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Kamel avenue Montaigne

A l'image des journalistes parisiens qui se paient le grand frisson de la traversée du périph et débarquent en banlieue pour des reportages-choc, nous avons décidé d'envoyer des bloggers de banlieue couvrir la vie des Parisiens et des nantis en général. Cette chronique est la première d'une série que l'on pourrait intituler "Le Monde selon Kamel". Prochain épisode: Neuilly.

Img_8024 Je suis à 30 minutes de Bondy, par RER et métro direct entre Saint-Lazare et Alma-Marceau. En sortant de la station, je remonte l'avenue Montaigne. A droite, devant la boutique Prada, j'essaie de parler à deux femmes qui sortent du magasin. Mais des gardes du corps s'interposent. Les femmes entrent dans des limousines et disparaissent. Les gardes du corps refusent de dire d'où sont originaires leurs patronnes.
Un peu plus tard, au même endroit, je croise un jeune couple qui porte pas mal de sacs Dior et autres. Ils sont d'accord de répondre à mes questions. Ils sont Marocains de Casablanca. Ils disent qu'ils travaillent dur toute l'année alors que là, ils se font une semaine de détente à Paris. Ils sont dans le consulting. Je leur demande s'ils auraient envie d'aider les jeunes Marocains de banlieue qui ont eu moins de chance qu'eux. "Pour nous cela a été dur. On se lève tous les jours à 7 heures. Les jeunes en France, il faut d'abord qu'ils se mettent à travailler".
Plus loin, toujours sur le même trottoir, nous tombons sur Richard Garrucho, le responsable de la sécurité de Louis Vuitton.  Il accepte de répondre à mes questions. Mais selon lui, il n'y a aucun problème à l'avenue Montaigne. Le niveau de sécurité est très élevé, et que de toute façon le poste de police est à 200 mètres. Il dit que les jeunes de banlieue issus de l'immigration sont autorisés à entrer dans le magasin pour regarder les produits, et que cela arrive parfois. Il ne pense pas qu'il y ait des possibilités d'emploi pour les jeunes comme de porter les sacs des clients, parce que les magasins organisent cela eux-mêmes. Il m'invite quand même à revenir déposer mon CV.
Ensuite, je me suis placé devant chez Dior en espérant pouvoir poser des questions à des clients qui sortaient. Mais personne n'a accepté. C'est là que j'ai compris que dans ce quartier, si t'as pas de sacs, t'es pas dans le mouvement.
Il y avait une dame avec des sacs et deux chiens qui avaient des perles sur leur collier en cuir. Je lui ai demandé si elle avait une minute pour une interview. Elle a dit "Oh non, vraiment pas", mais après, elle est restée longtemps devant la vitrine Prada. D'autres dames qui prenaient leur temps m'ont dit: "Je suis très pressée" ou encore "je n'ai vraiment pas le temps".
Devant le café L'Avenue, j'ai remarqué une BMW garée juste sur le passage piéton. Il y avait une Rolls-Royce devant et les piétons devaient se faufiler entre les deux ou alors faire le tour. J'ai fait des signes à la dame, elle a baissé sa vitre. Je lui ai dit que je venais de banlieue, du 93, et que je faisais un reportage sur la vie des Parisiens. Je lui ai demandé si, à Paris, c'était autorisé de se garer sur un passage piéton, ou si c'était une habitude. "Non, l'habitude, c'est que le voiturier soit en retard", elle a dit avant de remonter sa vitre.
Je me suis dit que la France, c'est beau pour les yeux. Il y en a qui peuvent, et d'autres qui peuvent pas. Il y a ceux qui jouent le match sur la pelouse, et ceux qui regardent. Je commençais à avoir mal à la tête, d'avoir vu trop de riches.
C'est là que je remarque un groupe de photographe devant l'hôtel Plazza Athénée. Je me dis que ce sont des paparazzi et je vais leur demander quelle star ils sont en train de suivre. Philippe, le chef du groupe me dit qu'il n'est pas là pour ça, qu'il est là pour prendre des photos des belles voitures et qu'il y en a beaucoup Avenue Montaigne. Devant lui, il y avait une (autre) Rolls-Royce, une Ferrari 360 F1, une Lexus, etc. Il a dix ou quinze mille clichés à la maison. Il préfèrent quand les voitures sont vides, pour pas avoir d'ennuis avec les propriétaires. Il fait aussi des détails, les rétroviseurs, les phares, les ailerons, etc. On peut voir ses photos sur internet? "Non, parce que je passe des jours entiers dans le froid pour faire des photos, j'ai pas envie que des petits jeunes me les prennent gratuit pour les mettre sur leur blog."
C'est comme je vous disais, il y a ceux qui jouent le match et ceux qui le regarde. Philippe, en plus, il le photographie.
Kamel El-Houari, envoyé spécial à Paris

Pas d’équivalence aux urgences…

Photo_yolande_1Yolande est une jeune infirmière urgentiste à l’hôpital Jean Verdier de Bondy situé sur la nationale 3, entre Bondy nord et Bondy sud. Diplômée depuis 2001, elle n’échangerait pour rien au monde sa place avec quelqu’un. Elle a accepté de répondre aux questions du Bondy Blog et de raconter son travail au quotidien.

Pouvez-vous nous décrire une journée type aux urgences de Jean Verdier ?

Il n’y a pas de journée type aux urgences, ça peut être très calme ou complètement le contraire. Par exemple, en pédiatrie il y a un afflux souvent après la crèche.

Il n’y a pas de planning ni de programme défini à l’avance. On travaille heure par heure, 35 heures par semaine, 8h par jour et un week end sur deux. On fait une semaine de 6 jours de 8h et l’autre de 3 jours de 8h.

La différence avec le service normal c’est qu’ici c’est un service de transmission et par conséquent il faut toujours être prêt.

Y a-t-il une particularité à Jean Verdier ?

La particularité c’est qu’il y a la médecine légale, les urgences médico-judiciaires ; c'est-à-dire un service pour les personnes agressées physiquement (on est souvent face au viol ou aux simples agressions physiques) mais aussi pour les agresseurs parce que toutes personnes en garde à vue à le droit de voir un médecin.

Y a-t-il souvent des conflits au service des urgences ?

Ici on est dans un service de proximité.

Les personnes qui viennent nous voir ont attendu souvent le dernier moment car elles sont pour la plupart dans une situation de précarité. Elles préfèrent venir ici plutôy que voir un médecin généraliste, qui est payant.

Il y a souvent des conflits qui démarrent principalement à cause de l’attente.

Parfois des personnes viennent nous voir parce qu’elles ont été insultées, agréssées, d’autres fois des agresseurs reviennent « à la charge » dans la salle d’attente.

Vu qu’il y a le service de médecine légale, la police est présente. Ca peut aider comme ça peut être délicat, mais en général ça se passe plutôt bien.

Qu’est-ce qui vous motive dans ce métier ?

Ce service me plait… Je ne peux pas travailler dans un service routinier.

Ici c’est tous les jours la surprise !

J’aime ce métier parce qu’il est très intéressant, chaque jour je vois de nouvelles choses, je m’enrichis.

Si vous deviez donner quelques conseils à une personne souhaitant faire ce métier, que lui diriez-vous ?

Si on a peur de l’inconnu alors il ne faut pas travailler aux urgences.

Pour travailler dans ce service il faut le vouloir.

Les qualités requises sont évidemment la patience, il faut toujours garder son calme. Il faut aussi savoir ce que l’on fait c'est-à-dire maîtriser ses gestes.

Ici on est en première ligne, il n’y a presque pas de répit. Pour le public on doit être toujours opérationnel, on ne doit jamais manger ou presque (elle sourit), et chez soi la pression met un certain temps à redescendre mais c’est aussi ce qui fait qu’on aime ce métier.

On l’aura compris la vie aux urgences n’est pas facile, pourtant c’est aussi une expérience qui a l’air très enrichissante, alors si cela peut donner des vocations…

Par Elodie Arbey.

Photo : Hôpital Jean Verdier A P Hôpitaux de Paris

Ali Djilali : « A chacun de tracer son chemin identitaire »

Ali_djilalifamille Depuis des années, voire des décennies, les comédiens comme Smaïn ou Djamel Debbouze dégagent avec humour le fossé culturel auquel ils ont fait face dans leur jeunesse entre la culture maghrébine des parents et la culture française dans laquelle ils ont grandi en banlieue. De nouveau, il en est un qui se lâche à sa manière sur les planches dans son spectacle « 75% familles nombreuses ». C’est Ali Djilali. L’humoriste met en lumière un mixage de trois cultures : maghrébine, française et alsacienne.

Dans cette première mise en scène, l’artiste n’a pas besoin de plus qu’une chaise et deux projecteurs pour raconter avec précision comment dans les années 60, lui, ses parents et ses frères et sœurs ont débarqué en Alsace. De leur arrivée à la gare de Strasbourg à leur vie quotidienne au sein d’une cité HLM, il parle de sa mère, la « Mama » méditerranéenne par excellence, qui se débrouille pour demander la direction ne parlant pas un mot de français, la découverte de la « Kronenbourg », l’échange du couscous et de la choucroute entre voisins. En somme, une famille maghrébine qui se fond dans le décor entremêlé des familles Alsaciennes et des gitans. Tout cela avec des intonations, gestes et mimiques, ponctués de patois alsacien et de dialecte algérien.

A la fin de la représentation, j’ai eu l’occasion de demander à Ali Djilali son avis sur certaines questions qui tiraillent les banlieues françaises.

Qu’est-ce que ça fait d’appartenir à la culture alsaco-franco-maghrébine ?

A.D. : J’ai la chance de maîtriser trois langues à la fois. Mon regard sur la société est diversifié. Je retourne en Algérie régulièrement pour connaître la culture de mes parents. Ainsi, j’ai pu faire mon propre choix. J’aime l’humour qu’on retrouve au bled. Je crois que c’est à chacun de trouver son équilibre dans le mélange des cultures et tracer son chemin identitaire.

Actuellement, vous vivez dans une cité à Grenoble. Quand on dit banlieue = immigrés, qu’en pensez-vous ?

A.D. : Je vis dans une cité de 12000 habitants. C’est une ville dans la ville. Les immigrés sont la partie visible de l’iceberg. Le fait de voir une majorité d’enfants d’étrangers devant les halls d’immeubles ne veut pas forcément dire qu’il n’y a que cette catégorie de population. Il faut savoir que, par exemple, chez les Maghrébins, il est de coutume que les hommes se rencontrent dehors et les femmes se retrouvent à la maison. Chez les Français, ce n’est pas le même ordre social. Ceux-ci se retrouvent dans les cafés, restos, ciné, etc. Et puis, certaines familles sont trop nombreuses pour la surface des appartements qu’elles occupent. Alors les garçons les plus âgés sortent.

Que veut dire pour vous le terme intégration ?

A.D. : Je n’aime pas ce mot. J’avais 3 ans quand je suis arrivé en France. A cet âge, j’ai appris les langues française et allemande naturellement comme tous les autres enfants. En tant que fils de Maghrébin, je connais mieux la culture française que les Français de souche ne connaissent celle de mes parents. Je détiens plus de richesse. Parfois, j’ai envie de dire : à vous Français de faire un effort pour comprendre la culture des autres.

Pour visionner des extraits du spectacle et connaître les dates des prochaines représentations d’Ali Djilali, aller sur le site Internet : www.alidjilali.com

Par Nadia Boudaoud

APC recrutement : agir pour la compétence

Said_hammouche_1 Depuis quelques jours, nous avons évoqué les difficultés d’adaptation au marché du travail en particulier dans les quartiers.

D’un coté, des candidats qui  ne trouvent pas d’issue professionnelle malgré des compétences et des qualifications importantes.

De l’autre des employeurs qui se plaignent de ne pas trouver, sur le marché du travail, des candidats adaptés à leurs besoins.

APC recrutement est une association qui  a pour but de promouvoir la diversité  au sein des entreprises en proposant des candidats mis en avant pour leurs compétences, quelque soit leur différence.

Créé en Avril 2005, ce cabinet de recrutement associatif entre aujourd’hui dans sa deuxième année d’exercice ; le moment pour son directeur, Said Hammouche, qui a fréquenté lui aussi le lycée de Bondy de répondre aux questions du Bondy blog.

Pourquoi avoir crée APC recrutement ?

Nous sommes partis du constat que dans les quartiers populaires, il y avait des talents qui n’étaient pas mis en avant du fait de la force de certains préjugés, de certaines discriminations. Nous pensons que ces talents peuvent apporter une véritable valeur ajoutée aux entreprises et c’est pour cela que nous avons crée APCR.

Comment fonctionne cette association ?

Nous avons fonctionné pendant 8 mois avec une équipe de 20 bénévoles spécialisés dans les ressources humaines. Aujourd’hui, c’est une structure qui tourne avec cinq permanents.

Nous pré-recrutons des candidats, leur assurons des séances de coaching et nous les présentons en entretien aux entreprises en recherche de candidats.

Et un an après votre création, quels sont vos résultats ?

Nous sommes en partenariat avec environ 70 entreprises (Védior,

la SNCF

, Accenture…) Nous avons une base de données de 3000 candidats.

Et concrètement.

Nous avons placé à ce jour 50 candidats et accompagné 10 créateurs d’entreprise.

Agissez-vous dans le sens d’une discrimination positive ? Que pensez vous des quotas ?

La discrimination positive est dangereuse. Si on recrute à partir de quotas et non en fonction des compétences, on ne rend service ni aux candidats, ni aux entreprises.

En plus, il y a plusieurs formes de discrimination : sexuelle, territoriale, raciale, sociale…

Nous parlons plutôt de promotion des candidats issus des quartiers populaires.

Quels retours avez-vous eu sur les candidats placés en entreprise ?

Les retours sont très positifs. Les entreprises ont perçu l’intérêt de nos services. Nous avons eu par exemples des postes en CDD qui se sont transformés en CDI compte tenu de la qualité de certains candidats.

Comment va évoluer votre association ?

D’une association spécialisée dans le recrutement, nous proposons aussi notre savoir faire dans l’audit, le conseil et la formation su les thématiques de la diversité.

Le Bondy blog a rencontré Azouz Bégag il y a quelques temps pour parler d’égalité des chances, il ne nous a pas parlé de vous…

Aujourd’hui, la phase d’expérimentation est terminée et nous avons fait nos preuves. Nous sommes de plus en plus sollicités par les entreprises et nous proposons volontier de développer notre action à l’échelle nationale.

Propos recueillis par Mohamed Hamidi

Chaouki sur la BBC

ChaoukiDe nombreux médias ont parlé du Bondy Blog ces derniers jours, en raison de la sortie du livre. Nous n'avons pas fait de liens pour chacun d'entre eux. Vous trouverez des traces sur France Inter, RFI, France 3, Europe 1, Le Parisien, Télérama, 20 Minutes, le Nouvel Observateur et beaucoup d'autres. Mais voilà que Robert Marchenoir, fidèle lecteur du Bondy Blog et grand commentateur, nous signale l'apparition de notre blogger Chaouki sur la BBC, qui donne aussi le lien de notre site. Ainsi va son fabuleux destin, sec et ramassé comme seuls les Anglo-saxons savent le faire:
Take the story of Chaouki Aroua, a 24-year-old business graduate from Bondy, just north of Paris.
"I left university almost two years ago and I'm still looking for a decent sales job," he says.
"I can probably find work flogging tyres or soap, but I haven't studied for four years to do that.  I prefer being a cleaner."
In fact, that is just what he is. After cleaning underground stations every day, Chaouki returns to his parents' home - he cannot afford to get his own - and scans the internet for jobs.

Pour afficher la page complète (en anglais).

Le fabuleux destin d’un agent d’entretien

Agent_dentretien_2 Salim est un de mes collègues. Comme moi, il est chargé de l’entretien du métro parisien.

Tous les agents l’apprécient pour son sérieux, son amabilité, son sens professionnel.

En effet, Salim est quelqu’un qui s’attelle à la tâche tôt le matin puisqu’il commence à 6h. Dès son arrivée, il téléphone au bureau du chef pour savoir de quelle station il devra s’occuper, ou quelle dégradation il devra nettoyer.

Arrivée en France il y a à peine 3 ans, il est âgé de 27 ans et n’a pas d’enfant. Il a grandi dans la banlieue de Tunis, il est natif du nord de la Tunisie et il n’a connu que des galères et des misères chez lui. De petits boulots en petits boulots, il a du enchaîner les petits travaux pour subvenir à ses besoins, ceux de sa mère et ceux de ses 2 frères et sœurs. Sa mère est une femme âgée, et son père est décédé il y a maintenant 5 ans. Il était donc devenu depuis le père de la famille. Lui ne voyait qu’un avenir fait de galères, de misère mais s’en contentait car Salim est une personne qui relativise tout. Il se contente simplement de vivre et d’aider les autres, son mot d’ordre ne jamais se plaindre : «quand je vois que des gens ont perdu leurs 2 parents …je n’ai rien à dire».

Mais le destin en a voulu autrement, le 14 avril 2004 il aperçoit une jeune femme qui lui lance un sourire éclatant. Cette femme c’est Sana qui vient de la banlieue de Lille. Les deux ne tardent pas à s’échanger leurs numéros et ne se quittent plus. Régulièrement, elle fait la navette entre Lille et Tunis, et 1 an plus tard, ils se disent «oui». Aujourd’hui, Salim et Sana vivent à Paris, Salim est agent d’entretien et Sana travaille pour H&M. Ils se contentent de croquer la vie à pleines dents et quand on lui demande :  « t’en a pas marre du métro ? » sa réponse est sans équivoque : «quand on a vécu à Tunis, dans la misère et la galère, je remercie Dieu de m’avoir donné ce que j’ai».

Aujourd’hui Salim vient de déménager dans un appartement à Livry Gargan et souhaite faire passer un message : «la vie saura vous rendre le bien que vous ferez autour de vous !».

Par Chaouki Aroua

A la manif, toutes générations confondues

Cette manifestation regroupait plusieurs mouvements, il y avait des étudiants, des lycéens, des salariés du public, du privé, différents syndicats et même des sans papiers. Toutes les générations étaient confondues.

Dans l’ensemble tout se passait plutôt bien, mis à part quelques bandes qui agressaient parfois des manifestants pour leur dérober leur téléphone ou leur appareil photo, mais la police était très bien organisée et intervenait assez rapidement. Elle était aidée par des caméras placées sur les toits.

En milieu de marche, sur la place de la Bastille, nous avons interrogé deux étudiants parisiens et quatre lycéennes de banlieue (Villepinte)  pour avoir leur avis sur le CPE et sur ceux qui donnent une mauvaise image au mouvement.

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C’est en fin de marche que la tension s’est faite ressentir, les slogan ont laissé la place à la violence, certains manifestants déterminés voulaient en découdre avec les forces de l’ordre à coup de jets de pierre, de bouteille en verre, et de barre de fer.

De l’autre côté les CRS réprimandaient sévèrement les rebelles à coup de matraque et de gaz lacrymogène et interpellaient un maximum de manifestants violents. Cela nous rappelait les émeutes qui ont eu lieu dans notre quartier l’automne dernier.

Après 4 heures d’affrontements, les CRS ont mis en  route deux camions équipés de canon à eau et ils ont encerclé la place. Voyant la nuit tomber et le risque de se faire interpeller, nous avons pris la fuite vers la station de métro la plus proche.

Hakim Azzoug. Photos El Houari M. Kamel

Chat en direct

Ce jeudi, à 10h15, le site www.lemonde.fr organise un chat en direct sur le Bondy Blog. Avis aux amateurs, toutes vos questions sont bienvenues.

Le compte rendu complet du chat sur le lien suivant :

Quelle image des banlieues dans les médias français ?
LEMONDE.FR | 04.04.06
L'intégralité du débat avec Serge Michel, journaliste à l"'Hebdo" de Lausanne et Mohamed Hamidi, enseignant et rédacteur en chef du Bondy Blog, jeudi 6 avril.
© Le Monde.fr

"Il faut accepter la critique"

01bondy_1Serge Michel, Monsieur le Maire Gilbert Roger et Kamel El Houari. photo: Nicolas Lieber

Hier soir avait lieu le lancement du livre «Bondy blog» à la bibliothèque de Bondy. Tout le monde était là : les journalistes de l’Hebdo venus spécialement pour l’occasion, les Bondy-bloggeurs, les dirigeants du RC Blanqui, les représentants des éditions du Seuil accompagnés de nombreux journalistes parisiens ainsi que le Maire de Bondy, Elisabeth Guigou et beaucoup d’autres bondynnois. Après les discours, pour rester fidèle à l’esprit du blog, nous avions préparé une interview du maire en direct et en public par les bloggeurs. Il a bien voulu se prêter à cet exercice. Voila ce que ça donne.

(Serge) Depuis novembre, de nombreux journaux français et étrangers ont parlé de l’expérience du Bondy blog. Mais pas un mot dans Reflet qui est le mensuel de la mairie de Bondy. Pourquoi ?
Je pourrais vous dire qu’il faut poser la question à la responsable de la communication mais je veux bien prendre un peu sur moi. Parfois il faut un peu de temps pour que les choses se fassent et que les gens se rencontrent. Cela dit, nous en avons parlé dans l’intranet et l’internet.

(Hakim) Monsieur le Maire, vous êtes également président des HLM, vice président du conseil général de Seine Saint Denis. Ce cumul de fonctions permet-il de bien vous occuper de votre ville ?
Je pense qu’il faut voir Bondy comme une unité inscrite dans un territoire plus vaste. La fonction de maire est très liée à l’action du conseil général et il est important d’être dans les deux instances pour être efficace. Je ne suis pas député. Elisabeth Guigou qui est là ce soir fait bien son boulot pour la circonscription. Par contre au niveau du conseil général, mon action y est justifiée.

(Sada) A Bondy, qu’est-ce qui a été fait concrètement après les violences de cet automne ?
Rien. Concrètement rien, beaucoup de choses ont été détruites, des abris bus, le chalet du bois de Bondy et 27 voitures. La commune n’a reçu aucune subvention pour reconstruire. Les propriétaires des voitures n’ont pas été dédommagés. Les associations qui ont déposé des dossiers de subventions n’ont pas vu arriver un centime d’euro dans leur caisse malgré les promesses du gouvernement. Une seule décision a été prise, c’est de nommer un préfet à l’égalité des chances. D’ailleurs, vous pourriez aller l’interroger.

Mais qu’avez-vous fait pour calmer les jeunes et prévenir de nouvelles émeutes ?

On a pris sur notre budget pour donner un peu plus d’argent aux associations, on aide par exemple le RC Blanqui. Nous avons aussi créé une maison de la parentalité, c’est un espace pour les parents, pour discuter et travailler ensemble sur l’autorité parentale, pour voir comment on peut aider les parents à trouver des solutions. Cette maison de la parentalité est déjà en fonction, mais on va l’inaugurer officiellement au mois de mai avec la CAF et la sécurité sociale.

02_bondyphoto: Nicolas Lieber

(Sada) On constate une fracture entre Bondy nord et Bondy sud. Au sud, on voit des constructions neuves, des travaux d’entretien. Mais au nord, les routes restent abîmées, les immeubles délabrés. Peut on dire que Bondy Nord est la banlieue de Bondy ?
Oui c’est vrai. Mais je crois que pour l’unité de la commune, on a plusieurs choses à faire. Il est difficile de franchir le canal de l’Ourcq et la nationale qui séparent la ville en deux. Trois cent soixante mille véhicules y passent chaque jour. Comment faire pour traverser cette nationale sans avoir l’impression de se faire écraser ? Nous avons fait des choses à Bondy nord, la halte jeux, le bois de Bondy, le palais des sports. Je crois qu’il faut rétablir l’équilibre et ne pas exagérer cette séparation. A l’époque, pour aller voir les fameux match PSG – OM au Parc des Princes, il fallait un bus pour les supporters du sud, et un autre pour ceux du nord. Je crois qu’on pourrait prendre un seul bus, y aller tous ensemble ! L’unité de la commune doit exister, on doit la créer. Pour étendre le lycée Jean Renoir nous allons occuper tout l’espace du lycée-collège actuel et nous allons créer un nouveau collège qui sera de l’autre côté du canal de l’Ourcq. Je vous assure que pour les habitants de Bondy sud, il est difficile d’admettre qu’il faudra traverser le canal pour aller au collège. C’est moins vrai dans l’autre sens, du nord vers le sud.

(Hakim) En tant que maire d’une ville d’immigration, que comptez vous faire pour que les français issus de l’immigration soit représentés ?
Au conseil de Bondy, nous avons Sidi Ahmed Salles, Hassina Embolet, Mohamed Moghrani ou Ali Zahi. Cette mixité-là, on l’a faite avec des femmes et des hommes qui s’engagent dans la vie politique. Je suis pour que les personnes qui résident dans une commune depuis au moins cinq ans puissent participer aux élections locales. Parce qu’ils ont un impact sur la vie locale et qu’ils y paient des impôts. Dans mon parti, je milite pour que si les socialistes reprennent la responsabilité du pouvoir en 2007, leur première loi concerne ce vote des immigrés, et que si le Sénat n’en veut pas, parce qu’il est resté à droite, cette question soit soumise au référendum, pour qu’elle soit vite réglée.

(Serge) Que pouvez vous faire de concret pour que les élections parlementaires de l’an prochain fassent enfin entrer à l’Assemblée nationale des gens issus de l’immigration ?
La question est complexe. Mon parti s’est engagé pour qu’un candidat sur deux soit une candidate. Et dans toutes les circonscriptions, les hommes de plus de soixante dix ans seront mis à la retraite. Quelques candidatures sont déjà arrivées, celles de Harlem Désir, de Kader Arif. On va commencer par des suppléances, et comme cela on aura des entrées.

04_bondy_foule photo:Nicolas Lieber

(Kamel) Vous voulez dire qu’il faut d’abord s’occuper des femmes, puis des homosexuels et que nous on passera après ?
Je veux dire que si on commence à dire que Sidi Ahmed Selles est d’une autre génération, on ne s’en sortira jamais. Au conseil municipal de Bondy, deux listes ont fait des efforts pour les immigrés, celle du PS et celle de Mohamed Moghrani. Et c’est sans doute pour cela qu’on s’est retrouvés avec Mohamed après l’élection. Je dis aux jeunes engagez vous. Comme la bataille contre le CPE, ce sont les jeunes qui la mènent. Engagez vous parce que cela ne servira à rien de se plaindre si on rate l’épisode de 2007.

(Mohamed) On dit que la population de Bondy est sous-évaluée dans le recensement de l’Insee et que vous mettez en place un recensement parallèle. Quels sont les avantages politiques et économiques d’accroître la population ?
Dans le recensement de l’Insee de 1999, il y a 47'000 Bondynnois. Ce sont des calculs qui distinguent les villes en fonction de leur taille et qui se font par sondages. Les calculs plus récents font état de 54'000 habitants. Cela devrait apporter au budget de la ville entre un et deux millions d’euros supplémentaires, soit presque dix millions d’euros si on remonte à 1999. Sauf que l’Etat est subtil, et que pour valider ces nouveaux recensements, il attend que toutes les villes de France aient été recensées, même les communes de 50 habitants. Cela n’aura donc pas lieu avant 2009. Je suis allé voir le préfet et j’ai proposé de mener un recensement par nos propres moyens, j’étais prêt à payer pour cela, mais j’ai compris que ça ne servait à rien. Cela dit, pour passer à l’échelon supérieur des dotations de l’Etat, il faut 80'000 habitants et nous en sommes loin, alors autant en rester là, à 50'000, on ne va tout de même pas se mettre à nouveau à construire des tours…

(Mohamed) En ce qui concerne la culture, Bondy a connu des heures de gloire dans les années 1990. De grands artistes sont passés chez nous. Aujourd’hui, il ne se passe plus grand chose. Dans les villes voisines, Bobigny, Aulnay, Blanc-Mesnil, les concerts sont très festifs. Ici, il y a quelques semaines, Sandrine Kiberlain a eu du mal à remplir la salle. N’est-ce pas un problème de programmation, inadaptée aux attentes de la jeunesse?
Sur la culture, de manière générale, nous essayons d’intéresser tous les publics. On essaie d’avoir une programmation culturelle classique, du théâtre, on essaie d’être éclectique dans les propositions. Par exemple demain il y a un concert de jazz (d’Omar Sosa et de Julien Lourau, ndlr) dans le cadre de Banlieue Bleue.

(Mohamed) Oui, mais cette programmation-là n’est pas bondynnoise.
C’est vrai, mais c’est pareil à Bobigny, beaucoup de concerts sont programmés par le Conseil Général. Cela dit, Sidi Ahmed Selles, l’adjoint aux cultures, est là juste derrière moi, et nous sommes ouverts à toute proposition, on n’a aucun interdit.

05_bondy_el_g_1 Madame Elisabeth Guigou. photo: Nicolas Lieber

(Sada) Pour conclure, on entend souvent les socialistes dire que la crise des banlieues, c’est la faute de la droite. En tant que maire socialiste, seriez-vous prêt à dire que vous avez aussi fait des erreurs ? Y a-t-il des choses que vous referiez différemment ?
Il faut reconnaître ses erreurs, c’est une très bonne chose. J’ai fait campagne pour le oui au référendum sur la Constitution européenne. Mais j’ai pris acte de la position des Bondynnois D’ailleurs, depuis, j’ai marqué un désaccord au PS et j’ai changé de courant. On a aussi fait quelques erreurs lorsqu’on a voulu continuer une urbanisation forte. Et j’ai entendu les critiques des habitants qui n’en voulaient pas. Actuellement, nous donnons une priorité aux enfants. On construit des écoles au lieu de boucher tous les trous dans les trottoirs. Une question de choix. Mais oui, il faut accepter la critique.

06_bondy_flo         Le libraire de Blanqui, Jamal Sidqui, avec Florence Aubenas. photo: Nicolas Lieber

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