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Ambiance de feu pour la finale.

Photo068 Pour la finale PSG -Olympique de Marseille, les mesures de sécurité sur la ligne D du RER  ont été renforcées. Sur le quai de la gare du nord, il y a presque plus de policiers et d’agents de la SNCF que de passagers.  La dernière rencontre entre les deux équipes au parc des princes avait suscité de nombreuses polémiques et pour cette finale de la coupe de France, les esprits sont chauffés à blanc. La ligne E du RER qui va vers Bondy est beaucoup plus calme et la tension que l’on pouvait sentir jusque là retombe subitement.

Rue Blanqui, quartier Sud de Bondy qui avait accueilli les journalistes suisses de l’Hebdo, un café a déployé un grand écran, dégagé les tables et aligné des chaises en rang d’oignons.

Les plus jeunes du quartier occupent les premiers rangs, les yeux rivés sur l’écran qui affiche les compositions des deux équipes.

Les vannes commencent à fuser.

La salle est à moitié marseillaise, à moitié parisienne. Il y a une cinquantaine de personnes pour l’évènement.

Maria, la patronne, s’active derrière son bar et Mehdi le serveur porte un maillot marseillais floqué du logo de la compagnie aérienne Khalifa, un « collector ».

On boit beaucoup de café, du coca, quelques bières.

Jojo, dont Kamel el Houari avait fait un portrait sur le blog est scotché au bar, heureux d’être dans cette ambiance électrique.

Il y a même en plein milieu de la salle, une table de 4 malentendants, deux jeunes hommes avec écharpes phocéennes et deux jeunes filles qui font des gestes de plus en plus amples pour communiquer, comme pour mieux se faire comprendre dans le brouhaha qui commence à monter.

Quand le match commence à 20H45, les derniers spectateurs arrivent encore.

A peine 5 minutes et le PSG marque un but. Un tir de 20 mètres qui transperce le but de Barthez après avoir ricoché sur la barre.

La salle explose, certains sautillent devant l’écran d’autres lâchent des insultes

Pendant 5 minutes, on commente, analyse, critique…

Le match continue.

A chaque faute, on se lève, on montre le carton à l’arbitre. A chaque action, toute la salle penche la tête. L’image du rétroprojecteur se brouille deux secondes et demi. La salle siffle.

A la mi-temps, on sort le baby foot devant l’écran, on va prendre l’air et puis les choses se remettent place.

2-0 pour Paris puis 2-1, Marseille tente de revenir au score.

Rien à faire. Cette fois c’est terminé, PSG remporte la finale.

Apparemment, le match très sensible s’est déroulé sans trop d’incidents au stade de France.

Sur le chemin de Blanqui, on refait le match.

Par Mohamed Hamidi

Par amour…

Autour de moi, près de chez toi, des femmes et des hommes se parlent, se comprennent et s’aiment. Ils sont juifs, chrétiens ou musulmans et pourtant, partagent les mêmes sentiments. Ils ont besoin de se croiser, d’être ensemble, de s’engager ensemble… de vivre ensemble. Quand il s’épuise, elle le soutient, l’encourage. Quand elle pleure et s’isole, il la réconforte, la console.

Elle croit, lui est animé par une foi. Ils habitent le même quartier et fréquentent la même université. Ils prennent le temps de se parler, s’arrêtent pour échanger un point de vue, partager des idées. De ces petites discussions naît une grande relation. Et puisqu’ils se rencontrent souvent, ils décident de se voir régulièrement. Mais, pour que leur union soit possible, il doit se convertir. Prendre l’islam pour religion, telle est la condition. Il ne se sent pas prêt, mais il refuse l’idée de l’abandonner.

Il évoque avec elle ses projets, souhaite l’emmener ailleurs, quitter la cité, et lui propose une vie meilleure.

Il lui explique qu’il l’aime de tout son cœur, qu’elle est son cœur et que « ce qui compte c’est notre bonheur ». Elle lui dit : « je te le concède ». Au début, elle hésite, puis finalement cède. Elle fuit avec lui et suit cet amour tant idéalisé, pensant que vivre l’amour idéal est aisé. Mais, les blessures se font sentir, se multiplient, s’intensifient.

Elle aimerait tant revoir sa famille. Elle a envie d’embrasser sa mère, d’enlacer son petit frère, de serrer très fort son père. Elle pense (énormément) à ses parents. Ils lui manquent tellement.

Pour être à ses côtés, elle a tout sacrifié. D’abord ses études, ensuite son foyer.

Une musulmane et un chrétien peuvent-ils cohabiter, se marier sans être habités par un sentiment de culpabilité ?

Il la questionne, elle s’interroge. Est-ce interdit ? Ai-je le droit ?

Elle se souvient des discours de son père, se rappelle les paroles de sa mère, sur la religion, la culture. Toujours pratiquer, ne jamais oublier.

Parfois, elle se recueille. Et dans l’intimité, les yeux mouillés, les mains levées vers le ciel, elle invoque et espère.

Lui, l’observe, il ne sait que faire. Impuissant, il la regarde. Elle est triste et malheureuse ; il donnerait tout  pour la voir sourire, être heureuse.

Il tient à elle alors il essaie, l’interpelle mais elle répond par le silence, l’esprit ailleurs, elle pense.

Il l’aime tellement, il l’aime vraiment. Au plus profond de son âme, il le sait. Sa tête le comprend, son cœur le sent. Il s’en veut d’être parti, d’avoir fait ce choix. Il regrette mais ne désespère pas.

Que faire ? Par amour pour elle, il entreprend une quête spirituelle. Il veut comprendre, apprendre l’islam.

Sa connaissance sur le sujet se limite aux cinq piliers que tout musulman doit respecter, appliquer.

Il pense aussi à l’image négative qui est parfois véhiculée. Mais, intelligent, il sait qu’il ne doit pas déplorer, détester sans avoir au préalable étudié.

Se convertir est un choix mais avant de choisir, il doit donc s’instruire. Il a toujours en mémoire les propos de son ami, maître de conférences, qui lui a appris qu’aucun choix ne peut être légitimé par l’ignorance.

Alors il lit, étudie, s’instruit. Et, sans contrainte, il se convertit.

Aujourd’hui, ils sont mariés et leur complicité durera pour l’éternité.

Ce texte est pour ceux qui ont réussi leur vie à deux et tous ceux qui espèrent trouver l’amour près d’eux.

Par Rachid Boumriche       pour Brahim M. et  Yasmina B.

Club de Prévention et d’Initiation aux 2 roues (C.P.I.2.R.)

Photo_association_1

La moto tous terrains et le quad sont des loisirs que beaucoup de jeunes des cités de Bondy apprécient, mais cette passion cause pas mal de désagréments.

Par manque de moyens, de nombreux jeunes utilisent leurs motos destinées au cross dans leur cité et à travers la ville, inconsciemment, en mettant en danger leur vie et celle des autres.

Ils négligent souvent le casque et ne tiennent pas compte que ces motos sont très bruyantes et ne sont pas homologuées, donc pas assurées pour la route. Suite à des plaintes pour nuisance, ces expéditions se transforment parfois en rodéo avec la police qui se trouve dépassée et qui doit souvent intervenir plusieurs fois dans la journée.

De temps en temps, quand les moyens me le permette, j’organise avec les jeunes des randonnées dans des terrains et des forêts préparées pour les engins de cross pour qu’ils se rendent compte à quelle point c’est plus amusant, plus passionnant et sécurisant pour eux.

C’est pour éviter que cette passion se transforme en drame, que j’ai décidé de créer une association, C.P.I.2.R dont les statuts ont été récemment déposés et validés par la préfecture. Cette association est basée sur la prévention et l’initiation de la moto en essayant de structurer et d’encadrer les jeunes de tous âges.

Quels en seront principales les actions :

-         cours de prévention sur la moto dans les écoles et maisons de quartier,

-         initiation à la moto et au quad dans des terrains appropriés,

-         ateliers de mécanique moto.

Pour cela, il nous faut des moyens aussi bien financiers que matériels et nous avons donc entrepris des démarches auprès de la ville de Bondy et du Conseil Général ainsi qu’auprès de différents sponsors.       

Nous espérons obtenir les moyens nécessaires pour venir à bout de cette entreprise qui sera bénéfique aussi bien pour les jeunes que pour la commune.

                                                                                                                     

Par Hakim Azzoug

Un bondynois à Roissy

Bagagiste_photo_1 Alors que Philippe De Villiers vient de sortir son nouveau livre : "les Mosquées de Roissy ", un jeune Français de religion musulmane se bat pour réussir professionnellement dans les murs de Roissy.

J'ai rencontré Momo, un jeune Bondynois de 23 ans d’origine marocaine, troisième d'une famille de 4 enfants, vivant encore chez sa mère à Bondy Nord.

Depuis la mort de son père, Momo voit la vie autrement. Il ne pense qu'à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille.

Après avoir obtenu son CAP en 1999 en bâtiment, il est tout de suite entré dans la vie active. D'abord comme agent de sécurité piétonne à la sortie des écoles puis comme manœuvre en bâtiment. Depuis 1 an et demi il est bagagiste à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle.

Dynamique, sans permis de conduire et avec des horaires très difficiles, il ne manque pourtant pas une journée de travail.

«J'ai besoin de thune (argent)», m’explique- t- il.

Mohamed a répondu à quelques questions sur sa vie de jeune Bondynois à Roissy.

Comment as-tu fait pour trouver ce travail ?

J’ai postulé pour un poste de nettoyage à Roissy et vu qu’il n’y avait plus de place, le recruteur m’a conseillé une agence d’intérim qui cherchait des bagagistes.

J’ai commencé par des petites missions pour me former et depuis je travaille pour eux.

Quelles sont les pièces demandées pour le dossier d'inscription ?

Ils ont demandé beaucoup de pièces en tout cas. Une photocopie de la carte d’identité, la carte vitale, un RIB, un CV et lettre de motivation et un extrait du casier judiciaire.

Quels sont les profils des personnes qui travaillent avec toi ?

Il y a autant de jeunes que de moins jeunes. Il y a aussi des personnes avec un BAC plus 5 qui n’arrivent pas à obtenir un emploi et qui se retrouvent bagagistes. C’est triste mais quand on n’a pas trop le choix c’est comme ça.

As-tu vu M. Sarkozy le jour où il est venu à Roissy ?

Non car il n’était pas venu dans mon secteur.

Sarrkozy se prend un peu trop pour Dieu. Il dit qu’on n’est pas intégré. Bientôt il faudra changer de nom, prénom, de coutumes, manger du porc et boire du vin à table pour être bien s’intégrer.

As-tu entendu parlé du livre de Philippe De Villiers sur les Mosquées à Roissy ?

Oui, vite fait !

Et qu’en penses-tu ?

C’est du n’importe quoi ! A Roissy, la sécurité est très forte. Un jour à mon travail pendant le déjeuner j’ai pris une fourchette en métal, un agent de sûreté me l’a retiré des mains en disant que ça pouvait être considéré comme une arme blanche ! Donc je ne vois pas comment on pourrait glisser quoi que ce soit dans les bagages…Je tiens à ajouter une chose : malgré mon badge d'identité, je me sens considéré comme un immigré à Roissy. Il y a des contrôles en permanence, des vérifications des papiers et des badges... Enfin, je n'ai jamais vu de mosquée sur mon site de travail, alors que dans la zone des départs passagers, on en trouve une (ainsi qu’une église et une synagogue).

Voila donc l’exemple d’un jeune Français  de religion musulmane vivant en banlieue et qui ne demande qu’à travailler et avoir un avenir dans ce pays et ils sont nombreux sur Roissy. Mais il est vrai que pour certains en France, Islam et étranger riment avec danger.

Par Essy

Kamel chez Sarko

A l'image des journalistes parisiens qui se paient le grand frisson de la traversée du périph et débarquent en banlieue pour des reportages-choc, nous avons décidé d'envoyer des bloggers de banlieue couvrir la vie des Parisiens et des nantis en général. Après l’Avenue Montaigne, cette chronique est la seconde d'une série que l'on pourrait intituler "Le Monde selon Kamel". Prochain épisode: le Louvre.

Img_0094 Il a fallu changer deux fois de métro mais le trajet de Bondy à Pont de Neuilly, sur la ligne 1, n’a pas pris plus de 45 minutes et coûte toujours 2,65 euros. On se croit dans un autre monde. Les rues sont propres, larges, et vides parce que c’est samedi. De chaque côté, il y a des sièges de grandes sociétés qui doivent payer beaucoup d’impôts. On entend aussi des oiseaux, pas comme à Bondy.
Je suis venu pour voir si Neuilly, c’est le paradis. C’est la question que j’aimerais poser aux habitants. Mais il n’y a personne. Sur les marches d’une église, à côté de la station de métro, je vois une vieille mendiante. Je lui donne un euro et lui demande si c’est beaucoup mieux de mendier ici que dans le 93. Elle ne comprend pas, elle parle seulement roumain.
Alors je cherche le centre ville. Là, je vois un épicier arabe qui a l’air de faire de bonnes affaires. Il me dit que le paradis, il n’est pas sur terre, il est chez le Bon Dieu. Pour les autres questions, il ne peut pas répondre, c’est son frère qui sait tout mais il n’est pas là.
Juste à côté, j’entre dans un magasin de meubles, Ka International. Je demande au gérant s’ils ont aussi des problèmes, à Neuilly. « Des problèmes ? Euh non pas trop ». Après, il réfléchit et dit que le seul problème, c’est qu’il se font piquer des autoradios. Il dit que ses clients sont surtout des femmes, entre 30 et 70 ans, avec un fort pouvoir d’achat, et qu’elles sont toutes en vacances. Je lui demande si sa manière de parler, comme ça, précieuse, c’est un style ou si c’est naturel. « Oui ben oui, il dit, c’est ma façon de parler. Disons que c’est un style qui devient naturel ! »
De retour dans la rue, je m’arrête devant la vitrine d’une agence immobilière, rue du Château. Je n’ai jamais vu ça, au lieu des annonces sur du papier avec des photos, c’est un écran plat qui montre chaque appartement ou maison en vente. Il y a une dame âgée en fourrure qui regarde un écran pour un 2 pièces à 340'000 euros. Je lui dis que pour ce prix-là, elle aurait quelque chose de super bien dans le 93. Elle dit : « Ah oui, mais je ne veux pas y aller dans le 93 ! Ici, c’est calme, c’est sympathique ».
- Est-ce que vous avez quand même des problèmes ?
- Les problèmes c’est les gens qui traversent le pont et qui viennent faire des cambriolages. Mais on peut pas couper le pont, on est pas une forteresse.
- Est-ce qu’il y a un quartier chaud, à Neuilly ?
- Non, ça on n’a pas.
- Est-ce que vous avez des pauvres ?
- Ah ça oui. Moi par exemple, je suis pauvre.
- Pauvre et vous cherchez un appartement à 340'000 euros ?
- Oui, enfin, tout est relatif.
Cette dame me dit encore qu’elle s’appelle Caroline, qu’elle était prof de gymnastique féminine à la retraite et que Sarkozy était un bon maire et qu’il ferait un très bon président.
J’entre dans un institut de beauté, Pretty Woman, et je demande s’il y a des problèmes à Neuilly. La dame, qui s’appelle Françoise, dit : « Aucun ». Et puis elle réfléchit et dit qu’il y a des cambriolages. Je demande si Cécilia Sarkozy est l’une de ses clientes. « Non, c’est pas assez luxueux pour elle. Elle va sûrement dans des salons plus cher à Paris, pour que cela reste anonyme. Je demande aussi s’ils ont un LeaderPrice à neuilly. Elle dit non, qu’elle n’est jamais allée dans un LeaderPrice, mais qu’elle sait ce que c’est, parce qu’elle a vu un reportage à la télé.
Pour l’instant, le seul problème que j’ai trouvé à Neuilly, c’est les voleurs venus d’ailleurs. Dans la rue, je demande à une dame avec un chien si elle en voit un autre. Elle dit d’abord que non, et puis elle dit qu’il y a des vrais pauvres à Neuilly et qu’elle en connaît un qui a le RMI. Elle le sait parce qu’elle lui louait un studio à 400 euros. Et le problème, c’est que ça a été très compliqué de le mettre dehors et que maintenant il est logé par la Mairie.
En continuant ma route, je croise David (prénom modifié), un jeune homme juif portant la kipa. Il se rend à pied à l’île de la Jatte et veut bien me montrer le chemin. C’est l’endroit le plus chic de Neuilly. C’est aussi là-bas qu’habite Nicolas Sarkozy. D’après David, qui est chef de projet informatique, l’île de la Jatte, c’est pour les fortunes internet (les nouveaux riches). Ceux qui sont blindés à la base ont un autre coin, mais je n’ai pas compris le nom. Lui non plus ne voit aucun problème à Neuilly.
Img_0095 Sur l’île, en plus de la propreté, des oiseaux et des belles maisons, il y a aussi des bordures fleuries. David m’indique la direction du boulevard Vital Bouhot où habite Sarko, et il s’en va. Là, toutes les maisons sont les mêmes mais c’est trop facile de reconnaître la bonne, au no. 41, parce qu’il y a trois CRS armés devant la porte. Ils ne veulent pas parler et nous disent d’aller voir leur chef, qui est dans le fourgon Boxer garé en face. Le chef non plus ne veut pas parler. En plus, il contrôle mes papiers. Pas le droit de photographier la maison, à cause du plan Vigipirate. Alors je pose devant le no. 39, juste à côté. C’est la même maison avec les mêmes fleurs. Là, un monsieur sort de sa voiture. Il apporte du pain à sa fille qui habite ici et qui travaille dans la pub. Il dit qu’il n’y a aucun problème à Neuilly, même pas de cambriolage, parce qu’avec les CRS de Sarko, on peut dormir tranquille. En résumé, le paradis sur terre, c’est pas Neuilly, mais c’est le boulevard Vital Drouhot, pas trop loin du numéro 41.
Kamel El-Houari, envoyé spécial à Neuilly

Sortir de Bondy pour accomplir sa vie homosexuelle

Il vit avec son petit copain dans une ville du 93 limitrophe de Paris. Il, c’est Denis (prénom modifié), qui a quitté Bondy vers l’âge de 18 ans juste après avoir obtenu son bac. C’est à ce moment qu’il a commencé à vivre pleinement son homosexualité. A 32 ans, il revient de temps en temps dans sa banlieue natale voir sa mère et quelques amis. De sa voix grave, Denis explique avec recul ce qui le caractérise depuis toujours :

Comment s’est déclenchée ton homosexualité ?

Je l’ai plutôt découverte. J’ai pris conscience que les premiers signes remontent à l’âge de 6 ans. Pendant mes années de lycée, je sortais tantôt avec des filles, tantôt avec des garçons. Mais seulement un ou deux amis le savaient, pas plus. A cette époque, il n’était pas envisageable d’afficher son homosexualité. Surtout pas en banlieue. Et puis, l’adolescence est une période assez ambiguë : mon premier copain, Marocain, est aujourd’hui marié, il a des enfants, et une maîtresse de surcroît ! Après mon bac, je suis allé volontairement étudier en province pour enfin me retrouver face à ma vraie sexualité.

Pourquoi ne pouvais-tu pas t’accomplir en banlieue ?

Beaucoup de gens, y compris mon père, veulent se persuader que l’homosexualité est un choix. Mais je n’ai pas choisi d’être homo. Je l’ai accepté, c’est tout. D’autre part, le code des valeurs met la virilité comme étalon. Seule la sexualité masculine est vue dignement. Le sexe féminin vaut pour insulte. L’homosexualité n’est pas considérée comme quelque chose de viril, alors l’homo est qualifié d’enculé, d’entubé, d’empaffé, etc. Combien de fois mon père a ridiculisé les homos ! C’est autant d’agressions que je me suis pris en pleine gueule. Il m’a fallu sortir de Bondy pour dépasser ces codes sociaux.

Te sens-tu libre ?
Je préfère accepter l’homosexualité que je n’ai pas choisi, et suivre mon propre désir, plutôt que de me soumettre à des impératifs sociaux. La sexualité est une affaire de corps. C’est un moment exclusivement intime que je vis avec une personne consentante. Nous partageons le même plaisir.

Comment envisages-tu l’avenir de ton couple, la question des enfants ?

Je suis contre tout mariage et je ne désire pas d’enfants. C’est lié à mon côté égoïste. Je suis aussi très méticuleux, je ne pourrais pas prendre l’éducation à la légère. Alors, avoir des enfants serait une tâche pénible. D’autre part, je reste convaincu que l’équilibre d’un enfant passe par la présence d’un référent masculin et d’un référent féminin. Mon compagnon aimerait adopter un enfant, mais je lui rappelle souvent qu’il a déjà du mal à s’occuper de lui…
Cela dit, je regrette que nous n’ayons ni la même place dans la société ni les mêmes droits que les couples hétérosexuels. Ceux qui ne veulent pas d’enfants comme moi ou qui se révèlent stériles ont bien le droit de se marier !

Selon toi, le regard de la société sur les homosexuels a-t-il évolué depuis tes années de lycée ?
A l’époque, c’était tabou. Aujourd’hui on en parle, mais pas de façon très juste. Les événements culturels comme la Gay pride et la loi sur le PACS ont contribué à banaliser l’homosexualité et à la rendre recevable. En même temps, les médias ont tendance à former une culture homosexuelle, avec par exemple des chaînes de télévision dédiées spécialement aux homos. Dans les émissions de télé réalité, l’homo est souvent stigmatisé : c’est le mec maniéré qui se teint les cheveux en blond et n’a pas grand chose à dire. Dans ce cas, les clichés peuvent vite conforter des réactions méprisantes vis-à-vis des homos et inciter ceux-ci au repli communautaire. J’estime appartenir à la société dans son ensemble, non à une communauté homosexuelle ou banlieusarde.
Propos recueillis par Nadia Boudaoud

Une autre délicatesse suisse pour le 9-3

Rogerl93ight Les Suisses ne se sont pas contentés de créer un blog à Bondy, lequel a plus fait parler de la ville en six mois dans la presse française que durant les décennies précédentes. Ils ont aussi lancé une montre spéciale pour la Seine-Saint-Denis, que nous vous laissons admirer ci-contre. C’est le joaillier Roger  Dubuis, installé à Meyrin, dans la banlieue de Genève, qui a eu cette délicate attention pour les banlieues de l’est parisien. Sa nouvelle collection « Toomuch » porte en effet haut le matricule de notre département, en chiffres incrustés de diamants. La série est limitée à 888 exemplaires, ce qui est un peu dommage puisque les habitants de Bondy, pour ne prendre qu’eux, sont déjà 54'000 à en croire le décompte privé du maire.
La boîte de ce petit bijou est d’or gris 18 carats, poli et satiné. Les lunettes et les cornes sont serties de diamants. Le cadran est de nacre blanche, le cœur et la larme sont sertis et pavés de rubis. Ces montres sont étanches jusqu’à 30 mètres, ce qui devrait suffire pour le canal de l’Ourcq. Le bracelet est lui aussi d’or gris serti de diamants. Le prix ? Il n’est pas communiqué, mais le modèle précédent de la collection « TooMuch », qui ne comportait que la moitié des pierres précieuses de celui-ci, était vendu à 21'500 dollars. Soyons francs : même en Suisse, ce genre de montre est surnommé Bling Bling, parce qu’à part donner l’heure, sa fonction principale est de taper dans l’œil.

Comment Science Po est en train de réussir sa démocratisation

Jean_renoir_1 Au début de l’année 2001, jugeant que si la démocratisation de l’accès à l’école était dorénavant acquise dans notre pays, le directeur de Sciences Po Richard Descoings constatait cependant que l’égalité face à la réussite scolaire « était en panne » puisque 81% des admis chez lui en première année étaient issus des catégories sociales supérieures (chiffre de 1998). C’est pourquoi, une diversification du recrutement de l’IEP de Paris était proposée par la mise en place d’une nouvelle procédure d’admission. L'Hebdo, quand il était à Bondy, a parlé deux fois de ce sujet: le 8 janvier et le 12 janvier.
Adoptée par le conseil de direction de l’IEP de Paris le 26 mars 2001, la réforme était diversement accueillie par les enseignants de l’Institut, par les autres grandes écoles mais bénéficiait du soutien explicite du Ministre de l’Education nationale de l’époque, Monsieur Jack Lang : « Je ferai tout pour que ce projet pousse la réflexion et suscite des retombées et des émules. Il a permis de secouer la poussière. » (Le Monde 27 mars 2001).
Depuis cette date, beaucoup d’encre a coulé et le concept de discrimination positive a fait florès.
Par arrêt du 6 novembre 2003, la Cour administrative d’appel de Paris a validé, toujours à titre expérimental, la procédure de recrutement dérogatoire au concours à Sciences Po Paris à destination des meilleurs bacheliers issus de certains quartiers défavorisés et ayant satisfait aux épreuves du dispositif Convention Education prioritaire. Ces lycéens doivent effectuer leur scolarité dans des lycées classés en zone ou réseau d’éducation prioritaire, en zone sensible ou en zone de prévention violence et dont la population scolaire compte une proportion d’élèves provenant de catégories socioprofessionnelles défavorisées supérieure à la moyenne nationale.
Cette procédure de recrutement repose sur des équipes enseignantes particulièrement impliquées et volontaires. J’en sais quelque chose, je les ai vu à l’œuvre !
Dans le cadre d’une préparation rigoureuse, chaque élève réalise un dossier de presse et s’initie à la rédaction de notes (note de synthèse, note de réflexion). Il présente ensuite son travail devant un jury composé de professeurs mais aussi de personnalités de la « société civile » (anciens élèves de l’Institut d’études POLITIQUES IEP, responsables politiques, entrepreneurs). S’il est déclaré admissible, il subit, à Sciences Po cette fois, l’exigeante et sélective épreuve d’admission qui consiste en un entretien de 30 à 40 minutes face à un jury composé d’hommes politiques, d’universitaires de chercheurs et de chefs d’entreprises. Le jury ne juge pas tant la culture du candidat que sa curiosité, sa capacité à argumenter et à raisonner, en définitive son potentiel. Cette procédure d’admission complète un concours efficace mais socialement discriminant. Une fois admis à Sciences Po, les étudiants issus des ZEP bénéficient certes d’un suivi pédagogique renforcé en particulier dans les premiers mois mais suivent exactement la même scolarité que les autres étudiants.
Les premiers diplômés issus de ces conventions ne devant sortir qu’en 2006, il est encore trop tôt pour porter un jugement sur le dispositif, cependant le succès ne fait guère de doute. Sciences Po a constaté que les « ZEP » (élèves issus d’un lycée classé ZEP) se sont à la fois très bien intégrés et qu’ils passent sans difficulté en année supérieure; leur taux de réussite durant leurs études est identique à celui des étudiants admis selon la voie traditionnelle. L’IEP de Paris peut donc considérer qu’il est en passe de réussir la démocratisation de son recrutement (en 2003, on a constaté que 2 élèves sur 3 admis selon le dispositif CEP étaient des enfants d’ouvriers ou d’employés).
Samedi 1er avril, dix huit élèves du lycée Jean Renoir de Bondy ont passés l’oral d’admissibilité. Dix ont été déclarés admissibles. J’ai moi-même l’honneur de faire partie de ceux-là. J’ai dû défendre mon dossier de presse qui porte sur le thème de la colonisation, pendant une vingtaine de minutes. Après mon exposé, le jury composé de 5 personnes m’a posé des questions sur mon sujet mais aussi sur mes motivations à intégrer Science po.
La prochaine étape, le Bac, sera difficile à passer, surtout avec les retards pris dans les programme à cause de la crise du CPE. Cependant, les enseignants ne découragent pas. Leur dernier mot d’ordre : OBJECTIF BAC AVEC MENTION.
Par Sada Fofana (la seule à ne pas figurer sur la photo)

Une triste expérience en commun

Flo_ka_ C’était le 5 avril, dans un restaurant de Bondy, après la soirée de lancement du livre Bondy Blog à la bibliothèque municipale. Une discussion entre deux experts de la détention...
Florence Aubenas, à gauche, 157 jours aux mains de preneurs d’otages irakiens. Les yeux  bandés, dans une cave : 4 m de long, 2 m de large, 1,5 m de haut, sans lumière et sans le droit de parler, sous peine de coups.
Kamel el-Houari, à droite, membre de notre équipe de bloggers. Sa détention est évidemment moins célèbre. A la suite d’embrouilles dans un avion à destination du Maroc, il passe six mois dans une cellule de la sinistre prison de Oukacha. Alain Rebetez, un des journalistes suisse de l’Hebdo qui a tenu ce blog avant le 1er mars, a raconté cette histoire le 30 décembre dernier.
Que se sont dit Florence et Kamel ce soir-là ? Personne n’a entendu, il y avait du bruit, plusieurs discussions parallèles.

Le blog pisté par la BAC

Hakim3 Nous étions en pleine discussion avec Kamel et deux jeunes de la cité Blanqui, en bas du bâtiment, quand une voiture de la BAC (Brigade anti-criminalité) a planté sur les freins à 5 mètres de nous.
But de leur intervention : contrôler un jeune qui se tenait à proximité de nous et qu’ils soupçonnaient  de rouler un joint. Loupé, ce n’était pas le cas!
En regagnant leur voiture, les trois agents de la BAC nous ont regardés bizarrement. Nous étions certains que nous allions être contrôlés à notre tour. Soudain, l’un d’eux nous fixe et nous dit : «Mais vous êtes du Bondy Blog, je le suis tout le temps, j’ai appris pas mal de choses sur le quartier, le local. C’est bien !»
Et alors, pendant une dizaine de minutes, il nous a commenté certains articles. Il avait particulièrement apprécié l’interview du maire, lors de la soirée organisée le 5 avril par les éditions du Seuil pour le lancement du livre Bondy Blog. J’étais très étonné par la connaissance qu’il avait des articles, des bloggeurs et des personnages… Les deux autres agents de la BAC avaient aussi entendu parler du Blog mais ne le connaissaient pas si en détail.
Grâce à cette rencontre sympa mais plutôt rare, je sais maintenant que le blog est « filoché » et qu’il va falloir faire attention à ce que l’on raconte. Du coup, nous avons décidé d’écrire nos articles en mode crypté… A vos décodeurs. Le mouton est dans la bergerie. Je répète : le mouton est dans la bergerie !!!
Hakim Azzoug

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