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J'avais vraiment envie de rencontrer des rappers. Pour moi, le rap, c'est la cité. Le local est prêté par la Mairie. Les jeunes y viennent toute la semaine.
-Un concert ce soir, quelque part?
-Non, nulle part à Bondy. C'est un peu difficile. Et puis c'est vite compliqué avec les jeunes des autres cités, alors y a pas trop.
Quelques petits princes des mots, chacun à leur tour, au micro: "Bondy, c'est dans mes génocides". Nicolas Lieber
J'attends depuis plus d'une heure un gars qui me fera rentrer dans un appartement: "Là-bas tu te retrouves en Kabylie!". Non, il ne viendra pas. Ni le lendemain d'ailleurs. Durant mon séjour, j'aurai totalisé 6 heures à attendre des gens qui ne viennent pas. Surtout ils ont d'autres soucis. Et puis les appartements, c'est territoire privé: ça appartient à la famille. Les gens, c'est dans la rue que tu les reçois, dans les allées. Le monde clos, le monde ouvert. En fait, même la cité est fermée: "Si t'as pas les codes pin, tu rentres pas". Je comprends leur refus. Nicolas Lieber
C'était peut-être elle, la voiture posée bien en vue devant l'hôpital de Bondy. Je ne vois qu'elle sur la carte postale. On en rêve des bagnoles: RS 6, RS 8 ou une "trois-vingt". La nuit, des gros modèles passent en trombe. On m'explique que c'est la drogue: "Le deal ça peut te ramener 15'000 Euros par jour!". Nicolas Lieber
Bondy, cinquante mille habitants (soixante?). Il n'y a qu'un hôtel à Bondy , mais l'hôtel est séparé en deux par une limite mouvante (encore les territoires): les étages du haut abritent les chambres "chères", ceux du bas les "moins chères": dans les quatre ou cinq premiers étages s'entassent des gens placés par le département. Pas de logement, les nuits qu'il faut payer au risque de retrouver porte close. La nuit ensuite, toujours avec ses va-et-viens. Nicolas Lieber
Un vaisseau spatial là au milieu. C'est pour le film, c'est bien. La nuit. La nuit la ville est déserte: quelques cafés, plutôt vers la gare, des restaurants peu nombreux aussi. De toute façon, on ne sort pas à Bondy. Les boîtes c'est en ville, à Paris, mais seulement pour ceux qui peuvent se le payer. Nicolas Lieber