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Fille de père polygame

Dans les précédents posts, nous avions parlé de la polygamie et de Camara, cet homme marié à plusieurs femmes. En cette journée de la femme, je me suis demandée comment cette situation conjugale est vécue par les enfants et en particulier par les filles. Amy, 20 ans, est une jeune fille de père polygame. Depuis l’âge de 4 ans, Amy, sa mère et ses deux frères cohabitent avec une " belle- mère " qui a donné naissance à cinq demi-frères et sœurs. A l’âge de 8 ans, Amy a vu venir à la maison, une seconde " belle-mère ". Quatre autres demi-frères et sœurs sont nés par la suite. Entre temps, Amy a vu naître une petite sœur. Au total, treize enfants, trois épouses et un mari vivent dans un pavillon du quartier nord de Bondy. Amy a bien voulu me livrer son regard sur cette foule dont elle partage la vie quotidienne.

- Comment ça se passe à la maison ?

Les mères s’organisent dans la répartition des tâches ménagères. Elles préparent la grosse marmite à tour de rôle. Pendant les repas, nous nous réunissons tous ensemble. Mon père ne veut pas de division au sein de la famille. Quand j’étais petite, je me disputais beaucoup avec mes demi-frères et soeurs. Leurs mères me frappaient pour les défendre. Parfois, mes deux grands frères frappaient nos " belles-mères " pour me défendre (là, Amy baisse les yeux et s’arrête de parler pour reprendre son souffle). Avec le temps, nous avons appris à être tolérants.

- Comment s’est passée l’arrivée de la " belle-mère " ?

L’amour de ma mère pour mon père s’est littéralement effondré. Un jour ma mère m’a dit : " C’est pour tes frères et soeurs et toi que je suis restée mariée à votre père ". Chaque femme a sa propre chambre. Tous les deux jours, mon père passe la nuit chez l’une d’elles (là, Amy prend une petite voix, l’air très gêné).En vérité, les différentes épouses sont jalouses entre elles. Mais devant le mari, elles font bonne figure et cherchent à être la préférée. Les enfants sont leurs balles de jeu. Ils doivent avoir la meilleure éducation, la meilleure hygiène, et réussir. J’ai vécu l’arrivée de mes demi-frères et sœurs comme une véritable pression.

- Pour toi, est-ce une situation normale ?

Quand j’étais plus jeune, j’étais traumatisée. Je faisais passer mes demi-frères pour des cousins et mes " belles-mères " pour des tantes. A l’école, au début de l’année, j’étais complexée quand il fallait remplir la fiche de renseignements. Aujourd’hui, je sais faire face aux critiques et au jugement. J’ai compris aussi que dans la société française, la culture n’est pas la même qu’au Sénégal.

- D’où vient cette tradition ?

La religion musulmane intègre la polygamie dans les modes de vie. Et puis, au pays les maisons sont assez grandes pour abriter les familles nombreuses. C’est aussi une question d’héritage. Plus un homme a d’enfants, plus il a de garanties que ses terres soient préservées.

- Comment ton père parvient-il à prendre en charge tout ce petit monde ?

Mon père exerce une activité non déclarée à son compte. Il gagne en moyenne 3000 euros par mois. A l’époque où il a acheté notre maison, il travaillait comme ouvrier à la SNCF. C’était il y a une quinzaine d’années. C’est lui qui fait les courses pour tout le foyer. Il paye aussi le loyer de ma première " belle-mère " qui vit aujourd’hui seule avec ses enfants.

- Te vois-tu mener une vie conjugale comme celle de ta mère et de tes " belles-mères " ?

Non. Jamais. Je ne veux en aucun cas partager mon mari avec d’autres femmes. J’espère acquérir une totale indépendance pour ne pas tomber dans ce fléau. Je choisirai un homme à la mentalité occidentale qui ne conçoit pas de fonder un foyer avec plusieurs épouses.

Par Nadia Boudaoud

La mobilisation contre le CPE s’amplifie.

Une trentaine de facs sont mobilisées, une quinzaine sont bloquées, c’est-à-dire que des étudiants font des piquets de grève et que plus aucun cours ne se tient. Des Assemblées Générales massives ont lieu dans les facs, rassemblant jusqu’à 3000 étudiants. Dans les lycées, ça ne bouge pas autant.

Dans mon lycée par exemple, très peu d‘élèves vont manifester. Je leur demande pourquoi il ne souhaitent pas assister à cette manifestation et d’une certaine façon se faire entendre. Un premier me répond : " je ne sais même pas ce que c’est le CPE " alors il est clair qu’il ne peut pas aller manifester. Mis à part cette petite anecdote certains n’y vont pas par peur de se faire agresser : "les manifestations, c’est violent et c’est un bon plan pour te faire raser " me lance un élève.

Il est vrai que lors des manifestations contre la loi Fillon beaucoup de jeunes et pas seulement des " petits blancs " comme on a dit se sont faits raser.

Moi aussi je n’ai pas souhaité assister à la manifestation par peur de me faire agresser. Je manifeste à ma façon en écrivant un post dans le blog.

Vous vous demandez pourquoi il y a autant d’acharnement contre le CPE ?

Le CPE, c’est la précarité. C’est un sous-contrat avec une période d’essai de deux ans, qui permet à notre patron de nous virer à tout moment sans avoir à se justifier. Résultat : on est obligé de se taire quand le patron veut nous imposer de mauvaises conditions de travail (heures supplémentaires non payées, non-respect des temps de pause réglementaire...). C’est difficile de faire valoir ses droits (congés payés, congés maternité, arrêt maladie, syndicalisation...) quand on sait que dès qu’on l’ouvre on risque de prendre la porte. Le CPE c’est aussi l’impossibilité de faire des projets d’avenir (comment trouver un logement quand les proprios exigent un emploi stable ?).

Le CPE ne vient pas tout seul.

Il fait partie de la loi sur l’égalité des chances, censée répondre à la révolte des banlieues de novembre. Cette loi va durcir notre entrée dans le monde du travail : apprentissage dès 14 ans, travail de nuit dès 15 ans, qui ne sont que des suites logiques de la loi Fillon. Son but est de discipliner et de réprimer les jeunes : renforcement des polices municipales, possibilité de supprimer les allocations familiales lorsque les jeunes sont trop indisciplinés, envoyer ces jeunes en stage dans la police ou l’armée afin de les "civiliser".

Voila les réponses que le gouvernement a apportées après la crise des banlieues !

Par Sada Fofana

Après les émeutes, le ras le bol continue...


Photo_qui_suis_je J'ai voulu avoir l'opinion de personnes que je ne connais pas ! Comme je sais que certains jeunes traînent pas loin de la gare, j'ai été faire un tour par là-bas... Je me suis présenté et je leur ai demandé si la présence des caméras de France 2 qui me suivaient cette après-midi-là pour un sujet sur le Bondyblog ne les dérangeait pas. Il y a Adil et un ami à lui, tous deux ont une formation d’électricien. Adil s'est inscrit dans cinq boites d’intérim, son ami a travaillé pour la dernière fois il y a un mois mais seulement pour une petite mission "rien que des petites missions"  me répète-t-il...

Adil avait plus de choses à dire.
C’est vrai que ceux que je croise, qu’ils soient formés ou pas, ont du mal à trouver un boulot. Les patrons sont t il racistes ? Les gens en France n'ont pas compris les jeunes émeutiers. J’ai tout entendu : "oui ils brûlent des voitures, ils se font concurrence entre villes, à qui va brûler le plus de voitures ce soir ". Mais la vrai cause : un ras le bol général d’une couche de la population qui est mise de côté et se sent rejetée hors de l’ascenseur social. C’est vrai aussi que les politiciens dans ce pays promettent des choses et ne tiennent pas leur parole et Dieu sait que dans les banlieues la parole est très importante.

Je demande à Adil s’il vote. Il me répond sèchement : "non "
Pourquoi ? (écoutez l’audio)

Marianne ressaisis toi et ouvre les yeux...

Est ce que tu penses que les politiques sont des menteurs ?

Après l’interview, j’ai eu l'impression de me regarder dans une glace.

C'est vrai que maintenant je suis journaliste pour le blog mais moi aussi j'ai le même problème d'emploi.Pourquoi on nous tourne le dos ? Telle est la question et je n'ai toujours pas trouvé de réponse. A-t-on oublié que nos grands parents ont défendu la France et qu’ils ne se sont pas défilés sur les champs.
A-t-on oublié que nos parents ont reconstruit le pays après la guerre.
Pourquoi nous dire d’aller à l école si on ne peut pas se servir de tout ce qu’on a appris.Après les émeutes, Jacques Chirac nous a dit que nous étions tous des enfants de la République...

El Houari M. Kamel

Des talents, des plumes et des tripes

Dsc00056 France Inter, à l’initiative de Edouard Zambeaux, met en place un projet original sur son antenne. Le 17 mars, des jeunes de lycées de Seine-Saint-Denis seront sur les ondes de France Inter et participeront toute la journée aux émissions.

Depuis le mois d’octobre, une vingtaine de classes du département sont suivies par des journalistes qui ont donné aux jeunes quelques principes de base du journalisme.

Dimanche dernier, à Marly le Roi dans une autre banlieue, plus chic, cinquante jeunes étaient venus passer le week end pour un dernier stage intensif. Une partie de la rédaction du Bondy Blog y était invitée, parce qu'elle a connu une expérience assez similaire. Ambiance.

Ca brasse dans les couloirs. Des groupes de travail se réunissent dans différentes salles qui gravitent autour d’un grand hall où l'on palabre, joue au billard, au baby foot.

On prépare la prise d’antenne du jour J dans une certaine excitation

L’attraction du jour est sans conteste le studio improvisé par les techniciens de France Inter.

Les jeunes s'y succèdent pour tester leur voix et leurs textes dans la cabine radio, un peu impressionnés par le dispositif technique qui les entoure.

Le 17 mars, tous les programmes seront concernés. Chaque émission, chaque chronique sera co-animée par des jeunes du groupe qui prennent très au sérieux cette nouvelle fonction. Ils parleront de leur quotidien, raconteront leurs histoires, leurs familles.

Une journée qui devrait être plus que passionnante.

C’est en tout cas l’avis de Gilles Schneider, directeur de France Inter qui rôde dans les allées et semble captivé par cette expérience.

Il répondu à nos questions.

Comment est venue l’idée de cette journée du 17 mars ?

C’est l’histoire d’une rencontre avec Edouard Zambeaux, qui travaillait déjà avec moi sur RFI et qui a toujours travaillé sur les quartiers. Aujourd’hui, il tient chaque dimanche à 13H20 une chronique qui s’intitule périphérie et qui parle des quartiers.

Les jeunes qui seront à l’antenne sont en pleine répétition aujourd’hui. Comment les trouvez-vous ?

J’apprends des tas de choses en les écoutant, en les voyant travailler. Ici, ils s’expriment sérieusement. Souvent lorsque ces jeunes s’expriment devant un média, il y a l’effet de groupe, ils font les zozos. Là ils s’expriment sérieusement et avec du fond. Il y a à l’évidence des talents, des plumes et des tripes.

Qu’attendez vous de cette journée de cette journée du 17 mars ?

Que les auditeurs d’Inter apprennent autant de choses que moi en venant ici. Ils verront que ces jeunes savent aussi très bien manier la langue française quand ils veulent.

Tout à l’heure, une petite expliquait comment elle apportait la France chez elle, en traduisant les infos, en lisant les courriers, en remplissant les chèques et comment ses parents lui parlaient du pays. Entendre cela, c’est essentiel.

Et après le 17 mars ?

Ce serait intéressant de faire un recueil de textes. Certaines histoires sont de véritables nouvelles qui méritent d’être publiées.

Propos recueillis par Mohamed Hamidi

Les études malgré tout

Ce matin, j’avais rendez-vous à la gare de Bondy avec Fatimata, une étudiante de 21 ans en licence de Droit à la fac de Paris 5. Je voulais la rencontrer parce qu’elle s’est lancée dans de longues études et qu’elle ne reçoit aucun soutien. Cette Bondynoise a toujours habité près d’une cité et appartient à une fratrie de 6 enfants. « Je suis la seule de la famille à suivre des études supérieures ». Ses trois frères et sœurs aînés travaillent alors que son père est au chômage. Les deux autres vont encore à l’école.

Fatimata est déterminée à aller aussi loin qu’il le faudra pour devenir avocate. Pas facile de tenir le cap quand on vit à plusieurs à la maison avec juste une bourse d’étude pour tout se payer. « Ma mère compte sur moi et je ne veux pas la décevoir », me confie-t-elle. Son caractère y est aussi pour beaucoup. Cette battante cherche des raisons à tout. Alors j’insiste : - Pourquoi avoir choisi le Droit ?

- J’aime défendre. D’ailleurs ma meilleure amie me surnomme l’avocate du diable.

En attendant le train en direction de Haussmann Saint-Lazare, nous rencontrons par hasard une voisine de Fatimata. « Elle est Rwandaise et suit des études de médecine », me lance-t-elle fièrement. Dans une allure sobre et croisant les bras, la voisine demande des nouvelles de la famille. Voilà qu’une troisième personne se rapproche, de style hippie, pantalon pattes d’éph’ et sac en bandoulière kaki. C’est une copine de lycée que Fatimata n’avait pas vu depuis 2 ans :

- Qu’est-ce que tu deviens ?

- Je travaille comme attachée de presse

Les deux anciennes camarades en profitent pour s’échanger leurs numéros avant de se quitter.

Par ses études, Fatimata veut d’abord acquérir un esprit critique et un bon niveau culturel. Elle ajoute : « on dit souvent que les jeunes de banlieue ne savent pas parler. Je veux prouver le contraire ».

Sans chercher à la décourager, je lui demande si elle s’attend à se retrouver sans emploi à la fin de ses études. Elle me répond : « je ne baisserai pas les bras. Même si je dois faire plus d’efforts que mes camarades de classes parisiens pour avoir un bon niveau. Je me donne un maximum de moyens pour réussir mon concours du barreau ».

Par Nadia Boudaoud

Lutter contre la fuite des cerveaux.

Ce matin, samedi 4 mars, une matinée sur l’orientation était organisée au lycée Louise Michel de Bobigny.

Plus de cinquante anciens élèves étaient venus à la rencontre des lycéens pour expliquer leurs parcours scolaires et professionnels.

L’objectif principal de cette rencontre : raconter son parcours depuis sa situation de lycéen ; expliquer les difficiles choix d’orientation lorsque l’on manque de conseils et d’exemples autour de soi ; Parler des difficultés à rejoindre certaines filières lorsque l’on vient d’un lycée de Seine Saint Denis.

Farida, de la promo 1994, qui a poussé très loin ses études de sociologie est venue pour rencontrer des élèves, pour les rassurer.

Estelle, de la promo 2003, qui travaille à la chambre de commerce et de l’industrie de Bobigny après avoir suivi un BTS dans le secteur, déambule, tout sourire de stand en stand, contente de revoir ses anciens camarades de classe.

Frédéric, membre de l’association Alter-Egaux est venu ce matin pour expliquer aux élèves qu’il est important de ne pas s’auto censurer dans ses choix et que le système scolaire offre toutes sortes de possibilités, à tous les niveaux et qu’il faut savoir les saisir.

Rachid en licence d’éco gestion explique aux lycéens qu’il faudra de toute façon passer par la case travail, comme Stéphane qui fait des études d’histoire et qui leur dit que l’appétit vient en mangeant, que plus il avance dans ses études, plus il se passionne pour cette matière.

Des jeunes comme ceux là, il y en avait plus de cinquante ce matin. Ils sont toujours attachés à leur quartier d’origine et sont venus pour donner des exemples positifs, pour donner des repères et créer du lien. Comme dans tous les autres lycées de France, il y a de grands potentiels dans les lycées de "périphérie". Il faut les rassurer, les conseiller, leur donner envie de poursuivre leur parcours pour aller au bout de leurs possibilités.

Reste ensuite à concrétiser ces études dans un emploi à la hauteur de leur formation et de leurs compétences. Et là c’est encore un autre sujet.

Par Mohamed Hamidi

Mort pour rien...

Mort_pour_rien_photo1_2Ma soeur et moi avons répondu présentes au rendez-vous fixé place de la République pour faire front à l'intolérance et au crime barbare dont a été victime un enfant de la République. En effet, c'est parce que certains préjugés selon lesquels les Juifs ont de l'argent qu'un mouvement de haine et de torture est né. La mort d' Ilan Halimi a fait rappeler une fois de plus les dérives dont certains individus sont capables. C'est donc avec impatience que j'attendais cette manifestation, celle qui unirait enfin Juifs, Chrétiens et Musulmans de France dans un même et unique but : combattre l'intolérance.

Déjà, dans le métro les slogans étaient prêts a être scandés: « Pour Ilan Justice » tel était le mot d'ordre de la journée. En sortant du métro, des dizaines de milliers de personnes s'étaient réunies (dont la majorité issue de la communauté juive), banderoles à la main. Plusieurs associations étaient présentes notamment S.O.S racisme et l'UEJF (Union des étudiants Juifs de France). C'est alors que je me suis immiscée dans la foule où je dois l'avouer j'ai senti une extrême colère qui s'est traduite par certains slogans faisant appel à la violence « Fofana salop, les juifs auront ta peau ».

Durant la marche j'ai sympathisé avec deux jeunes filles apparemment très touchées par la mort d'Ilan Halimi. C'est alors qu'elles m'ont avouées qu'elles envisageaient d'aller vivre en Israël car elles ne se sentaient plus protégées par la France. Cette même France dont le drapeau a été hué durant la manifestation. En effet, le sentiment d'insécurité était omniprésent de la part de la communauté Juive. Certains aspects de cette manifestation m'ont même troublé. Dans cette manifestation contre l'intolérance, certains comportements se sont avérés être justement à la limite de l’intolérance. Certaines paroles m'ont même choquées: « moi je préfère mourir pour mon pays en Israël plûtot que me faire tuer ici par un arabe ». Mais est-ce vraiment ça la France, un pays ou la communauté voisine est montrée du doigt à chaque fait divers ?

Par Nacima Annane

En attendant Dolly...

Dolly_2 Vous rappelez-vous de Dolly, Marie Jeanne et Aurore ? Sabine Pirolt, journaliste de L’Hebdo les avait rencontrées en novembre. Elles évoquaient chacune leurs situations alarmantes.

Dolly cette mère de trois enfants de 13, 9 et 8 ans avait tout perdu. Tout!

Les huissiers lui avaient confisqué toutes ses affaires.

Sa situation a-t-elle changée ? A t-elle réussi à se reloger, à trouver du travail?

Nous rejoignons Nicolas à l’hôtel Saxo dans l’espoir de rencontrer Dolly. L’hôtel Saxo, le seul de Bondy. Un hôtel bien particulier où des familles entières s’entassent dans de minuscules chambres attendant désespérément d’être logées.

La réceptionniste travaille là depuis trois ans et ne cesse de se répéter: « Je fais plus de social et de psychologie qu’autre chose ! ». En effet, en rentrant de l’école, des enfants lui font la bise avant de monter dans leurs chambres. Elle leur demande comment s’est passée leur journée.

Une vingtaine de familles sont logées dans cet hôtel, pour la plupart des immigrés. Elle en a vu passer des familles, des jeunes.  « C’est grave tout de même des gens qui ont un emploi, un salaire mais n’arrivent pas à se loger », nous lance-t-elle. Pour elle, cela reviendrait moins cher de trouver un appartement à ces familles plutôt que de les loger dans des chambres à 38 euros la nuit. Les jeunes sont obligés de jouer dans les couloirs.

Dolly n’est pas dans le secteur, on nous dirige vers Bibi, qui nous donnera peut être des nouvelles.

20h ! Nous montons au quatrième étage pour rencontrer Bibi. Une de ses amies vient nous prévenir qu’elle sera en retard. Nous décidons d’attendre devant sa chambre.

Une femme à l’allure désemparée arrive vers nous…

C’est Bibi, elle était déjà là elle aussi en novembre…à son grand désespoir, sa situation n’a pas évoluée.

En effet, elle vit toujours à l’hôtel et ne sais plus quoi faire pour en sortir.

Tous les matins elle continue de se lever pour partir à la recherche d’un emploi et tous les soirs elle « stresse » parce qu’elle n’est pas sûre de pouvoir dormir au même endroit.

Cela fait maintenant huit mois que Bibi est dans cette situation et elle n’a pas encore trouvé de logement, « il n’y a pas de logement parce qu’il y trop de demandes, ils donnent d’abord la priorité à ceux qui ont beaucoup d’enfants. Moi je n’ai qu’une fille de dix ans… »

D’ailleurs, sa fille, elle ne la voit que le dimanche. Pour la « protéger », elle la laisse « là bas » (au foyer ou à l’école ?) comme ça, elle est sûre qu’elle a un lit pour dormir.

Ce soir Bibi est à bout. A bout de nerfs, les larmes aux yeux, Bibi nous dit qu’elle espère pouvoir suivre une formation prévue pour le 6 mars, peut être un nouveau départ… ?

En attendant il va falloir encore essayer de vivre…

Par Elodie Arbey et Sada Fofana.

Polémique sur le film « MAROCK »

Affiche Récemment, en rentrant chez moi, j’ai rencontré un groupe de jeunes du quartier qui polémiquaient sur un film qu’ils venaient de voir au cinéma. Il s’intitule «MAROCK», de Leila Marrakchi, réalisatrice franco-marocaine.

En m’incrustant dans leur discussion, après les avoir salués, je me suis rendu compte au fur et à mesure que le film les avait blessés et humiliés. Un gars du groupe lance à haute voix : «Ce n’est pas le Maroc qu’on salit, c’est l’Islam, encore une fois ». Un autre  va même jusqu'à dire "je suis sur qu'il y a un juif derrière tout ça..." Stimulant ma curiosité, j’ai décidé d’aller le voir dimanche à la séance de 20 heures.

Dans la salle, les jeunes étaient  majoritaires et de toutes origines, les filles étaient les plus nombreuses. Au bout de 5 minutes l’actrice principale, Rita (une jeune musulmane) a un coup de foudre pour Youri (un jeune juif), tous les deux sont Marocains. Des insultes de tous genres fusent dans la salle, des popcorns sont projetés, certains jettent même leur boisson à moitié pleine en direction de l’écran. Trente minutes plus tard, une autre scène fait fuir un quart de la salle : Rita, vêtue d’un short et d’un débardeur, entre dans la salle où son frère fait sa prière, elle le provoque et le déconcentre en lui demandant où se trouve son jean. Son frère reste concentré et là elle lui lance : « Tu es zin-zin ? Tu t’es cru en Algérie, tu veux devenir barbu? »

Une certaine tension régnait, la séance était de plus en plus  perturbée, un garçon se trouvant à côté de moi lance une vanne : « Celle-là, elle va se retrouver en enfer, dans le même étage que Clara Morgan (célèbre actrice de X)». Malgré la tension, des éclats de rire font leur apparition lorsque certains personnages prennent l’accent du «bled».

En sortant de la salle, des gens se plaignaient du fait que la séance de 22h10 était annulée. Je me suis renseigné auprès d’une hôtesse à propos de cette annulation, elle m’a répondu que depuis la sortie du film, pratiquement toutes les séances sont perturbées, notamment celles de 22h.

Pourtant en visionnant le film, à aucun moment je n’ai ressenti le besoin de quitter la salle, il y a certes quelques scènes osées, mais ça reste «un film».

De plus il s’agit certainement d’une réalité que la réalisatrice a voulu mettre en avant. Je ne pense pas que ce film va à l’encontre des musulmans.

Il est interdit au Maroc, va-t-il connaître le même sort dans d’autres pays ?

Hakim Azzoug

C’est parti !

Depuis presque un mois, nous parlons de transition, de passage de témoin, de formation.

Cette fois, nous y sommes.

Arriver derrière les plumes des journalistes de L’Hebdo n’est pas chose simple.

Qui sont les bloggers ?

Nous avons choisi de constituer une équipe de bloggers plutôt jeunes, car nous avons placé ce Bondy Blog dans une démarche de formation, voire d’insertion professionnelle. Ainsi, nous avons trois jeunes filles de 19 ans (deux lycéennes et une étudiante), une jeune fille de 25 ans surveillante au lycée de Bondy et pigiste pour une revue, deux jeunes hommes de 26 ans en recherche d’emploi. Ce noyau sera amené à se renforcer dans les semaines à venir.

Qu’allons–nous raconter ?

Les bloggers raconteront leur quotidien. Ils parleront de leur réalité locale mais régiront aussi à l’actualité nationale. En tant que citoyens, ils pourront parler de tout sujet qui les concerne avec toujours un seul objectif : continuer d'explorer la vie en banlieue, avec un regard équilibré et diversifié.

Comment allons-nous fonctionner ?

Nous allons nous constituer en association, totalement indépendante, à laquelle participeront les bloggers et quelques parrains, comme l’Hebdo qui va rester à nos côtés. Cette association sera financée au départ par les droits du livre Bondy Blog qui sortira au Seuil le 6 avril, puis nous chercherons d’autres partenaires.

Nous n’avons pas de local mais nous nous réunirons deux fois par semaine pour des séances de rédaction. Le reste des échanges passera par le net. Pour le moment, nous nous retrouvons dans une salle que la ville nous prête au coup par coup ou au café du coin. Nous recherchons encore un lieu pour nos réunions.

Quels sont nos objectifs ?

Encore une fois, nous nous inscrivons dans une démarche d’information et de formation.

Plusieurs partenaires assureront des formations pour les bloggers et plus largement pour ceux qui s’intéressent aux métiers des médias. Paolo Woods qui nous accompagne dans ce lancement donnera des cours de photo, Edouard Zambeaux de France Inter formera ceux qui le souhaitent à la gestion du son, Stéphane Mazzorato du Monde.fr nous conseillera sur la gestion d’un blog,  les journalistes de L’Hebdo tiendront des ateliers d’écriture. Toutes les bonnes volontés sont bienvenues.

Et les commentaires ?

Nous attendons beaucoup de vous. Vos commentaires et vos remarques sont essentiels car vous participez autant que nous à ce blog.

Nous espérons seulement que ceux-ci seront toujours courtois et respectueux afin de faire avancer les choses.

Alors bonne lecture et longue vie au Bondy Blog !

Mohamed Hamidi

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