Sciences-Po à Bondy (suite)
En évoquant l'interview du directeur de Sciences-Po parue dans Libération (post du 8 janvier), je ne
m'attendais pas à recevoir une invitation de Philippe Destelle, professeur au lycée Jean Renoir de Bondy, à venir suivre l'Atelier Sciences-Po qui se tient chaque mercredi de 13 h à 15 h, dans la bibliothèque de l'établissement.
Je m'y suis précipité, et j'ai eu raison. Accueil chaleureux. Repas à la cantine. Une bonne occasion de suivre le travail accompli bénévolement par une quinzaine de professeurs et de "tuteurs" pour élargir le chemin conduisant des banlieues défavorisées à l'altitude intellectuelle de Sciences-Po.
L'Education nationale française est une usine à gaz dont la tuyauterie ne m'est pas assez familière pour que je m'avance trop sur ce terrain. Sachez simplement que, depuis cinq ans, des "conventions d'éducation prioritaire" ont été signées entre Sciences-Po et 33 lycées ZEP ou de zones défavorisées. Bilan: 183 élèves de ces lycées, dont plusieurs de Bondy, ont franchi la porte de la Haute école. "C'est hyperpositif, ça montre que ce n'est pas du tout un gadget, se réjouit Philippe Destelle. Il y a des talents en banlieue et on leur donne les moyens de s'exprimer."
Répartis aux différentes tables de la bibliothèque, les élèves planchent sur leur dossier de presse. Ils rassemblent des articles de toutes provenances. Les étudient. Font des synthèses. Et élaborent à partir de là une réflexion personnelle. "Ce travail développe les qualités qu'on demande par exemple dans la haute administration, m'explique Philippe Destelle. C'est essentiel et très sélectif."
Je discute longuement avec Ameni, 17 ans, dont l'intelligence vive m'épate. Elle travaille sur les émeutes de l'automne et tient un discours qui, de prime abord, ne me paraît pas Sciences-Po-compatible: "Je pense que ce n'est pas bien de brûler des voitures, mais je pense aussi qu'il était nécessaire de le faire." Si elle y entre, est-ce qu'elle continuera à soutenir cette idée? Ameni me certifie que oui, même si son père serrurier lui recommande le contraire.
J'ai en outre été frappé par le contraste entre deux témoignages que j'ai recueillis. Le premier est de Nathalia qui est là pour jouer un rôle de "tuteur", pour guider la réflexion des élèves et leur apporter un soutien psychologique. Elle est entrée à Sciences-Po en 1985: "Je me suis retrouvée avec des gens de Neuilly, au milieu des foulards Hermès et des colliers de perles. A l'époque, on regardait ceux qui venaient de banlieue avec des gros yeux. Un jour, des étudiants m'ont expliqué que je ne pouvais pas participer à leur rallye parce que je n'étais pas de leur milieu."
Le second témoignage est celui d'Ingrid, 19 ans, ancienne élève du Lycée Jean Renoir admise à Sciences-Po l'an dernier: "Tout le monde est maintenant à l'aise par rapport aux origines géographiques. Personne ne se préoccupe de savoir si je viens du boulevard Saint-Germain ou des banlieues."
Si j'étais Français, je crois que je verrais dans cette évolution une raison d'être optimiste.
Par Michel Audétat


Que dire sinon que tout cela est fort interressant mais en même temps en focalisant sur ce qui constitue tout de même les meilleurs élèves (ah la formation des élites voila qui est fondamentale en france pourtant les autres existent aussi), qui de touts temps et en toutes circonstances ont toujours réussi à s'en sortir d'une manière ou d'une autre, on pense un peu moins aux autres : pas de rêves, pas de Sorbonne ou de Jussieu... Saint-Denis sera là au bout du compte avec des diplômes qui porteront une marque indélébile que ne manqueront pas de noter tous les recruteurs.
Rédigé par:Ancien Bondynois | le 13/01/2006 à 09:45
Pas d'accord "Ancien Bondynois" : il n'y avait avant ce programme AUCUN enfant de ZEP à Sciences-Po. Il y en a aujourd'hui, si je lis bien, 183 qui sont déjà ou seront dans la haute administration, le privé, les cabinets ministériels, etc.
Ce n'est certes pas une révolution, ni la mise en place d'un véritable système éducatif équitable (et non pas égalitaire). Mais c'est un bon début, un coup de pouce utile et un symbole que je trouve positif.
Même si ce n'est pas assez, comme toute expérimentation.
Rédigé par:Jerome | le 13/01/2006 à 12:28
En même temps sciences-po en soit ça ne sert absolument à rien, c'est juste une formation préparatoire ; pour l'ena par exemple (en tous cas pour les meilleurs éléments).
Le fait d'avoir fait sciences-po ne garanti en rien de trouver du travail.
A l'heure actuelle, le meilleur moyen d'avoir un boulot, c'est de faire un BTS, un IUT (qui permet plus facilement d'embrayer sur des formations complémentaires), voire une grande école de commerce ou d'ingénieur pour ceux qui désirent aller plus loin.
Et actuellement, la seule grande école à mettre en place un tel systeme c'est l'école nationale supérieure d'arts et métiers.
Proposer aux meilleurs éléments de banlieue défavorisées un accès privilégié à un troisième cycle, c'est bien, encore faut-il qu'il ne s'agisse pas d'une voie de garage.
C'est quand même navrant que personne n'ai pointé ce "détail".
Rédigé par:oumpf | le 13/01/2006 à 16:23
Juste un détail pour oumpf,sciences-po depuis 1995 a bien changé puisqu'il y a actuellement une quarantaine de masters qui vont des métiers du commerce de la finance de la gestion en passant par l'organisation de spectacles le journalisme etc ...la formation au concours de l'ENA ne représentant qu'un de ces masters parmi la quarantaine.80% des diplomés de Scpo font à la sortie des carrières dans les entreprises privées.Enfin de très nombreuses écoles d'ingénieur recrutent des diplomés BTS et IUT sur dossier et entretien de motivation , beaucoup d'ensi les insa 10% de places sont réservées à ces candidats.
Rédigé par:phd | le 13/01/2006 à 17:54
Oui mais la démarche des Arts et Métiers va au delà du recrutement de BTS et IUT qui ont toujours formé pres de 20% de chaque promotion.
Aujourd'hui l'école va dans des lycées en ZEP pour rechercher les hauts potentiels et les aider dans leur cursus afin qu'il entrent à l'ENSAM par la même porte que les autres.
Rédigé par:oumpf | le 13/01/2006 à 18:39
Jerome, je connais des gens issus de ZEP qui ont rejoint Sciences Po avant la mise en place de ces conventions. Il n'y en avait certes pas autant, mais une amie à moi qui a eu mention très bien au bac a pu rejoindre Sciences Po juste après le lycée. Pour les autres, ils ont pu rejoindre Sciences Po après le Deug ou plus tard.
Je suis d'accord avec "ancien Bondynois". Le problème de fond ne s'en trouve pas changé. Au contraire, le risque est de penser que ce type d'expériences est la solution miracle à un problème, alors que finalement il n'est que l'illustration du dysfonctionnement de notre système scolaire.
Personnellement, je suis allée au lycée Renoir, où j'y ai eu mon bac: comme mon dossier n'était pas mauvais, j'étais acceptée dans la plupart des prépas que je demandais... Par contre, la quasi totalité de ma classe n'avait pas le choix, ou sinon ce choix se limitait entre Saint Denis et Villetaneuse... (est-ce que tu es allé faire un tour à Villetaneuse? Quand j'ai visité cette fac, j'ai réalisé qu'il fallait absolument que j'évite cet endroit horrible et déprimant... on est bien loin de la Sorbonne, et même de Jussieu, c'est pour dire!). Il y aurait eu les conventions mises en place à l'époque, je serais peut-être passée par Sciences Po, mais même sans ces conventions, j'avais déjà toutes mes chances d'échapper à la sectorisation et de décrocher un "bon" diplôme...
Je me réjouis pour les 183 élèves des ZEP de banlieues qui ont pu rejoindre Sciences Po. Mais à l'échelle de la collectivité (que ce soit celle de Sciences Po ou celle des banlieues), qu'est-ce que c'est ? Une goutte d'eau ridicule...
Rédigé par:Misty | le 14/01/2006 à 00:11
Cette goutte d'eau a permis de lancer le débat dans toutes les grandes écoles puisque depuis cette initiative l'ESSEC a mis en place une procédure, Polytechnique aussi et la plupart des autres écoles aussi .La conférence des grandes écoles demandent à celles-ci de mettre enplace des initiatives de ce type... enfin Jussieu depuis cette année a mis en place elle aussi une desectorisation pour permettre au Lycéens de ces banlieues sur dossier et entretien d'intégrer cette université.En 5 ans de multiples initiatives ont vu le jour , et les entreprises commencent à y réfléchir....
Dans ces universités de la périphérie il y a souvent des très jeunes profs qui sont en pointe au niveau recherche. On est encore dans les a-prioris à la Sorbonne c'est les meilleurs , idée reçue, le système Educ Nat des mutations fait que ce sont souvent de vieux machins qui rabachent depuis des années le mème cours ...Goutte d'eau, goutte d'eau....
Rédigé par:Tom | le 14/01/2006 à 10:15
Tom, je peux te demander où tu as toi-même décroché ton diplôme universitaire?
J'ai des amis qui bossent à St Denis, et effectivement ce sont de très bons chercheurs. Mais pour en arriver là, ils n'ont pas eu leur diplôme à St Denis... (sans même rentrer dans le débat de savoir si être un bon chercheur permet d'être un bon enseignant... or, notamment pour les étudiants de première année, c'est d'abord d'un bon enseignant - qui comprend leur parcours et peut s'adapter à eux - dont ils ont besoin...)
Il ne s'agit pas de dire que La Sorbonne est la meilleure fac, loin de là. Déjà il y a plusieurs Sorbonnes, et c'est ensuite en fonction des disciplines. Mais il s'agit de s'inquiéter pour l'immense majorité des bacheliers - et non bacheliers aussi d'ailleurs - qui sortent des ZEP, notamment dans le 93... et qui n'auront pas la possibilité de rejoindre les meilleures grandes écoles.
Encore une fois, il n'est pas question de critiquer ces initiatives ici ou là mais de s'inquiéter que celles-ci peuvent suffire à conclure par des gens comme toi que nous sommes sur la bonne voie. Non, nous n'y sommes pas. Nous sommes encore loin du compte. Quid des jeunes du 93 qui ne font pas partie de "l'excellence"? Quid des conditions de travail dans les ZEP en question? Quid de l'injustice de notre système scolaire? Quid des élèves en difficulté, que le système écarte de plus en plus facilement et laisse complètement de côté? Quid des fermetures de classe? Quid de la réforme de la lecture que De Robien veut passer et qui va encore exclure davantage les enfants des zones désavantagées?
Je trouve ton optimisme et ta naïveté très touchants. Hélàs, pour les gens qui subissent le système, je crois que ce sont là des paroles vaines et ils aurant l'impression que tu te fous littéralement d'eux.
Comme je l'ai dit plus haut, même avant toutes ces initiatives, "la crème de la crème" arrivait à s'en sortir: même avec un nom à consonnance différente, même avec un bac estampillé 93... Ils n'étaient pas nombreux, certes, mais même avec ces initiatives, ils continueront de toutes façons à représenter une petite minorité.
Enfin, croire que les entreprises suivront, comme ça, juste parce que qqls grandes écoles et universités accepteront de prendre une petite dizaine de bacheliers de banlieue, c'est vraiment du n'importe quoi...
Je t'invite à relire Bourdieu, et notamment sa théorie du capital... les élèves des banlieues dans leur quasi-totalité ne réunissent ni le capital économique, ni le capital culturel ni le capital social...
Pourquoi ne pas remettre en cause complètement notre système d'éducation supérieure discriminant et qui favorise uniquement une petite élite? Pourquoi vouloir ainsi garder des mauvaises structures, en tentant vainement de les aménager, pour déculpabiliser des gens comme toi?
Tant qu'on aura cette éducation supérieure à 2 niveaux, avec d'un côté des grandes écoles et des bonnes universités pour l'élite et de l'autre des universités réputées pourries pour les autres, de fait les diplômes de St Denis et Villetaneuse ne seront pas reconnus au même titre que ceux de Jussieu (dans les matières scientifiques en tout cas), la Sorbonne (en droit), sans même parler de Polytechnique et du reste...
Les profs de St Denis et Villetaneuse sont peut-être très bons. Et alors? Ca fait une belle jambe aux étudiants qui n'arriveront pas à "vendre" leur diplôme à la sortie de ces facs.
Rédigé par:Misty | le 14/01/2006 à 15:49
ok alors en attendant on fait quoi...On débaptise jussieu et on l'appelle Paris 13 et la Sorbonne Paris 8 ? Je sais pas qui est le plus naïf. Bourdieu l'a dit pendant 40 ans sans que rien ne se fasse...
Rédigé par:Tom | le 16/01/2006 à 15:43
... Faut croire que Bourdieu n'est pas très populaire parmi l'élite des beaux quartiers, qui se forme à devenir nos futurs dirigeants...
Qui a proposé des solutions aussi stupides que celles que tu suggères? Personne ici! Et en tout cas pas moi (as-tu seulement fait attention aux qqls problèmes que je soulève, et qui sont d'ores et déjà des pistes de solutions...), car, une fois encore, c'est vraiment se tromper de problème ou tout simplement vouloir "noyer le poisson" en cherchant des mesures de façade, du vernis quoi, pour amuser la galerie... Et toi, tu tombes dans le panneau... Et tu te demandais qui étais le plus naïf? Hmmm...
Rédigé par:Misty | le 16/01/2006 à 22:10
Préviens-moi le soir du grand soir :si j'ai pas piscine, je viendrai!
Rédigé par:tom | le 17/01/2006 à 17:20
"le soir du grand soir", joliment dit malgré la répétition un peu lourde... hélàs, je serai moi aussi à la piscine: à moins que tu aies sauté des passages dans mes messages, tu auras certainement bien compris que je ne suis pas partisane des "grands soirs", mais plutôt des petites journées et des solutions pragmatiques... (je le répète, j'ai d'ores et déjà suggéré des pistes de solutions, que tout plein d'autres avant moi, notamment les enseignants du 9-3, ont à maintes reprises pointé du doigt).
Mais quand on a pas de réponses plus intelligentes à apporter ou de contributions à faire, c'est vrai que finalement l'humour à la sauce parisienne, c'est la solution de facilité... Tu me diras, au moins, c'est vrai, à défaut de dire n'importe quoi, ça fait sourire. C'est déjà ça. Au fait, Tom, tu n'as toujours pas répondu à ma première question. Pourquoi ça?
Rédigé par:Misty | le 17/01/2006 à 20:35
je trouve que Tom a un super discours!! et son optimisme m'épate!!!
ninize
Rédigé par:debref | le 20/01/2006 à 20:05