Serge Michel, Monsieur le Maire Gilbert Roger et Kamel El Houari. photo: Nicolas Lieber
Hier soir avait lieu le lancement du livre «Bondy blog» à la bibliothèque de Bondy. Tout le monde était là : les journalistes de l’Hebdo venus spécialement pour l’occasion, les Bondy-bloggeurs, les dirigeants du RC Blanqui, les représentants des éditions du Seuil accompagnés de nombreux journalistes parisiens ainsi que le Maire de Bondy, Elisabeth Guigou et beaucoup d’autres bondynnois. Après les discours, pour rester fidèle à l’esprit du blog, nous avions préparé une interview du maire en direct et en public par les bloggeurs. Il a bien voulu se prêter à cet exercice. Voila ce que ça donne.
(Serge) Depuis novembre, de nombreux journaux français et étrangers ont parlé de l’expérience du Bondy blog. Mais pas un mot dans Reflet qui est le mensuel de la mairie de Bondy. Pourquoi ?
Je pourrais vous dire qu’il faut poser la question à la responsable de la communication mais je veux bien prendre un peu sur moi. Parfois il faut un peu de temps pour que les choses se fassent et que les gens se rencontrent. Cela dit, nous en avons parlé dans l’intranet et l’internet.
(Hakim) Monsieur le Maire, vous êtes également président des HLM, vice président du conseil général de Seine Saint Denis. Ce cumul de fonctions permet-il de bien vous occuper de votre ville ?
Je pense qu’il faut voir Bondy comme une unité inscrite dans un territoire plus vaste. La fonction de maire est très liée à l’action du conseil général et il est important d’être dans les deux instances pour être efficace. Je ne suis pas député. Elisabeth Guigou qui est là ce soir fait bien son boulot pour la circonscription. Par contre au niveau du conseil général, mon action y est justifiée.
(Sada) A Bondy, qu’est-ce qui a été fait concrètement après les violences de cet automne ?
Rien. Concrètement rien, beaucoup de choses ont été détruites, des abris bus, le chalet du bois de Bondy et 27 voitures. La commune n’a reçu aucune subvention pour reconstruire. Les propriétaires des voitures n’ont pas été dédommagés. Les associations qui ont déposé des dossiers de subventions n’ont pas vu arriver un centime d’euro dans leur caisse malgré les promesses du gouvernement. Une seule décision a été prise, c’est de nommer un préfet à l’égalité des chances. D’ailleurs, vous pourriez aller l’interroger.
Mais qu’avez-vous fait pour calmer les jeunes et prévenir de nouvelles émeutes ?
On a pris sur notre budget pour donner un peu plus d’argent aux associations, on aide par exemple le RC Blanqui. Nous avons aussi créé une maison de la parentalité, c’est un espace pour les parents, pour discuter et travailler ensemble sur l’autorité parentale, pour voir comment on peut aider les parents à trouver des solutions. Cette maison de la parentalité est déjà en fonction, mais on va l’inaugurer officiellement au mois de mai avec la CAF et la sécurité sociale.
photo: Nicolas Lieber
(Sada) On constate une fracture entre Bondy nord et Bondy sud. Au sud, on voit des constructions neuves, des travaux d’entretien. Mais au nord, les routes restent abîmées, les immeubles délabrés. Peut on dire que Bondy Nord est la banlieue de Bondy ?
Oui c’est vrai. Mais je crois que pour l’unité de la commune, on a plusieurs choses à faire. Il est difficile de franchir le canal de l’Ourcq et la nationale qui séparent la ville en deux. Trois cent soixante mille véhicules y passent chaque jour. Comment faire pour traverser cette nationale sans avoir l’impression de se faire écraser ? Nous avons fait des choses à Bondy nord, la halte jeux, le bois de Bondy, le palais des sports. Je crois qu’il faut rétablir l’équilibre et ne pas exagérer cette séparation. A l’époque, pour aller voir les fameux match PSG – OM au Parc des Princes, il fallait un bus pour les supporters du sud, et un autre pour ceux du nord. Je crois qu’on pourrait prendre un seul bus, y aller tous ensemble ! L’unité de la commune doit exister, on doit la créer. Pour étendre le lycée Jean Renoir nous allons occuper tout l’espace du lycée-collège actuel et nous allons créer un nouveau collège qui sera de l’autre côté du canal de l’Ourcq. Je vous assure que pour les habitants de Bondy sud, il est difficile d’admettre qu’il faudra traverser le canal pour aller au collège. C’est moins vrai dans l’autre sens, du nord vers le sud.
(Hakim) En tant que maire d’une ville d’immigration, que comptez vous faire pour que les français issus de l’immigration soit représentés ?
Au conseil de Bondy, nous avons Sidi Ahmed Salles, Hassina Embolet, Mohamed Moghrani ou Ali Zahi. Cette mixité-là, on l’a faite avec des femmes et des hommes qui s’engagent dans la vie politique. Je suis pour que les personnes qui résident dans une commune depuis au moins cinq ans puissent participer aux élections locales. Parce qu’ils ont un impact sur la vie locale et qu’ils y paient des impôts. Dans mon parti, je milite pour que si les socialistes reprennent la responsabilité du pouvoir en 2007, leur première loi concerne ce vote des immigrés, et que si le Sénat n’en veut pas, parce qu’il est resté à droite, cette question soit soumise au référendum, pour qu’elle soit vite réglée.
(Serge) Que pouvez vous faire de concret pour que les élections parlementaires de l’an prochain fassent enfin entrer à l’Assemblée nationale des gens issus de l’immigration ?
La question est complexe. Mon parti s’est engagé pour qu’un candidat sur deux soit une candidate. Et dans toutes les circonscriptions, les hommes de plus de soixante dix ans seront mis à la retraite. Quelques candidatures sont déjà arrivées, celles de Harlem Désir, de Kader Arif. On va commencer par des suppléances, et comme cela on aura des entrées.
photo:Nicolas Lieber
(Kamel) Vous voulez dire qu’il faut d’abord s’occuper des femmes, puis des homosexuels et que nous on passera après ?
Je veux dire que si on commence à dire que Sidi Ahmed Selles est d’une autre génération, on ne s’en sortira jamais. Au conseil municipal de Bondy, deux listes ont fait des efforts pour les immigrés, celle du PS et celle de Mohamed Moghrani. Et c’est sans doute pour cela qu’on s’est retrouvés avec Mohamed après l’élection. Je dis aux jeunes engagez vous. Comme la bataille contre le CPE, ce sont les jeunes qui la mènent. Engagez vous parce que cela ne servira à rien de se plaindre si on rate l’épisode de 2007.
(Mohamed) On dit que la population de Bondy est sous-évaluée dans le recensement de l’Insee et que vous mettez en place un recensement parallèle. Quels sont les avantages politiques et économiques d’accroître la population ?
Dans le recensement de l’Insee de 1999, il y a 47'000 Bondynnois. Ce sont des calculs qui distinguent les villes en fonction de leur taille et qui se font par sondages. Les calculs plus récents font état de 54'000 habitants. Cela devrait apporter au budget de la ville entre un et deux millions d’euros supplémentaires, soit presque dix millions d’euros si on remonte à 1999. Sauf que l’Etat est subtil, et que pour valider ces nouveaux recensements, il attend que toutes les villes de France aient été recensées, même les communes de 50 habitants. Cela n’aura donc pas lieu avant 2009. Je suis allé voir le préfet et j’ai proposé de mener un recensement par nos propres moyens, j’étais prêt à payer pour cela, mais j’ai compris que ça ne servait à rien. Cela dit, pour passer à l’échelon supérieur des dotations de l’Etat, il faut 80'000 habitants et nous en sommes loin, alors autant en rester là, à 50'000, on ne va tout de même pas se mettre à nouveau à construire des tours…
(Mohamed) En ce qui concerne la culture, Bondy a connu des heures de gloire dans les années 1990. De grands artistes sont passés chez nous. Aujourd’hui, il ne se passe plus grand chose. Dans les villes voisines, Bobigny, Aulnay, Blanc-Mesnil, les concerts sont très festifs. Ici, il y a quelques semaines, Sandrine Kiberlain a eu du mal à remplir la salle. N’est-ce pas un problème de programmation, inadaptée aux attentes de la jeunesse?
Sur la culture, de manière générale, nous essayons d’intéresser tous les publics. On essaie d’avoir une programmation culturelle classique, du théâtre, on essaie d’être éclectique dans les propositions. Par exemple demain il y a un concert de jazz (d’Omar Sosa et de Julien Lourau, ndlr) dans le cadre de Banlieue Bleue.
(Mohamed) Oui, mais cette programmation-là n’est pas bondynnoise.
C’est vrai, mais c’est pareil à Bobigny, beaucoup de concerts sont programmés par le Conseil Général. Cela dit, Sidi Ahmed Selles, l’adjoint aux cultures, est là juste derrière moi, et nous sommes ouverts à toute proposition, on n’a aucun interdit.
Madame Elisabeth Guigou. photo: Nicolas Lieber
(Sada) Pour conclure, on entend souvent les socialistes dire que la crise des banlieues, c’est la faute de la droite. En tant que maire socialiste, seriez-vous prêt à dire que vous avez aussi fait des erreurs ? Y a-t-il des choses que vous referiez différemment ?
Il faut reconnaître ses erreurs, c’est une très bonne chose. J’ai fait campagne pour le oui au référendum sur la Constitution européenne. Mais j’ai pris acte de la position des Bondynnois D’ailleurs, depuis, j’ai marqué un désaccord au PS et j’ai changé de courant. On a aussi fait quelques erreurs lorsqu’on a voulu continuer une urbanisation forte. Et j’ai entendu les critiques des habitants qui n’en voulaient pas. Actuellement, nous donnons une priorité aux enfants. On construit des écoles au lieu de boucher tous les trous dans les trottoirs. Une question de choix. Mais oui, il faut accepter la critique.
Le libraire de Blanqui, Jamal Sidqui, avec Florence Aubenas. photo: Nicolas Lieber