Au delà du périph' c'est l'Amérique
Ce texte de Serge Michel, un des fondateurs de ce blog et auteurs du livre, a été publié le 29 avril par le journal Le Monde.
Le 11 novembre 2005, alors que les voitures brûlaient encore par centaines chaque nuit dans les banlieues françaises, j'ai pris un train de Genève à Bondy (Seine-Saint-Denis) pour y ouvrir un petit bureau où les journalistes de mon magazine suisse, L'Hebdo, se sont ensuite relayés chaque semaine durant trois mois. L'idée était de pratiquer le reportage par immersion dans les cités, afin de comprendre en profondeur le malaise rendu visible par les violences urbaines.
L'expérience a donné matière à des articles dans L'Hebdo, bien sûr, mais surtout à un blog (www.bondyblog.fr) qui a été très lu et commenté, jusqu'à devenir ce lieu inattendu de débats passionnés sur tous les sujets sensibles de la France du moment : le racisme, la laïcité, le chômage ou la liberté sexuelle.
Le 1er mars, nous avons remis les clés du blog à une équipe de jeunes recrutés sur place et formés chez nous, à Lausanne. Et puis ces jours, un livre sort (Bondy blog, des journalistes suisses dans le 9-3, Seuil, 15 €) pour retracer la première partie de l'aventure - celle des Suisses dans le 93.
L'heure est donc au bilan et cette question revient sans cesse : qu'avez-vous donc appris par votre immersion dans les cités que nous ne savions pas ? Appris ? Nous avions en effet tout à apprendre, mais comment résumer, en quelques lignes, les milliers de pages qui se sont écrites, comme par génération spontanée, à l'adresse Internet du Bondy blog ?
S'il ne faut retenir qu'une leçon, la voici : il y a deux mondes, un de chaque côté du périphérique. Paris, siège du pouvoir, silo des élites, carrousel lumineux, convergence de toutes les voies de chemin de fer, de toutes les carrières, de toutes les ambitions françaises. Banlieue, territoire ignoré, mal aimé, rivage ingrat où s'échouent certaines trajectoires, d'où ne décollent jamais d'autres. Les habitants de banlieue que l'on croise à Paris se justifient sans cesse : "Ce n'est pas si loin, j'habite à deux pas du RER."
Osons la comparaison : c'est Berlin-Ouest contre Berlin-Est, avec le périph' dans le rôle du Mur. A l'Ouest, une société de consommation qui se donne des airs enjoués, où personne n'a le temps de tenir ses promesses, où le moindre talent se fait surexploiter à l'instar de ces actrices à qui l'on demande aussi de chanter quand elles n'écrivent pas de livre.
A l'Est, les cafés ferment tôt et il n'y a rien à faire ensuite que traîner au bas de l'immeuble ou rentrer chez soi. Dans les magasins, les produits sont de moindre qualité. On ressent comme un manque de liberté. Un contrôle social pesant remplace l'Etat, peu présent ou défaillant. Tout le monde a trop de temps, et les talents, nombreux, sont ignorés.
Entre ces deux mondes, le trafic n'est pas beaucoup plus chargé qu'à Check Point Charlie. En décembre, l'un des jeunes chômeurs qui gravitaient autour du local que nous occupions, prêté par le football club du RC Blanqui, nous avouait n'avoir pas mis les pieds à Paris depuis plus de deux ans. Quelques jours plus tard, notre journaliste Alain Rebetez notait ceci dans le blog :
" Pour les derniers jours de l'année, mes enfants m'ont rejoint et nous avons pris un petit hôtel à Paris, dans le 5 e. L'autre jour, avec Mohamed (employé de la mairie, président sur-actif du club de foot), on discutait de l'hôtel, et il m'a demandé où il était situé.
- Près du Jardin du Luxembourg.
- C'est quel coin, ça ?
- C'est en plein Quartier latin.
- Ah bon, je connais pas. Mais c'est quelle porte ? Je suis un banlieusard, moi : à Paris, c'est d'après les portes que je m'oriente !
Voilà pour le constat, l'image figée, l'Est et l'Ouest.
Mais les émeutes pourraient avoir servi à quelque chose. Ecoutez cet immigré maghrébin de la seconde génération, très engagé dans la vie associative : "Cela fait vingt ans que j'attends dans la queue avec mon petit numéro. J'ai monté des associations, j'ai encadré des jeunes, j'ai milité contre la discrimination, j'ai demandé aux partis s'ils voulaient bien me mettre sur une liste. Bref, j'ai joué le jeu républicain. Mais mon tour n'est pas venu ! Maintenant, je commence à dire merci aux mômes d'avoir cramé des bagnoles ! Car depuis l'automne dernier, on vient me voir, mes projets intéressent, tout devient possible !"
De fait, à force de retourner ces derniers temps à Bondy, la photo commence à s'animer. Une issue se dessine, car il faut bien aller dans le sens de l'Histoire : celui de la chute du Mur, de la réunification, de l'élargissement. Et je me surprends à penser que l'avenir de Paris, c'est Bondy ! Comme si l'image s'inversait : d'un côté la France, égarée, à peine remise du non au référendum européen, exsangue après sa victoire à la Pyrrhus contre le contrat première embauche (CPE) ; de l'autre la banlieue, n'ayant rien à perdre, remise en mouvement par les émeutes, soudain susceptible de fournir des hommes vifs et des idées neuves.
Je suis resté coi lorsque Nordine Nabili, qui mène un grand projet d'agence de presse des banlieues, m'a dit l'autre jour : "Bondy, c'est l'Amérique." Et puis j'ai compris. Les banlieues, voilà où la France trouvera son dernier territoire de croissance, puisque tout y est à développer ! Voilà son réservoir intact de compétences, de courage et de loyauté entrepreneuriale.
Depuis quelques mois, APC recrutement, le chasseur de têtes des quartiers, tourne à plein régime et raconte en riant ces histoires de patrons précautionneux qui veulent engager un "Beur", juste un, pour être dans l'air du temps. Mais devant la qualité des candidats, ils en prennent deux et recommandent le troisième à un ami.
Et voilà surtout où la France retrouvera du souffle politique. Il y a de véritables leaders dans les cités, des hommes et des femmes qui ont forgé leur charisme au contact de groupes toujours nombreux, toujours rassemblés. Or c'est un euphémisme de dire qu'ils ont été victimes d'un "plafond de verre" qui les aurait empêchés de progresser au sein de leurs formations politiques respectives.
La vérité, c'est qu'ils ont été maintenus au ras de leurs associations et des maisons de quartier par des partis jalousement gaulois, à gauche plus encore qu'à droite. Sinon, comment expliquer la composition, proprement stupéfiante, d'une Assemblée nationale ethniquement pure ?
Comme si la mixité, la force du "black-blanc-beur", n'était bonne que pour jouer au foot. Comme si l'imagination des immigrés n'était bonne qu'à remplir des salles de spectacles (vous ne trouvez pas que Djamel Debbouze a fichu un sacré coup de vieux à Michel Leeb ?).
Il a fallu seize ans - et une facture colossale qui explique la longue stagnation du pays - pour que l'Allemagne de l'Est puisse libérer son énergie. Aujourd'hui, les deux postes-clés du pays réunifié sont occupés par des politiciens de l'Est - dont une femme. En France, il n'y a pas besoin d'engouffrer des milliards d'euros dans les infrastructures des banlieues, lesquelles ne demandent qu'à partager leur extraordinaire vitalité.
Cela pourrait donc aller beaucoup plus vite... si Paris parvenait à surmonter sa peur de sa périphérie. Il n'y a rien ici, hélas, qui ressemble à l'enthousiasme initial des Allemands pour la réunification.
Photo © J. Guilloreau

houlààà les amalgames ! de quelle "banlieue" parlez vous ? bondy ? le 93 ?
soyez plus précis car votre article ne s'applique vraiment pas à toutes les banlieues...
Rédigé par: nadia | 02/05/2006 at 15:44
suis un peu déçue sur la façon dont notre banlieue 93 est perçue par certains parisiens "des gens... bien!" ,ou par la plupart des médias, mais aussi dans ce blog... il semble qu'il n'y ait dans le 93 et à Bondy donc, que des jeunes"beurs" insatisfaits, mais le 93 comportent aussi bien d'autres jeunes tout aussi malmenés par notre société actuelle sujette du Dieu Pognon...et la plupart des anciens Bondynois ceux qu'on
nomme maintenant les Gaulois, souvent aussi dans les difficultés, ont
eux aussi leur place dans le 93.Nous sommes tous des citoyens comme il en existe dans Paris ou ailleurs en France. Le 93 n'est pas une exception qu'on montre d'un doigt dédaigneux. Dans le 93 il y a des hommes et des femmes de tous horizons et je considère qu'un humain en vaut un autre et ce n'est pas le ciel sous lequel il a vu le jour qui fait qu'il est bon, honnête ou méprisable et malfaisant.
Apprenons à vivre ensemble.
Rédigé par: MOHR irène | 02/05/2006 at 17:28
salut moi je m'apelle natacha je voulais savoir qui avez fait ce site sa a l'air d'etre bien mais sincerment je ne pe pes te dire dire si c bien ou pas
Rédigé par: gauthier natacha | 02/05/2006 at 17:51
je vien de le relire je trouve ca HYPER HYPER NUL!!!!!!!!!!!!!!
Rédigé par: gauthier natacha | 02/05/2006 at 17:54
===> Nadia & Irène
Soyez gentilles, sérieuses et lisez attentivement le texte ci-dessus. C'est un article du MONDE, pas du BONDY BLOG. Ecrit par un Suisse. Et un de ceux à qui NOUS devons notre Blog. Sur Bondy ; sur la Seine- Saint-Denis (le pseudo neuf-trois) ; sur les rapports entre Paris et sa banlieue, avec ses confrères de l'HEBDO, il a
une expérience que beaucoup d'entre nous n'avons pas. Et surtout un regard que nous autres Gaulois et immigrés, blancs, nègres et beurs, ne pouvons pas avoir. Alors, lui reprocher d'oublier qu'il y a des bourges du côté du Raincy (et même à Bondy), l'accuser d'amalgame, c'est confirmer un jugement des étrangers : les Français sont arrogants
. Un jugement qui n'est pas, loin de là, faux.
Vous en voulez une preuve ? Consultez le Blog de Pierre Assouline, journaliste au MONDE et lisez ce qu'il dit précisément de cet article de Serge Michel sur "le Périph" dans le MONDE. En gros : comment un Suisse qui ose se mêler de nos affaires ! Qu'il aille se faire soigner...
Rédigé par: Briardounet | 02/05/2006 at 17:58
Additif pour gauthier natacha
"Hyper nul" : Entièrement d'accord avec vous. J'ajouterai même : Vive la France et les pommes de terre frites ! Vive les beaufs et leurs jugements définitifs !
Rédigé par: Briardounet | 02/05/2006 at 18:26
Briardounet,
L'article reste écrit par un des membres fondateurs du blog. Ce n'est donc pas seulement un article du Monde, c'est aussi un article du blog.
Elles ont donc raison de réagir. J'aurai été d'accord avec toi, si l'article n'avait pas été écrit par un membre du blog.
Rédigé par: jun | 02/05/2006 at 18:53
===>Jun
"L'article a été écrit par un des fondateurs du BONDY BLOG". Ca veut dire quoi, ça ? En quoi Serge Michel n'est-il pas libre de donner son opinion personnelle sur le sens du BLOG? Le sens vu de Lausanne.
Que des filles innocentes (et nouvelles venues CHEZ NOUS) se posent des questions ? Elles sont bienvenues, naturellement : le BLOG reste la libre expression. Mais il faut s'habituer à ce qu'un regard helvétique soit différent du nôtre. Et ce n'est pas nos amis suisses qui empêchent notre libre expression. Y compris critique envers eux. Ils sont moins excités que nous, le lac Léman est
superbe et, en plus, ils ont du bon chocolat et de belles vacs -comme on dit chez moi en Normandie... Mais ce n'est pas pour cela qu'ils ont toujours raison. En particulier sur notre bien-aimé Périphérique... Comme disait Charles Maurras : "La France ! La France seule!" Ah, mais!
Rédigé par: Briardounet | 02/05/2006 at 19:14
Subtile article. Malheureusement nous avons encore besoin d'un oeil étranger (donc plus objectif ) pour avoir ce point de vue des relations entre Paris et sa banlieue.
Rédigé par: Richard | 02/05/2006 at 19:22
chui gentille et sérieuse et c'est parceque justement j'ai tout lu que ça m'inspire cette incompréhension. partir de son expérience à bondy pour nous pondre une généralité sur LA banlieue "S'il ne faut retenir qu'une leçon, la voici : Banlieue, territoire ignoré, mal aimé, rivage ingrat où s'échouent certaines trajectoires, d'où ne décollent jamais d'autres" et j'en passe...
désolée mais il sape un peu son boulot/expérience avec de telles "conclusions", ça me fait penser aux reportages diffusés aux US qui faisaient penser que paris était en flamme et que LA banlieue était un territoire peuplé d'insurgés.
pourquoi ne pas se contenter de dire à bondy ou dans la seine st denis (et encore ça se vérifierais pas dans son ensemble) ?
ce journalistes a t'il vécu dans TOUTES les banlieues de l'ile de france pour tirer des conclusions aussi définitives et généralistes ? pffff
j'attends avec impatience ses conclusions sur son "expérience in-situ" à neuilly, issy les moulineaux, vanves, montreuil, créteil,... je sens qu'on va se marrer !
Rédigé par: nadia | 02/05/2006 at 19:50
===> Richard.
Pourquoi "malheureusement" ? Pensez-vous, comme Charles Maurras que "La France seule" y arrivera spontanément ? Seuls les Suisses ont osé briser le tabou - en prononçant le mot interdit. Eux seuls ont osé dire qu'il s'agit de "racisme". En France, on continue à parler de "banlieues". Et quand on est très audacieux -comme le président de la République- on va jusqu'à se permettre de prononcer le mot d'exclusion". Racisme ??? C'est quoi, ça ? Pas chez nous, République de l'Egalité, etc...
Ce refoulement est tel que hier, dans un débat sur "Banlieues six mois plus tard" avec Serge Michel (sur France 5), le seul Arabe présent ne l'a même pas prononcé... Il est quand même allé jusqu'à dire "ON" - pour indiquer la façon dont "on est traités par les rondes de police". Ce qui prouve que nous autres, descendants de Gaulois, nous sommes assez forts pour intimider ces fils d'immigrés et leur faire rentrer le terme de "racisme" dans leurs gueules de bicots. Non mais ! Déjà qu'ils brûlent nos bagnoles !
Dommage que le docteur Freud ne soit pas là pour nous expliquer le refoulement et la constipation de notre peuple devant l'horreur raciste - qui nous ramène soixante ans en arrière...
Rédigé par: Briardounet | 02/05/2006 at 20:11
Important article de Serge Michel.
Par ailleurs, je pense qu'on devrait instaurer au moins une journée dans l'année où chacun s'engagerait à ne pas utiliser l'éternel argument contre l'usage du mot banlieue: "Ah mais Neuilly c'est aussi une banlieue. Et Neuilly, t'en parles pas? Et Neuilly, hein?".
Voui. OK. Neuilly.
Quand on utilise le mot banlieue en France, on désigne en général -- et quand c'est le cas, le contexte le montre sans ambigüité -- les communes pauvres à la périphérie des villes, où l'on entasse des descendants de l'immigration dans des grands ensemble dégradés.
Pas Neuilly.
Peut-on donc dépasser ce point totalement inintéressant du débat, et discuter du fond?
Rédigé par: Robert Marchenoir | 02/05/2006 at 20:55
le fond on le racle tous les jours .
et c'est plutot l'augmentation de la misere et de l'acculturation plutot que le pb du racisme.
vu de l'autre coté :
"Au delà du périph' c'est le Bronx"
bonne soirée les petits loups
Rédigé par: maxx | 02/05/2006 at 21:07
Il y a bcp de choses ds cet article, des bonnes comme des moins bonnes, des choses avec lesquelles on est d'accord d'autres moins je respecte trop l'écrit pour dire "c'est nul". Trop facile et non constructif... Globalement je suis assez d'accord avec ce qui a été écrit par ce journaliste, notamment la méconnaissance de Paris par quelques banlieusards mais pas tous, la discrimination à l'embauche qui fait que les "black blancs beurs" sont surtout présents ds le showbiz ou le foot, l'oubli volontaire des partis politiques de donner des responsabilités à des jeunes et moins jeunes issus des quartiers, surtout les partis de la gauche caviar, le manque de lieux pr bouger et sortir dans des cités souvent déshumanisées... Mais je trouve qu'il y a aussi trop de généralités ds cet article, ce qui est tjrs un peu dangereux et peut heurter le lecteur, la comparaison notamment avec le mur de berlin choque la provinciale devenue parisienne que je suis, qui plus est a vécu un temps en Allemagne. Pour finir, j'ajouterais juste qu'il n'y a pas une banlieue mais des banlieues en RP. Ce n'est pas parce qu'un article a été publié dans le Monde que l'on se doit d'y adhérer. En parler avec respect par contre là oui;-)
Rédigé par: Maylis | 02/05/2006 at 23:10
A maylis,
s'il n'y avait vraiment qu'un probleme majeur de discrimination à l'embauche, les concours administratifs , écrits, et sans face-à-face "discriminants", devraient reussir aux français d'origine etrangere autant qu'aux français de souche .
Or nous savons ( enfin, les specialistes ) qu'il y a encore moins (oui) de fils d'immigrés dans le public que dans le privé.
les français d'origine etrangere reussissent moins les concours ecrits administratifs que les entretiens face aux sales patrons soi disant "racisto-capitalistes ".
le probleme est donc bcp plus en amont ; ce ne sont pas les entreprises qui sont discriminantes ( dommage pour les anticapitalistes), non, ce sont les etudes , nos chèèèeres études, l'Alma mater, la fac, vivier du gauchisme, qui discrimine , de meme que l'ecole , le college et le lycée .
comment l'expliquer ?
les profs sont ils racistes ?
bof
ou alors, les fils d'immigrés partent-ils de tellement "loin" en termes de pratiques culturelles, d'habitus ( cf bourdieu) , et de capital social, culturel, scolaire, de maitrise de la langue française, que oui, l'ecole est rude pour eux.
et je dis cela sans aucun jugement de valeur ; si j'etais envoyé aux etats unis ou en chine et que je devait apprendre la langue, sans que ma grand mere puisse me reprendre quand je fais des fautes, que je doive faire mes devoirs sans que mon pere les controle car il est au chomage et n'a jamais vraiment fait de devoirs puisque il etait ouvrier chez renault , hé bien je serai pas forcement au top face à d'autres.
arretons de croire que les cv anonymes regleront le probleme de la sous qualification des français d'origine etrangere
il faudrait surtout plus de profs et plus de surveillants
Rédigé par: yom | 02/05/2006 at 23:42
Il faut arrêter les clichés avec la banlieue : les gentils/riches sont à Paris et les méchants pauvres en banlieue. Je suis tombé par hasard sur le rapport qui publie les chiffres de la délinquances (dispo sur le site de la documentation Francaise) « Aspects de la criminalité et de la délinquance constatées en France en 2004 » Et là surprise : j’ai pu lire que le département qui affiche le plus de délit, c’est … Paris intra-muros : 267864 infractions ! Puis ensuite la Seine-Saint-Denis 135304 (sachant que dans les chiffres de ce département on trouve les affaires de stupéfiants de Roissy), le Haut de Seine 107 071, le Val-de-Marne 97 619 …
C’est vrai qu’on va dire qu’il y a des millions de touristes dans Paris chaque année. Ce qui fausse les chiffres. (c’est vrai pour des coins très touristiques) Mais je suis tombé sur L’Express il y a 1 mois. Le magazine publiait les chiffres de la délinquances dans Paris Intra-Muros : le 15 ème, coin sans touristes, est le quartier le plus tranquille avec un taux de délinquance de 80 faits pour 1000 habitants. Mais,surprise, on trouve plus tranquille en banlieue : à Gagny, dans le 93, cet indice s’est élevé à 49,11 ! (source : site de la ville) . Pour Noisy-le-Sec le taux est de 63 !(source : site de la ville) ! Bon voilà ! Les chiffres sont là pour parler ! Arrêtons donc avec les clichés Paris/Banlieue.
J’ai vécu dans le sud de Paris, je travaille dans le nord aujourd’hui. J’ai beaucoup observé la sociologie de la ville. Regardons là de plus près aujourd’hui: des familles très riches (80 000 Euros/ans) ,souvent dans le sud-ouest et les familles défavorisés dans du logement social, dans le Nord-Est de la ville. A coté de ça il y les très très riches (stars, journalistes, hommes politiques …) et les célibataires (comme Maylis peut-être) qui vivent en location, là où les familles ne veulent pas vivre, c’est à dire dans des studios ou 2 pièces (la moitié des logements à Paris sont de ce type) La classe moyenne est en train de sortir de la ville. On en trouve encore un peux dans les quartiers Nord de la ville, ou en location dans le sud. Tous ça pour montrer que Paris intra-muros est très contrasté : des riches et des défavorisés cohabitent ensembles. En banlieue c’est des classes moyennes qui cohabitent avec des défavorisés.
Alors pourquoi les journalistes vont en banlieue pour trouver des cités ghettos pour leurs reportages, alors qu’ils ont ce qu’il faut à deux stations de métro ? J’ai mon idée là-dessus. Je pense simplement que beaucoup de journalistes nationaux, stars, hommes politiques, etc … habitent Paris intra-muros et ne veulent pas dévaloriser l’image de la ville. Pourquoi ? Car tout simplement ils ont placés pas mal de leur fric dans de l’immobilier, et je pense que dans leur tête il ne faut pas dévaloriser l’image de Paris pour ne pas dévaloriser leurs biens. Et plus on dévalorise la banlieue, plus on valorise Paris. Comme ça ils continuent à donner de la valeur à leurs immeubles…
Rédigé par: pierre | 03/05/2006 at 08:28
Pierre, il faut arrêter de dire que tout est dans tout et réciproquement. Les Français sont très forts pour essayer de démontrer le contraire de l'évidence avec des statistiques.
Vous donnez un nombre d'infractions brut pour Paris, mais vous ne le rapportez pas à sa population, très importante. Cela n'a aucun sens. Et qu'y a-t-il dans ce chiffre d' "infractions"? Les contraventions de stationnement sont-elles comprises là-dedans (c'est une infraction, mais ça ne contribue pas à l'insécurité)? Les abus de biens sociaux sont-ils compris (il y a à Paris une très grande concentration d'entreprises, mais ce délit n'alimente pas l'insécurité)?
J'ignore où vous habitez, mais si vous aviez le choix, où préféreriez-vous demeurer? Dans un quartier tranquille de Paris, ou à la Courneuve? Et ceux qui habitent à la Courneuve, vous ne pensez pas qu'ils seraient nombreux à préférer vivre à Paris, s'ils le pouvaient?
Il y a effectivement des enclaves, dans Paris, qui resemblent à la banlieue: forte population immigrée, grands ensembles, bagarres entre bandes, drogue, incivilités.
Mais ce ne sont que cela: des enclaves.
Et il y a aussi des banlieues chic et tranquilles.
Ce n'est pas de celles-là que parle Serge Michel dans son article.
Vous vous contredisez vous-mêmes en parlant des prix de l'immobilier à Paris: les villes chères sont les plus recherchées, et les plus recherchées ne sont pas celles où l'insécurité est la plus forte.
Laissez tomber les théories du complot. Les journalistes ne calibrent pas leurs articles pour maintenir la valeur de leurs appartements, si tant est qu'ils en possèdent. Les oeillères dûes au milieu dans lequel ils évoluent suffisent largement pour cela. Il y a eu de nombreux articles sur les quartiers dégradés de Paris, les places-fortes du trafic de drogue, Stalingrad, etc.
Et la profession de journaliste a beau être englobée par la population dans sa commune détestation des "élites", elle est plutôt sous-payée à formation égale, voire carrément précaire et très mal payée, en dehors des vedettes et de certains cadres.
Rédigé par: Robert Marchenoir | 03/05/2006 at 09:28
> yom: je ne connaissais pas cette réalité sur l'administration: merci pr cette info ;-) Pourtant je suis moi même fonctionnaire mais dans une profession où être français d'origine étrangère peut sembler plutôt comme un atout. Dans notre job pas de discrimination, mais j'ai bien conscience que ce n'est hélas pas une généralité. Là où je te rejoins complétement c'est sur les râtages de l'éducation nationale, où hélas règne une scolarité à 2 vitesses selon où tu résides (la fameuse carte scolaire), si tes parents sont en mesure de t'accompagner ds ta scolarité ou pas, t'aident à bien maitriser le langage, peuvent être un modèle identificatoire en terme d'insertion professionnelle ou pas, si ils habitent un appart assez grands pour que tu puisses faire tes devoirs correctement, etc... Si le sujet t'intéresse, il y a un sociologue spécialiste des mouvements urbains et des banlieues, Stéphane Beaud, qui a écrit à 4 mains avec un jeune résidant dans la région lyonnaise un bouquin passionnant, facile à lire mais assez hard sur le plan émotionnel et les certitudes de franchouillards que l'on a parfois, ça s'appelle "pays de malheur". Un vaste débat complexe, dans lequel je ne me lancerai pas ici. J'ai apprécié ta réf. à Bourdieu, qui m'a surtout fait sourire : je n'aimais pas trop le lire lorsque j'étais étudiante, trop paresseuse alors pr avaler ses pavés. Bonne journée!
Rédigé par: Maylis | 03/05/2006 at 10:24
Yom, je ne conteste pas vos propos sur le système éducatif français, mais restez honnête, la discrimination à l'embauche existe bel et bien dans le privé, particulièrement dans le métiers de représentation. Ce n'est pas être anticaptaliste que de dire ça, c'est admettre que le racisme prend des formes diverses et n'épargne aucune frange de la population. Pourquoi n'y aurait-il pas de patrons racistes ? J'aimerais que vous m'expliquiez ce curieux particularisme.
Rédigé par: Sebastien | 03/05/2006 at 11:10
D'un coté la france (Paris), de l'autre coté la banlieue parisienne. Allez vous faire voir. La province rurale vous méprise, parisiens ou banlieusards (vous êtes la meme chose).
CE COMMENTAIRE A ETE MODIFIE PAR L'ADMINISTRATION DU BLOG. IL UTILISAIT UN VOCABULAIRE INJURIEUX ET DEPLACE.
Rédigé par: fabrice | 03/05/2006 at 12:17
===> Bravo, Fabrice!
Ca, c'est de la réponse intelligente et argumentée. Mais, pourquoi dépenser de la thune sur Internet ? Ne serait-il pas plus simple et économique que vous foutâssiez et conchiâssiez votre petit lopin de terre, dans votre coin ? Notre pays est assez grand pour contenir tous les beaufs de la France - sans qu'ils viennent empuantir les débats de citoyens qui préfèrent se servir de leur tête... Et quand on parlera de merde, votre "opinion" -si l'on peut dire- sera peut-être bienvenue...
Rédigé par: Briardounet | 03/05/2006 at 12:36
Bonne remarque Robert sur les détails des chiffres. Je le précise dans mon post. Il y a beaucoup de touristes à Paris. Mais je peux comparer le 15 ème et par exemple Gagny dans le 93. Ce sont deux coins résidentiels. Il y a peux d’entreprises et peux de touristes. Et les chiffres montrent qu’il y a plus d’insécurité dans le 15 ème ! On ne trouve pas non plus les chiffres du stationnement. Je tiens les PDF à ta disposition. Pour les chiffres du 15 ème il faut voir l’Express.
J’imagine qu’un habitant d’une cité de la Courneuve veux quitter son Ghetto. Mais pas vraiment certain qu’il veuille de nouveau une cage à poule dans Paris au milieu du béton. Non je pense qu’il rêve plutôt d’ une maison dans le verdure avec un jardin. Et ça en banlieue on en trouve plein. Peut être dans la ville de La Courneuve. Si il en reste !
Car les prix ont explosés en 2005 !
Je crois que tu as pleins de clichés dans le tête martelé par les médias : paris=beau, banlieue=moche. Tu dois faire parti ce des Parisiens qui acceptent de payer une fortune des appartements de petite taille dans des tours pour mettre Paris sur la carte de visite. C’est ton choix.
Quand aux journalistes, il n’y a pas besoin de complot ou d’organisation pour réagir de la sorte. Merci de respecter mes propos et de ne pas me faire passer pour un parano. C’est simplement un reflex naturel de protéger ce qui nous appartient. Je ne comprend pas pourquoi ils vont se perdre dans des cités de banlieue pour faire leurs reportages sur les exclus. Je me répète : on trouve plein de cité dans Paris ou on trouve des exclus : Curial dans le 19 ème, la cité du 13 ème (visible du périphérique), dans le 18 ème, au sud du 15 ème, au sud 16 ème aussi. Et sans parler de cité : le quartier Stalingrad la nuit est un vrai coupe gorge. PARIS NE SE RESUME PAS A L’AVENUE MONTAIGNE.
Je propose une idée de reportage pour les auteurs de ce blog: des jeunes de la cité Blanqui de Bondy rencontrent des jeunes de la cité Curial de Paris.
Quand à Bourdieu, il raconte aussi que l’école n’a fait que reproduire les inégalités sociales. Elle n’a pas réussi dans son rôle d’ascenseur social. Même si notre niveau de vie augmente depuis 50 ans (nourriture, logement, santé, loisirs) , les inégalités de niveau de vie, se reproduisent de génération en génération : les fils d ‘Enarques ont des pères Enarques, les profs ont des pères profs, les employées de base on des parents employès de base … etc. Et de ça, on en est tous victime à notre niveau. Même si pour certain c’est plus dur.
Rédigé par: pierre | 03/05/2006 at 13:05
===> Pierre
Ce que dit Robert Marchenoir sur les "statistiques" et les "enclaves", c'est du bon sens. Je voudrais ajouter aux siens, un autre argument. Un argument "optique", qui concerne notre vision française. Et même franco-française. Vision, si l'on peut dire, puisqu'il s'agit d'aveuglement lequel est fort bien mis en lumière par Sege Michel.
Les "quartiers", c'est quoi ? Les "banlieues", c'est quoi ? Les "cités", c'est quoi ? Les "zones d'éducation prioritaires", c'est quoi ? Les "zones sensibles", c'est quoi ? Pour ne rien dire des "HLM", des "barres", des "4000", des "Minguettes", du "quatre vingt-treize", les "zones de non-droit" interdites à la police. Et je dois en oublier. Sans compter, le bouquet, "le communautarisme" qui, lui, rassemble toutes ces horreurs. En somme, tout ce que la République laïque et obligatoire vomit. Et entretient.
Et tout ça, c'est quoi ?
Deux choses. 1) Des lieux, généralement pauvres, où l'on a aggloméré des anciens colonisés et leurs enfants qui, eux sont citoyens français pour la plupart. Et souvent bronzés. 2) des lieux où s'exerce un racisme tellement innommable que les bons Français préfèrent les nommer par tous les euphémismes indiqués plus haut. "Racistes, nous? Certainement pas ! La loi républicaine nous interdit de nommer ou compter les gens d'autres ethnies, ou d'autres couleurs. Faut être un rosbif pour se livrer à ce genre de communautarisme !"
Nous autres Français - cartésiens de nature, bien sûr - on veut bien coller des étiquettes, mais certainement pas des étiquettes infâmantes pour la France Eternelle et Républicaine. Nous sommes pour l'Egalité, Monsieur ! Ah, mais ! Mais faudrait quand même pas que ces Bicots viennent installer Allah à la place de la Vierge Marie !" Racisme et aveuglement volontaire font bon ménage dans la France de ce début de siècle. Pour combien de temps encore ?
Rédigé par: Briardounet | 03/05/2006 at 13:27
toujours dans vos vieilles lunes...
j'ai lu que dans les coins perdus le desespoir sevissait aussi et sans reve de s'en sortir dans un lieu proche
le meme probleme se pose dans les anciens bassins industriels mais là les gens n'ont pas l'excuse si facile de la couleur...
Rédigé par: maxx | 03/05/2006 at 13:42
Juste pour dire que ca me faisait plaisir de relire une prose un peu plus travaillée que ce dont nous avions droit ces derniers temps.
Rédigé par: Yankee | 03/05/2006 at 13:42