edouard Vaillant qui longe la ligne de chemin de fer (Bondy sud). Il faut savoir que cette rue était dans les années 60/70, une rue industrielle on l’on retrouvait la plupart des entreprises (Simca, la stad, etc…) qui employaient une bonne partie de la population bondynoise.

Aujourd’hui, cette rue est devenue pavillonnaire avec la construction de nombreux lotissements ces 15 dernières années.

Cette ouverture suscite des réactions très mitigées, mais on est en droit de se demander pourquoi ouvrir un Lidl, alors qu’il y en a déjà un sur Bondy Nord et un autre tout près limite Rosny.

L’arrivée de ce magasin de 900m² ne fait pas que des heureux chez les Bondynois.

Parmi les partisans, Madame S. pense que c’est une bonne chose : «cela me permettra d’envoyer mon fils acheter ce dont j’ai besoin en payant moins cher». Autres supporters de Lidl, le pizzaïolo ou les boulangers : «il y aura plus de monde, il y aura donc plus de clients potentiels»

Du coté des opposants : beaucoup de riverains.

Selon Claude, marié père de deux enfants : « le magasin va attirer du monde ce qui va poser problème en terme de stationnement, de bruit et peut-être d’embouteillage dans le quartier ». Pour un autre cela va poser des problèmes de tranquillité.

Pour les commerçants, le problème est beaucoup plus grave : ils risquent tout simplement de mettre la clef sous la porte.

Lidl est une enseigne de Hard discount. Les prix y sont moins élevés que ceux des enseignes de la grande distribution sans parler du petit commerce.

Khaled, propriétaire de l’épicerie située à 500 mètres du Lidl, craint le pire: « Lidl  vend 50% moins cher que moi, et je ne pourrai pas m’aligner sur le prix». Cette inquiétude est partagée par les autres commerçants : «on ne peut rien faire, et on va tous fermer ».

A-t-on pris en compte les commerces de proximité ?

Par Chaouki Aroua

Dur d’enseigner en ZEP

Dernièrement, j’ai rencontré une amie de ma sœur qui veut devenir enseignante. Je me suis dit pourquoi pas écrire un article sur les profs en ZEP. Savoir et essayer de comprendre ce que c’est que d’enseigner en ZEP.

« Des profs blacks, blancs, beurs... »

L’éducation nationale est-elle le reflet de l’évolution de la société française ? De plus en plus de jeunes enseignants sont issus de l’immigration. Souvent affectés en ZEP ou dans des cités, ils sont porteurs d’exemplarité pour les plus jeunes.

Combien d’enseignants "blacks", combien de "beurs" ? L’éducation nationale a-t-elle pris des couleurs ? Malgré l’absence de statistiques, d’études sociologiques, nombre d’indices suggèrent que la diversité ethnique gagne du terrain.
Naima (la copine de ma sœur), dernière d’une longue fratrie (10 enfants), s’apprête à endosser ses habits d’institutrice. En dernière année à l’IUFM de Créteil, elle vit toujours en famille, dans la banlieue parisienne. Musulmane pratiquante, née en France de parents algériens, elle a d’abord opté pour un DUT de biologie, option diététique. Après avoir assuré, devant de jeunes obèses, quelques cours sur l’équilibre alimentaire, elle a bifurqué vers l’enseignement. Naima veut aujourd’hui travailler en ZEP (zone d’éducation prioritaire), n’ayant guère apprécié son dernier stage "en milieu favorisé". "Je connais mieux la cité, un monde à part », explique-t-elle. « Ici, je sais comment fonctionnent les gens, c’est ma culture."

Je suis alors allée interroger une jeune prof dans un collège de ZEP qui m’a livré ce long témoignage.

Prof, le plus dur métier du monde?

« Et si les galériens, c'étaient eux ? Et si les victimes du racisme anti-Etat, anti-femme, anti-adulte, anti-tout - c'étaient eux… les enseignants. A juste titre, l'actualité braque ses projecteurs sur les jeunes des banlieues, leurs galères, leur horizon bouché par les tours grises des cités et par le chômage. Mais on oublie trop souvent ceux qui leur servent de souffre-douleur quotidiens : leurs profs. Lâchés dans l'univers cruel des ZEP pour y enseigner Racine et Euclide à un public qui souvent n'en a que faire, avec pour seule formation quelques « modules » de « préparation à l'enseignement en banlieue », les enseignants y sont, au même titre que les policiers, les derniers représentants du service public. Et rejetés comme tels par certains jeunes. Dans les salles de classe, le rapport pédagogique, bien souvent, cède la place à un rapport de forces. « Autrefois, c'était les profs qui punissaient les élèves. A présent, dans certains cas, ce sont les élèves qui punissent leur prof pour une mauvaise note ou un mot de trop », me résume crûment une enseignante.

La pression pesant sur les profs n'a souvent rien de spectaculaire. Mais qui dira ce que doivent subir certaines jeunes enseignantes, victimes du sexisme de leurs élèves ? Écoutons son témoignage : « ZEP... oui, c'est vrai que, comme tu le dis, le mot fait peur. On s'imagine tout un tas de trucs etc. Mais ZEP ne veut pas dire forcément établissement difficile même si ça va parfois (et souvent) de pair. Pourquoi un établissement est-il en ZEP ? Tout simplement de par le revenu des parents et leur catégorie socio-professionnelle.

Je peux te faire part de mon expérience d'enseignement en ZEP puisque j'ai baigné dedans pendant 4 ans.

Pour la plupart, ce ne sont pas de méchants gamins. Ils sont très attachants même, mais il faut savoir les "prendre". La première chose qu'il faut absolument faire, c'est un travail sur toi pour maîtriser tes émotions. Parfois, c'est dur mais il faut savoir garder son envie de vraiment exploser pour plus tard, ne pas leur montrer que ce qu'ils nous disent nous touche vraiment. Se dire que c'est au prof qu'ils parlent et non à la personne, ce qui n'est pas facile à faire, je te l'accorde.

La deuxième chose est la rigueur: tu dis quelque chose, tu le faits ; ne jamais revenir en arrière. Ils le voient tout de suite. Ce conseil est également valable pour un établissement classique, sauf que dans ce dernier, les élèves ne diront rien; en ZEP, tu le sauras tout te suite

La troisième chose: la justice. C'est une notion chère à ce type d'élèves. A fait égal, sanction égale. Il ne faut donc pas hésiter à perdre du temps pour expliquer une sanction que tu as donnée, pour qu'ils s'aperçoivent bien que cette sanction est "normale".

« Tout est bon pour déstabiliser le prof de manière insidieuse. Ça peut aller du "Que vous êtes belle aujourd'hui, madame", répété toutes les trois ou quatre phrases par un élève, à des insultes en arabe, qu'il vaut mieux ne pas comprendre.

Il serait tentant mais inexact de limiter aux jeunes issus de l'immigration les problèmes de discipline. «Je vous assure que les deux petits caïds qui m'ont rendu la vie impossible pendant un an étaient tout ce qu'il y a de gaulois ! » me précise t-elle.

Enseigner en zone sensible est gratifiant car, on se sent utile. On voit sensiblement les élèves progresser dans notre matière et dans leur rapport au monde. Pour "un jeune prof ", du reste, cette situation est très formatrice. Plus qu’ailleurs, on y apprend la rigueur autant au niveau des savoirs, qu’il faut être cohérent, qu’au niveau de la gestion de la classe. L’injustice, pour des enfants dans une situation souvent injustifiable, est insupportable en classe.

C’est moi qui ai choisi d’enseigner en zone sensible. Cela correspondait au sens que je donnais à l’école et j’avais envie de rencontrer les jeunes de banlieue. De plus, j’ai choisi l’établissement en particulier. En effet, c’est là que j’avais fait mon stage en pratique accompagnée. C’est très en douceur, donc, que j’ai été mise en contact avec les élèves. Dans ce collège les élèves, très souvent en grande difficulté, ne sont pas pour autant agressifs envers les enseignants. Leur violence ne nous est pas directement adressée et jamais on ne se sent véritablement en danger.

Le plus dur est sans doute l’enjeu affectif qui se cache derrière l’enseignement en zone sensible. On voudrait toujours faire plus pour " sauver " les enfants en perdition. Très vite on se laisse déborder par toutes les activités périscolaires : remédiation, projets, rencontres avec les parents... Pèse aussi le décalage entre le rôle qu’on aimerait jouer et celui qu’insensiblement on nous fait jouer : on a l’impression d’être là pour canaliser la violence, éviter les débordements à l’encontre d’une société qui n’offre pas réellement des moyens à ces jeunes de s’en sortir.

Par Sada Fofana.

« Je suis candidat à l’élection présidentielle » Interview de Stéphane Pocrain (deuxième partie)

Comme nous l'avons annoncé hier, nous publions ici la suite de l'interview du candidat Stéphane Pocrain par le Bondy Blog. Les lecteurs voudront bien nous pardonner la longueur de ce texte. Contrairement aux journaux et aux émissions de TV, les blogs ne connaissent pas de limite de place. Nous avons décidé de tirer parti de cet avantage pour passer l'entretien dans son intégralité. Les autres candidats qui voudront nous rencontrer auront droit au même traitement, avis aux amateurs!

(Hanane Kaddour) Vous n’êtes plus chez les Verts et affilié à aucun parti. Quelle sera votre écurie dans cette campagne ?

Img_0028 Nous sommes en train de créer un nouveau parti politique. Comment remettre en mouvement un certain nombre d’idées dans le débat public ? On ne peut pas le faire seul. A l’élection présidentielle, on présente toujours une personne. Certes, je suis candidat, mais au nom d’un collectif, des gens qui viennent de plusieurs horizons. Des gens qui travaillent sur les banlieues mais aussi des gens qui s’interrogent sur le fait qu’en France, c’est toujours à l’Etat de décider si deux conjoints du même sexe peuvent se marier ou pas, avoir des gosses ou pas. Des intellos mais aussi des militants associatifs ou des déçus du PS, qui en avaient marre de compter les points dans les réunions entre chefs de file. Et, bien sûr, des écologistes qui pensent que les Verts ont tendance à oublier que l’écologie devrait concerner d’abord les classes populaires. Je vous donne l’exemple d’une mesure prioritaire pour moi. En France, il y a une norme dans la construction des bâtiments ou des lieux publics qu’on appelle HQE pour « haute qualité environnementale ». Pourquoi ne déciderait-on pas, puisque la priorité c’est la banlieue, que tous les logements sociaux qui s’y construisent doivent respecter cette norme ? Et là-dessus, la France pourrait être la championne d’Europe. Les Verts se battent pour la HQE mais pas assez pour les classes populaires. Il faut mener les deux combats en même temps, parce que l’environnement c’est aussi une question sociale. Quels logements sont mal isolés ? Ceux des gens qui n’ont pas de moyens. Qui se chauffe, très cher, à l’électricité ? Les foyers les plus modestes. Les écolos qui pensent comme moi sont en train de me rejoindre.

(Hanane Kaddour) Vous avez de l’argent pour mener votre campagne ?

Pas assez. Je ne suis pas héritier, je ne suis pas rentier. En plus, comme là j’arrête de faire de la télévision, cela ça va être financièrement un peu compliqué. Mais je fais le pari qu’en utilisant les nouvelles technologies, comme Internet, on peut lever des sommes relativement importantes. Je pense que des gamins qui sont capables d’envoyer des textos surtaxés à la Star Academy pour choisir Magali ont aussi le droit de choisir leur candidat à la présidentielle. Je ne vois pas pourquoi, au lieu de dire « élimine Magali », on ne pourrait pas dire « vote Pocrain ». J’ai vraiment envie qu’on crée une formation politique qui s’inscrive dans la durée et que cette campagne soit citoyenne aussi dans ses modes de financement.

(Sada Fofana) Quelles seront vos premières mesures si vous êtes élu Président ?

Pour moi, l’urgence des urgences, c’est la caisse nationale pour l’autonomie de la jeunesse. Je pense aussi qu’il faut une conférence nationale sur la ville, un peu comme à la fin de mai 68, il y a eu les Accords de Grenelle. Le prochain président doit mettre en place d’urgence une conférence nationale pour la ville, dans laquelle on va discuter de choses très concrètes, comme le triplement des moyens de la de protection judiciaire de la jeunesse. Nicolas Sarkozy dit que la prévention ne marche pas, qu’il n’y a que la répression. Je l’invite à faire un tour dans les prisons surpeuplées pour voir que quand on rentre en prison avec un BEP en criminalité, on en ressort à bac + 5. Les gens qui sortent de taule ne sont pas réinsérés. Et comme j’en ai marre qu’on tape sur les parents de banlieue, en disant qu’ils ne savent pas tenir leurs mômes, que toute manière « c’est normal  parce qu’il n’y a que des polygames », je dis : posons la question des moyens financiers pour la protection judiciaire de la jeunesse, de la politique familiale dans ce pays, du statut d’autonomie de la jeunesse. Cette conférence nationale nous permettra aussi d’aborder, avec les élus de terrain et les militants associatifs,  la question de la construction massive de logements sociaux, le redécoupage de la carte scolaire, les transports en commun, la création d’entreprise dans les quartiers, etc.

(Nadia Boudaoud)  Avez vous le sentiment de représenter les jeunes des émeutes de novembre ?

Img_0032 J’ai été porte parole des Verts parce que j’ai été élu par une assemblée militante. Aujourd’hui, personne en France ne peut dire « je suis le porte parole des jeunes de banlieue, » ou alors « le porte parole des Noirs , des Maghrébins, des discriminés ». Ce qui compte, ce sont les propositions politiques pour changer la situation Pendant des années, quand on parlait de la question des discriminations raciales, on nous disait : « ce qui compte, c’est d’abord la question sociale, il faut se battre sur la question du chômage, pour l’augmentation du SMIC, pour les minima sociaux ». Ce faisant, on oubliait tranquillement de prendre en compte le fait qu’il y a des gens qui ne trouvent pas de boulot parce qu’ils sont noirs ou arabes ! Et maintenant il y a un effet de mode contraire : priorité à l’ethnique ! On camoufle la question sociale, celle des classes populaires. Aux Etats-Unis, l’affirmative action a fait émerger une élite noire, comme Oprah Winfrey. C’est la journaliste la plus célèbre, la plus riche, elle est noire. Mais en même temps, les prisons américaines sont remplies de Latinos, de Portoricains et de Noirs. Sarkozy essaie de nous faire croire que la situation des Noirs et des Arabes va s’améliorer d’un coup de baguette magique, sans toucher à la question de la répartition des richesses dans ce pays, sans avoir une nouvelle politique fiscale, sans lutter contre le chômage de masse. C’est pipeau. L’arbre des discriminations ne doit pas cacher la forêt des inégalités.

(Samy Khaldi) Comment allez-vous financer toutes les mesures que vous présentez ?

Je considère d’abord que la France n’est pas un pays pauvre. Il y a de l’argent, mais dans un certain nombre de domaines, il est très mal employé. Prenons la jeunesse. Aujourd’hui, il y a de multiples allocations, pour le logement, les études, etc. Le simple fait de regrouper ces différentes allocations dans une seule caisse, comme je le propose, dégage 7 milliards d’euros. Ces mesures pour la jeunesse, c’est aussi une politique qui mécaniquement remet des fonds dans l’espace social, notamment parce que le jeune, quand il a un boulot, il peut consommer, cotiser pour sa sécu, sa retraite... Il faut aussi accepter de ré-ouvrir la discussion avec le patronat sur des questions qui fâchent : voilà des gens qui ont des retards dans les diverses caisses où ils cotisent et auxquels on ne demande pas de verser l’argent qu’ils doivent à l’Etat. Et puis il y a aussi des économies, mais c’est ma vision d’écolo, à faire au ministère de la Défense. On a la même doctrine en matière de dissuasion, notamment nucléaire, qu’il y a 30 ans. Sauf que le monde a changé.
D’une manière générale, C’est moins un problème d’argent que de choix politique. La solidarité nationale a un coût. Mais le chômage a aussi un coût.

(Hakim Azzoug) Vous ne risquez pas de diversifier la gauche, et de créer un 21 avril bis ?

Comme vous l’avez dit vous-même, ça va diversifier, pas diviser ! Personne ne me donnera des complexes de n’avoir pas voté Lionel Jospin au 1er tour. Si on veut comme aux Etats-Unis un grand parti démocrate et un grand parti républicain qui sont d’accord sur l’essentiel, il faut le dire clairement. Il faut se souvenir un peu de l’histoire. En 1981, Mitterrand avait quasi autant de candidats à gauche du PS que Jospin qu’en 2002. La différence, c’est que Jospin n’est pas Mitterrand. La différence, c’est que François Mitterrand a su rassembler la gauche pour battre la droite. Lionel Jospin avait plutôt un bon bilan, mais pourquoi a-t-il accepté de suivre la droite sur certains éléments, comme l’insécurité ? Pourquoi un homme de gauche a-t-il commencé sa campagne en disant « mon projet n’est pas socialiste » ? Moi je maintiens que la priorité dans les quartiers, si on veut agir contre l’insécurité, c’est la baisse du chômage Quand la gauche hésite à savoir si elle va voter ou pas le couvre feu pendant la crise dans les banlieues, je n’ai pas le sentiment que c’est moi qui divise la gauche. J’ai le sentiment qu’il y a un certain nombre de gens de gauche qui oublient quelle est l’utilité sociale de la gauche. Et aujourd’hui, la situation est extrêmement dangereuse. Les sondages disent que Ségolène Royal bat Sarkozy au second tour, tant mieux. Mais que disent-ils pour le 1er tour ? Que la droite est devant la gauche. Ca veut dire que l’offre politique portée par la gauche au 1er tour n’est pas suffisante. Mon boulot c’est ne pas de piquer les voix des Verts, du PC, de la LCR ou du PS… si certains de leurs électeurs veulent voter pour moi, c’est très bien. Ca veut dire qu’ils auront considéré que je porte mieux  que les partis que je viens de citer, les valeurs de la gauche – mais ma principale mission, c’est de donner envie à des gens qui ne votent pas d’aller voter. Mon rôle n’est pas de diviser la gauche, mais de multiplier les voix de la gauche.

(Mohamed Hamidi)  A votre avis, comment va être accueillie votre candidature par les représentants de la gauche et des Verts? Allez vous tenir la route jusqu’à la présidentielle, recueillir les 500 signatures, ou voulez vous juste agiter le débat, jouer le lièvre ?

Img_0038_2 Sur la première question, je ne vais pas répondre. Je ne veux pas faire de commentaires sur les commentaires. Je pense qu’ils vont prendre ma candidature au sérieux. Quand je vois que dans les intentions de vote, les Verts sont donnés entre 1 et 2%, je pense qu’ils auraient tort de mépriser la candidature d’un de leurs anciens porte-paroles. Quand on voit les difficultés que le Parti Socialiste a pour parler à la jeunesse, à la France des banlieues, à la France qui travaille ; quand on voit que toutes les luttes qui ont été victorieuses contre le gouvernement de droite sont parties de la jeunesse – en particulier le CPE – ils auraient tort de considérer que ma candidature n’est pas utile.

Et sur la 2ème question, je n’ai pas un tempérament à jouer le lièvre. 500 signatures, c’est possible. Il y a 36 000 communes dans ce pays. Je sais qu’un certain nombre de maires de terrain, de conseillers généraux ont envie de ma candidature. Les discours sur la division de la gauche conduisent aussi à l’impuissance politique. L’idée, ce n’est pas de faire un coup, c’est de transformer le paysage politique français. Il y a quelques temps, on se moquait de François Bayrou lorsqu’il disait que l’UDF allait résister à l’UMP. Comme il a eu le courage d’affirmer ses convictions, il n’a pas disparu du paysage politique. Certes, il n’est pas majoritaire dans la droite aujourd’hui, mais il compte dans le paysage.

(Mohamed Hamidi) Donc, en gros, vous seriez le centre de la gauche ?

Le cœur de la gauche. Les électeurs de gauche sont beaucoup plus à gauche que ce qu’a fait la gauche au gouvernement. C’est d’ailleurs pour ça que Jospin n’est pas arrivé au second tour. Il y a plein d’électeurs qui ont préféré voter Noël Mamère, qui était pour la régularisation des sans-papiers, pour l’écologie, pour le mariage gay. Ils ont préféré voter Besançenot, parce que Besançenot était pour la justice sociale, pour la préservation du système de retraite. Ils ont préféré voter Christine Taubira, parce qu’elle était pour une République qui s’ouvre à sa diversité.  Je suis persuadé qu’on est capable dans les mois qui viennent d’avoir des surprises. C’est ce qu’a révélé le vote du 29 mai. Ce que j’ai retenu de la campagne du référendum, c’est que les gens avaient envie qu’il y ait de la politique, qu’il y ait du débat politique. Si on pense que les Français veulent simplement voter pour des grands partis installés, je n’ai aucune raison d’aller à la présidentielle. Il n’y a que des coups à prendre. Mais je respecte suffisamment le peuple de mon pays pour savoir aujourd’hui que les Français veulent du débat, ils veulent des idées, ils veulent du changement, ils veulent de la volonté. C’est aussi une question de démocratie, de renouvellement démocratique. On a un gouvernement de droite qui perd toutes les élections, depuis le 21 avril, qui se fait battre dans la rue par 3 millions de personnes, qui est pris dans l’affaire Clearstream et qui ne démissionne pas. Et moi je n’aurais pas le droit de me présenter à l’élection présidentielle ?

(Essi Gnaglom) Il paraît que vous allez ouvrir un blog. Qu’est-ce qu’on y trouvera ?

Des choses assez différentes. Ce sera un blog de campagne, dans lequel on va développer nos propositions. Parce que là, tout ce que je vous ai dit, ça reste un peu allusif, c’est une discussion à bâtons rompus. Il y aura le programme, et des choses plus personnelles, une espèce de carnet de route de la campagne, où je raconterai ce que disent les gens. J’aime bien écrire et j’aime aussi l’idée d’interactivité. Ma campagne sera, peut-être pour la 1ère fois en France, une vraie campagne internet, une cyber-campagne. Je mise beaucoup sur cet outil de communication. Il y a beaucoup d’hommes politiques qui font des blogs dans une logique verticale, leur parole doit descendre vers le peuple. Mais les équipes qui travaillent avec moi réfléchissent à faire un blog qui soit réellement transversal, horizontal, où je puisse réellement me faire interpeller, où les gens puissent aussi alimenter ma démarche de candidat.

(Hakim Azzoug) Quelles sont vos relations avec les autres partis de gauche ?

Je ne me connais pas d’ennemis à gauche. Ma priorité pour 2007, c’est que le gouvernement actuel et tous ses représentants soient battus. Pour ça, la gauche doit élargir son offre politique redonner envie à des gens qui n’allaient plus voter, répondre aux attentes de changement qui se sont exprimées le 29 mai ou dans les quartiers de façon violente. Réapprendre à écouter la voix de la jeunesse telle qu’elle s’est fait entendre dans les manifestations sur le CPE. Elle doit arriver à se rassembler pour battre la droite. Quel rassemblement ? Je me sens en phase avec quelqu’un comme Arnaud Montebourg. Sauf que j’observe avec intérêt qu’il est minoritaire au PS. Je ne pense pas qu’il soit minoritaire sur ses idées, il est tenu en minorité. Et si des gens comme Arnaud Montebourg, José Bové, Christine Taubira, Noël Mamère pouvaient être dans la même formation de gauche, pour que la gauche soit vraiment à gauche, et qu’on soit majoritaires, je serais le premier à les accueillir. En créant une nouvelle force politique, je pose quelques jalons. Je pense qu’il va falloir un nouveau grand parti à gauche, majoritaire à gauche, et qu’il faut bien à un moment donné que quelqu’un s’y colle et pose la première pierre. Je sais bien que seul, je ne serai pas majoritaire. Mais je dis à tous ceux qui, à un moment ou un autre, sont minoritaires dans leur formation alors qu’ils sont majoritaires dans le peuple de gauche, je leurs dis qu’il faudra oser poser la question d’une nouvelle formation à gauche.

« Je suis candidat à l’élection présidentielle »

 

Img_0033_1Stéphane Pocrain (voir sa biographie) a choisi le Bondy Blog pour se lancer dans la course. Il veut enrichir le paysage à gauche, amener aux urnes ceux qui ne votent jamais et a choisi l’égalité comme grand thème de sa campagne. S’il est élu, sa première mesure sera de créer une « caisse nationale pour l’autonomie de la jeunesse ». Quant aux fonds nécessaires à sa campagne, c’est sur Internet qu’il pense les trouver.

(Mohamed Hamidi) Bonjour et bienvenue à Bondy, nous sommes ici dans une ville du 93 vous êtes originaire du 91. Aujourd’hui, vous habitez sur Paris, quel rapport entretenez vous avec la banlieue ?

Je n’ai pas de rapport particulier avec la banlieue. Pour moi, il ne devrait pas y avoir de séparation entre Paris, où j’habite, et la banlieue. J’habite le 20e arrondissement de Paris, c’est un quartier populaire. Mon fils est scolarisé à Belleville. La banlieue pour moi c’est l’endroit d’abord où j’ai grandi, où mes parents habitent. C’est l’endroit où j’ai mes origines, ma source, un certain nombre de copains. C’est surtout, d’un point de vue plus politique, l’endroit où se joue l’avenir de ce pays. D’abord pour des raisons démographiques. On voit bien qu’il y a du brassage, du multiculturalisme et aussi parce que je considère que dans ce pays la belle devise « liberté égalité fraternité », elle ne fonctionne pas pour un certain nombre de quartiers, et notamment des quartiers qu’on appelle pudiquement des « quartiers périphériques », ou des « quartiers sensibles ». Alors si on veut dire qu’il y a plus de sensibilité et d’amour dans ces quartiers populaires, je peux en témoigner. Mais si c’est une manière de dire qu’on ne s’est pas assez occupé de ces quartiers pendant des années : il est temps de faire quelque chose. Et je crois notamment, et là on va rentrer un peu dans le vif du sujet, que ce qu’on a appelé les émeutes, ce qui s’est passé en banlieue, c’était une révolte. Cette question là, elle ne doit pas sortir du débat politique. On est déjà en train de passer à autre chose. Il faut que cette question là soit posée avec force en 2007.

 

(Sada Fofana) : Est-ce que ça veut dire que vous êtes vous-même candidat à l’élection présidentielle de 2007 ?

Oui, je suis candidat à l’élection présidentielle.

Cela fait longtemps que je milite. J’ai commencé, j’avais 14 ans. J’en ai bientôt 34. C’était en 1986, pendant des manifestations étudiantes pendant lesquelles un jeune homme est mort. Il s’appelait Malik Oussekine. A l’époque on avait au pouvoir une droite qui se caractérisait par un duo Pasqua-Pandraud. Cette droite-là pensait qu’on pouvait interdire aux jeunes de sortir. C’était les années où Jacques Chirac se prenait pour Ronald Reagan et prônait plus de libéralisme. Cette droite là a été battue, heureusement, par François Mitterrand en 1988. Ce sont des évènements qui m’ont marqué. Mais les enfants de cette droit arrogante Villepin et Sarkozy doivent être battus de la même manière. C'est le sens de ma candidature à l'élection présidentielle. Cette bataille là, chacun doit pouvoir y participer. Il n’y a pas de couleur de peau pour être candidat à la présidence la république. Il n’y a pas d’âge. Il n’y a pas de parcours obligé. On n’est pas obligé d’avoir fait l’ENA ou polytechnique.

 

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(Kamel El Houari) : C’est quoi, votre programme ?

Je ferai connaître mon programme dans les semaines qui viennent. Ce qui est sûr, c'est que la question centrale pour moi c'est la question de l'égalité. Egalité entre les générations, égalité face à l'environnement et l'égalité des droits civiques. On peut raconter tout ce qu’on veut, mais tant que les gens n’auront pas le sentiment d’être traités de la même manière dans ce pays, selon leur revenu ou selon la couleur de leur peau, et bien on n’y arrivera pas. L’égalité premièrement, c’est la question sociale. C’est d’abord dire qu’effectivement, dans une société comme celle-ci, il y a des classes sociales. Il y a des riches et des pauvres et il faut savoir un peu de quel côté on penche et de quel côté les priorités doivent être données pour les politiques publiques. Donc se battre pour l’égalité, c’est d’abord la lutte contre le chômage et la lutte contre la précarité. C’est ce qui était au cœur des manifestations sur le CPE et l’emploi des jeunes. La priorité, c’est la formation. Il y a trop de jeunes qui sortent du système éducatif français sans diplôme. Se battre pour l'égalité, c'est concrètement se battre pour la révolution de l'école. Concrètement, si j’étais élu président, une de mes premières mesures, peut-être ma première mesure, ce serait un plan d’urgence pour la réduction des effectifs dans ce qu’on appelle les zones d’éducation prioritaires (ZEP) pour dire par exemple qu’on ne veut pas plus de 20 élèves par classe. C’est une question de citoyenneté. On ne peut pas être formé à la citoyenneté quand il n’y a pas de moyens pédagogiques nécessaires qui sont donnés.

Toujours pour les jeunes, il y a aujourd’hui des gens qui vivent chez leurs parents jusqu’à 27, 28 ans. Il faut accepter l’idée que les jeunes devraient pouvoir bénéficier d’un statut d’autonomie pour la jeunesse. Il faut créer une caisse nationale pour l’autonomie de la jeunesse, comme il existe des caisses pour gérer un certain nombre de choses, comme l’UNEDIC ou la caisse nationale d’assurance maladie. Cette caisse serait gérée par des représentants de l’Etat, des représentants des organisations patronales, des représentants des organismes de formation et des organisations de jeunesse. C’est évident aujourd’hui qu’on ne peut pas mener des bonnes études quand on est obligé d’aller bosser chez Mc DO, de faire la double journée…

Ca, c’est le volet social.
Il y a aussi des questions liées à la lutte contre les discriminations.

On a l’impression que la France a découvert magiquement il y a quelques semaines qu’il y avait des noirs et des arabes qui vivaient dans ce pays. Etre bien pensant aujourd’hui, c’est dire «voilà, il faut être gentil avec les noirs et les arabes». Par exemple dire qu’on va faire des CV anonymes. C’est une défaite pour la République. Ca veut dire qu’on ne peut pas être accepté tel que l’on est. Ca ne marche pas comme ça. Le CV anonyme, il faut peut-être le faire là, dans l’urgence, pour débloquer la situation. Grâce à cela on a au moins mis en avant le problème de la discrimination. Pour vous donner un exemple, c’est pas parce qu’on nomme Harry Roselmack pour présenter le 20h de TF1, (ce qui est une bonne nouvelle en soi, car c’est l’un des meilleurs journalistes de sa génération, c’est bien qu’il soit nommé) que tous les problèmes seront réglés. Si c’est pour continuer à parler de la même manière de la banlieue, de nos quartiers, acheter la paix civile avec la discrimination positive, en ne faisant rien pour la jeunesse des quartiers, alors on n’y sera pas arrivé. Mais il y a d’autres discriminations en France, par exemple la disparité salariale entre les hommes et les femmes et il faut aussi s’y attaquer concrètement. En clair l'arbre des discriminations ne doit pas cacher la forêt des inégalités.

 

Img_0046(Hakim Azzoug) Pourquoi avoir choisi le Bondy Blog pour annoncer votre candidature ?

 

Pour deux raisons. Une raison affective, et une raison  liée à ma vision de l'information. 

La raison affective, qui est symbolique mais aussi politique pour moi, c’est de dire que je trouve ça plutôt bien que ma campagne commence en banlieue, et qu’elle commence en s’adressant à la jeunesse des quartiers. Le Bondy Blog est né suite aux émeutes dont on parlait tout à l’heure, suite à cette révolte des jeunes des quartiers. Je trouve ça plutôt bien que vous vous preniez en main et qu’une parole sur la banlieue soit une parole qui vienne de banlieue. Il n’y a pas de raison que tout le monde puisse avoir un avis sur ce qui se passe dans ces quartiers (les sociologues, les journalistes, les hommes politiques) et que la banlieue elle-même ne prenne pas la parole.

Et deuxième raison qui relève de la communication, c’est qu’on a vu pendant la campagne sur le référendum du 29 mai (moi j’étais pour le Non) c’est que dans les grands médias, il y avait une incapacité à prendre en compte ce qui se passait de nouveau dans la société. Et donc si on avait écouté les grands médias, un mois ou 2 avant le référendum, c’était le Oui qui gagnait, et les gens qui étaient pour le Non étaient soit tous d’affreux gauchistes, soit des racistes, soit des gauchistes racistes. On a argumenté, on a dit un certain nombre de choses, notamment via les sites internet. D’une certaine manière ça a été la victoire de la micro information sur les grands canaux d’information, une victoire des citoyens. Donc en venant discuter avec vous aujourd’hui, j’ai voulu aussi participer à ce mouvement là. Et en fait j’en profite pour lancer un défi aux autres candidats. Moi je suis candidat, je suis sur le Bondy Blog. Je serais curieux que Nicolas Sarkozy vienne s’expliquer devant les journalistes du Bondy Blog sur ce qu’il entendait lorsqu’il parlait de racailles, de Kärcher, ou sur sa politique d’immigration choisie. J’attends impatiemment que Ségolène Royal, qui a un site très bien fait, accepte de venir discuter avec les gens du Bondy Blog. Ce n’est même pas un défi, c’est une invitation.

 
La suite de l’entretien dans notre prochain post (article). Stéphane Pocrain y livrera son analyse du 21 avril 2002, du paysage politique, des institutions, entre autres choses…

Portrait de Stéphane Pocrain

Img_0033Stéphane Pocrain est le fils d’une institutrice et d’un économiste originaires de Guadeloupe. A 33 ans, cet ancien chroniqueur télé, ancien porte-parole des Verts et membre fondateur du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) revient en politique. Par la grande porte : celle de la présidentielle de 2007.

Stéphane Pocrain (qui porte le nom de sa mère) est le dernier de six enfants, le seul né en métropole. Son père, José Pentoscrope, fut conseiller municipal socialiste à Massy dans l'Essonne de 1983 à 1985. Le jeune Pocrain a connu depuis son enfance les mouvements associatifs et militants. A dix ans, il lit des contes créoles pour les enfants sur une radio associative, ce qui lui enseigne le code noir (qui établit les règles de l’esclavage) dans ses moindres détails. A 14 ans, il commence à militer. Il sera aussi danseur hip-hop et membre d'un groupe éphémère de l'Essonne, les Damnés de la Terre. En 1990, il descend dans la rue contre la gauche au pouvoir. Porte-parole du mouvement lycéen, il est de ceux qui négocient le plan d'urgence avec Lionel Jospin alors ministre de l'Education nationale.

C’est ensuite avec les Verts qu’il fait ses classes politiques, comme porte-parole du parti et de Noël Mamère lors des présidentielles de 2002. Après la catastrophe politique du 21 avril, après des bouleversements dans sa vie intime, après avoir eu un enfant et après trop d’engueulades avec les Verts qu’il accuse de ne pas prendre en considération les classes populaires, Stéphane Pocrain se lance à la télé. Chez Laurent Ruquier, il s’adresse enfin à la France profonde. Il quitte ces fonctions aujourd’hui pour entrer en campagne.

Chronique du Bondy Blog

Depuis trois mois maintenant, une équipe de bloggers bondynois anime ce blog.

Comment travaillons nous ?

Pendant près de deux mois, nous avons travaillé en nous réunissant dans un café de Bondy. Depuis le début du mois de Mai, la ville de Bondy nous a aimablement prêté une salle deux heures par semaine pour notre principale réunion de rédaction ou nous discutons des sujets, des angles où nous animons des séances d’écriture avec les bloggers… Pour le reste, nous travaillons par téléphone et internet. Une association vient d’être créée pour faciliter l’organisation de ce blog. Son bureau est composé de 2 Suisses et de 2 Bondynois.

Qui sont les bloggers ?

Depuis le retour de Lausanne, l’équipe a un peu changé.

Nacima Hanane et Elodie Arbey qui étaient du voyage à Lausanne ont pris quelques distances pour se consacrer à leurs études.

Radouane Berrokia se consacre au RC Blanqui pour entre autre préparer le tournoi en mémoire de Mokhtar qui aura lieu fin juin.

Hakim Azzoug s’est absenté tout le mois de Mai pour un voyage en Algérie mais va bientôt nous revenir.

Parmi les nouveaux, Chaouki Aroua, Hanane Kaddour, étudiante en droit, Soraya Messaoudi qui termine sa maîtrise de lettres et qui cherche un emploi et Essy Gnaglom , 29 ans assistante commerciale.

Pour le reste, Sada Fofana réussit l’exploit de travailler pour Mickey, d’écrire sur le blog de préparer sciences-po et le Bac dont elle a passé les premières épreuves.

Nadia Boudaoud continue de travailler au lycée Jean Renoir de Bondy et de «piger» pour plusieurs médias dont bien sûr le Bondyblog.

Kamel est notre envoyé spécial à Paris

Nous avons également publié des textes qui nous sont venus de l’extérieur comme ceux  Rachid Boumriche, sociologue et Alain Benel, professeur de philosophie.

Concernant l’encadrement, en plus de moi-même et de Serge Michel (qui nous suit depuis l’Afrique de l’Ouest, la Russie et qui essaye de passer nous soutenir le plus souvent possible), nous avons avec nous deux nouveaux venus, Sandrine Roginsky et Samy Khaldy qui vont permettre de mieux nous organiser et de mieux suivre le travail des bloggers.

Il est important de préciser que toute cette équipe travaille de manière bénévole.

Et les Suisses ?

Le magazine l’Hebdo va nous reverser le montant des droits d’auteur pour le livre Bondy Blog paru aux éditions du Seuil. Ces droits nous permettrons de rembourser aux bloggers, les frais engagés par leur activité (téléphone, abonnement internet, transport, presse…).

Serge Michel, qui a quitté l’Hebdo pour s’installer en Afrique de l’ouest  reste notre principal contact avec la Suisse. Nos contacts privilégiés à l’hebdo sont Alain Jeannet, Michel Beuret et Alain Rebetez qui continuent à suivre nos activités.

Et les lecteurs ?

La sortie du livre Bondy Blog a suscité une véritable frénésie des médias et il a fallu répondre à cette demande. On reproche souvent aux médias de ne parler de la banlieue que de manière négative alors lorsque nous avons été sollicités, nous avons eu comme principe de parler le plus possible de notre initiative. Du coup, les lecteurs et les commentateurs ont augmenté et nous nous en réjouissons. Aujourd’hui nous avons entre 1800 et 2000 visiteurs par jour (15000 par semaine) et les commentaires sont de plus en plus nombreux.

Les commentaires sont dans la très grande majorité constructifs et argumentés et sont une part importante du succès de ce blog et nous remercions les fidèles Briardounnet, Marchenoir, Maxx, Misty, Cédric Roussel, Leila et tous les autres  pour leurs contributions. Les commentaires ne nous ménagent pas, il sont souvent  critiques (c’est le jeu) et permettent d’avancer dans le débat lorsqu’ils sont constructifs.

Le Bondy Blog suit son petit bonhomme de chemin et continuera je l’espère à vous intéresser et à vous surprendre… Suite au prochain épisode

Par Mohamed Hamidi

Bondy au rythme des vide-greniers.

Brocante_blog_005_1Ce week-end, une brocante était organisée dans le centre de Bondy, dans la journée de dimanche, de 6 heures à 18 heures.

Comme beaucoup de ville de banlieue, Bondy cède à la mode des brocantes et des vide- greniers. Il est vrai que c’est un moyen  qui permet non seulement de se débarrasser d’une partie des objets devenus inutiles et en même temps d’arrondir ses fins de mois de manière plutôt conviviale.

La place était noire de monde aux environs de 15 heures, et il était assez difficile de se faufiler entre les stands. Mais une fois dans le bain, l’on parvient à trouver les techniques pour dénicher l’objet rare. L’objet rare, c’est ce pour quoi Henri, 48 ans, s’est déplacé aujourd’hui : un disque vinyle du groupe mythique des années 1960, les Beatles, «  un coffret collector rare titré ‘ The Beatles collection ‘ qui peut monter jusqu’à 1500 euros ! ». Henri n’est pas de Bondy mais du XVIIIème arrondissement de Paris, il fréquente les brocantes franciliennes chaque fois qu’il le peut et nous confie :

« Qui sait ? Peut-être que je trouverais le collector ici à Bondy, et pour pas cher ».

Non très loin de là, une sympathique dame occupe un charmant emplacement où s’entassent divers objets de décoration et apparemment, elle est une habituée, la dernière brocante qu’elle ait faite ayant eue lieu  à Tremblay-en France. Pour elle, la brocante n’est pas une question de profit économique mais plutôt de profit humain : « des gens qui vont et viennent, des curieux, des jeunes Brocante_blog_006_5 et des moins jeunes, des bonjours et des sourires tout au long de la journée, un vrai bonheur ».

Il est vrai que la gaieté s’est emparée de la rue Pollissard ce dimanche. Il y a même un petit groupe de jeunes enfants qui tient un stand improvisé. Ils y ont déplié un petit tapis et y ont disposé des jouets de garçons, « ben oui, on n’a plus l’âge de jouer aux gadgets, on espère qu’on va  gagner un peu pour nous offrir une Gameboy qu’on se fera tourner entre-nous » espèrent Moussa et ses amis. A 18 heures passées, malgré le monde encore présent sur place, les brocanteurs remballent le peu d’invendus, tous satisfaits mais tout Brocante_blog_001_3 de même un peu exténués par cette journée. Le sourire aux lèvres, une jeune adolescente est toute fière d’avoir trouvé des rollers pour quatre malheureux euros.

Et dire qu’au courant de l’été 2005, une loi dite Loi Dutreil a été proposée sous l’impulsion des syndicats de professionnels de la brocante qui se sentaient concurrencés par les brocanteurs particuliers. Faut-il empêcher cette pratique qui permet de recycler une bonne partie des objets fabriqués par notre société de consommation ?

Par Hanane Kaddour

Beur FM : pas seulement pour les « beurs ».

Ahmed_el_keiyBeur FM, le nom de cette radio porte comme une consonance maghrébine et renvoie d’ailleurs à l’image de radio communautaire. Il est vrai que la chaîne a été créée au départ, en 1981, à destination des Français issus de parents Maghrébins pour les soutenir dans leur solitude. Mais aujourd’hui, le ton change. Depuis un an et demi qu’il tient les rênes de Beur FM, Ahmed El Keiy, le rédacteur en chef, tente avec son équipe avisée de lui apporter un nouveau souffle en diffusant un contenu varié. Un tournant dans l’histoire de la chaîne que ce rédac’ chef a bien voulu expliquer pour le Bondy Blog. Et derrière sa voix douce et son sang froid, le journaliste originaire d’Egypte ne mâche pas ses mots :

Comment est née la chaîne ?

A sa création, en 1981, Radio beur était gérée par un collectif d’associations.  Peu à peu la station a intégré la bande FM et Radio beur a pris le nom de « Beur FM » en 1992. A part cela, le reste ne m’intéresse pas. En plus, je ne me rappelle pas de ses débuts, j’étais encore jeune à cette époque.

Avec votre arrivée en tant que rédacteur en chef, quelle est la ligne éditoriale de Beur FM ?

Aujourd’hui, notre credo reflète la diversité car la société française est multiculturelle. Nous impliquons un public qui dépasse celui originaire du Maghreb en débattant sur des thèmes très variés. D’après un récent sondage réalisé par Médiamétrie, 49,5 % des auditeurs sont Français de souche contre 50 % d’auditeurs étrangers Turks, Africains ou Maghrébins.

Nous diffusons une information ciblée sur des sujets qu’on ne retrouve qu’en dernières pages des grands journaux, voire ceux dont on ne parle pas. Alors que l’affaire Clearstream ravage l’actualité, je privilégie en Une, la nouvelle classe prépa du lycée Henri IV qui s’ouvre à des élèves issus de quartiers défavorisés. Aussi, nous avons insisté sur la question des banlieues, l’inégalité des chances mais également sur les parcours de réussite de certaines minorités, bien avant les émeutes de novembre. Nous avions également parlé des dangers qu’encoure la France si elle ne bouge pas.

Vous animez le Forum débat diffusé en direct de 19h à 20h du lundi au vendredi. Comment traitez-vous l’information dans cette émission ?

Là où les « médias traditionnels » s’intéressent au sensationnalisme, nous faisons un travail en profondeur en prenant le temps d’éclairer. Dans le Forum débat, je décortique l’information aux côtés de mes invités qui font l’actualité. Sur mon plateau, j’ai reçu aussi bien l’intellectuel Alain Finkielkraut que l’humoriste Dieudonné, mais aussi Jospin, Pasqua, le porte-parole du Syndicat des officiers de police et bien d’autres. Ils ont tous été confrontés aux questions et remarques des auditeurs. Pendant la période des émeutes de novembre, j’ai élargi le temps d’antenne à une heure trente, voire plus. Nous recevions beaucoup d’appels. Les forums ont aussi une vocation pédagogique.

On reproche souvent le ton familier des animateurs de Beur FM. Est-ce que les autres émissions adoptent la même approche que celle du Forum débat ?

Je dirais qu’il y a une volonté de proximité des animateurs avec les auditeurs car beaucoup de jeunes écoutent Beur FM. Nos magazines sont axés sur la France plurielle. Seule l’émission quotidienne du matin, Good Beurning, animée par Julia et Philippe présente l’actualité du Maghreb. Ceux qui reprochent le ton familier font peut-être partie eux-mêmes des 150 000 auditeurs en Ile-de-France et du million sur le territoire national.

Et les Petites annonces des auditeurs… Avez-vous prévu d’innover pour cette émission ?

La rédaction est en pleine réflexion concernant cette émission. A cause de son aspect répétitif, nous prévoyons de la supprimer. Au départ, elle avait pour vocation de rendre service et faciliter le contact entre les auditeurs. Avec le développement de ce genre de service sur Internet, l’émission devient obsolète.

Les week-ends et en soirée, vous diffusez davantage de musique Raï et Kabyle qu’on retrouve dans l’émission Bin El Barah Oua El Youm (entre hier et aujourd’hui). N’est-ce pas limité ?

Beur FM consacre 70 % de ses programmes à la musique. C’est une radio de la mixité. On y entend toutes les fusions du raï, mélangé avec le funk, r’n’b, le reggae, le rap, le hip hop et le raga indien. La chaîne s’ouvre de plus en plus à toutes les musiques du monde.

Bin El Barah Oua El Youm fait le lien entre les générations et montre comment a évolué la chanson orientale et maghrébine dans toute sa diversité (musique du désert, bédouine, citadine, sacrée, moderne, populaire).

La dénomination « Beur FM » peut paraître péjorative et un peu restrictive

Pour moi, ce raisonnement n’est pas valable. Radio Télévision Luxembourg (RTL) et Radio Monte Carlo (RMC) ne donnent pas ou plus l’image que leur nom véhicule. La chaîne Beur FM est appelée, à son tour, à perdre sa signification première. La dénomination « Beur FM » porte en elle l’histoire de la chaîne sans pour autant empêcher le contenu diffusé à l’antenne d’évoluer avec la société française.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud

Kamel au Louvre

A l'image des journalistes parisiens qui se paient le grand frisson de la traversée du périph et débarquent en banlieue pour des reportages-choc, nous avons décidé d'envoyer des bloggers de banlieue couvrir la vie des Parisiens. Après l’Avenue Montaigne et Neuilly, cette chronique est la troisième d'une série que l'on pourrait intituler "Le Monde selon Kamel". Prochain épisode: l’assemblée nationale.

Photo_kamel Descendre métro Bourse. Waahh, un monde où tout le monde est habillé en pingouin, un monde que je voudrais bien pénétrer par la porte ou par la fenêtre. Marcher ensuite, passer Palais-Royal et sa bouche de métro qui brille, et débarquer dans le désert au milieu d’un château. Trois pyramides plantées là, j’avais jamais vu ça de près. Je suis déjà allé au Château de Versailles, mais le Louvre non. Je sais seulement qu’il y a là la dame qui te regarde bizarrement, la dame qui te suit, où que tu sois.

La Joconde. Je sais aussi combien un prince saoudien a donné à la France, pour la mise en place au Louvre d’un espace dédié aux cultures issues de l’Islam : 18 millions d’euros.

A l’accueil, prendre un plan. Et je demande à un employé chargé de renseigner : « Tout ce que la France a ici, elle l’a trouvé où… ? » Il me dit que ce sont souvent des dons. Que le musée doit aussi ses œuvres à des voleurs historiques : « Napoléon a pillé, en Allemagne. En Italie aussi, où ses soldats ont embarqué les Noces de Cana de Véronèse ».Noces_de_cana  Je vais voir ça, gigantesque tableau représentant Jésus et toute une foule. Au milieu d’elle, un petit noir qui fait le service. Je me dis que rien n’a changé, sauf les époques, puisqu’aujourd’hui, les noirs sont souvent dans la sécurité ou le nettoyage. Et puis j’ai continué de me balader. J’ai vu Eros, un libertin… toujours tout nu. Un bassin, datant du IIème siècle après JC, dont je me ferais bien une baignoire. Ah, et voilà Faustine la Jeune, épouse de Marc Aurèle (empereur de 161 à 180 après JC), cachée dans une petite niche à côté d’une fresque de Boticelli. Je la regarde, je souris, elle porte le voile Faustine ! Comme chez nous, maintenant. Plus loin, le billet de 100 francs ou La_libert_delacroix_2 « La liberté qui guide le peuple », une œuvre d’Eugène Delacroix conçue en 1830. Avec une femme au centre, on dirait Ségolène Royal, entourée d’hommes qui prennent le pouvoir avec les armes, pendant qu’à leurs pieds gisent des morts. Et encore un truc splendide, « Le radeau de la Méduse», récit d’un naufrage aux larges des côtes du Portugal. Je pense à mon histoire, qui a l’air toute courte du coup… Un bateau, une valise, des parents séparés quinze ans plus tard. 

Je suis ému par tout ce spectacle. Troublé aussi, je me sens en « fourchette » comme aux échecs, parce que j’ai deux cultures, l’une orientale, l’autre occidentale. Mais brutalement j’entends dans ma tête résonner des mots comme «la France tu l’aimes ou tu la quittes », et je me défends, la France, je l’aime, mais il ne faut pas refuser ses enfants, sinon on finit par se poser des questions sur Marianne. Et me voilà au milieu du musée du Louvre, émerveillé par la grandeur de ce patrimoine, par la foule de touristes qui fourmille autour de moi. J’ai 26 ans, j’ai perdu trop de temps à tenir les murs à Bondy, voilà une partie de mon histoire et je n’étais même pas au courant…

Kamel El Houari, envoyé spécial à Paris

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