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Sympas ces gens de la TSR

Tsr Le TGV file toujours. Ma voisine d'en face joue au Sudoku, mon voisin de gauche a un bandeau sur les yeux et des boules quiès dans les oreilles et le caméraman est aux toilettes. Très causants, vraiment...

Heureusement qu'il me reste 391 des 542 pages de ce blog que j'ai imprimé l'autre jour.

Par Titus Plattner

En attendant Titus

"Il est comment, Titus?", me demandent les jeunes qui se relaient dans le local où crèche "L'Hebdo". Je réponds qu'il a environ trente ans, mais qu'il fait très jeune." Titus Plattner est le journaliste qui, cet après-midi, prend la relève aux manettes du blog, alors que Pierre-André Stauffer récupère de son opération dans un hôpital parisien. Titus, ce prénom intrigue et semble opérer un certain charme. Hakim et Kamel s'apprêtent à prendre la voiture pour aller le chercher gare de Lyon, lui et une équipe de la Télévision suisse romande, qui va tourner un sujet sur le projet "Bondy".

Tiens, voilà Cochon qui entre dans le local. Cochon – un surnom – est un pote de la bande. Je crois qu'il est chrétien. Enfin, pas musulman. Mais attention, pas de méprise. Cochon, ce n'est pas une insulte. Juste de la vanne. Se vanner entre copains, c'est un sport national en cité. Il est 13h15. Hakim a terminé sa prière, qu'il fait chez lui. "Tu viens Kamel, on y va." Le duo part gare de Lyon.

Entre midi et une heure, Hakim m'a raconté deux-trois choses. Il est en train de monter une association en partenariat avec la mairie. Il a rendez-vous le 8 février avec le maire pour discuter du projet. L'idée n'est pas nouvelle, mais "ça fait six ans que plus rien ne se passe sur ce terrain-là, depuis que l'Etat a réduit les subventions aux communes", affirme-t-il. L'idée, donc, est d'organiser des sorties pour les adolescents de la cité Blanqui. A la montagne, notamment. Hakim a bon espoir qu'un séjour sera mis sur pied d'ici au mois d'avril.

Dans un autre registre, je lui fais remarquer que la cité Blanqui à un côté propret. Pas de tags, pas de dégradations, pas de déchets. Du moins, rien de visible. Il me dit qu'auparavant, c'était sale et dégradé de partout, que des gens faisaient pipi dans les halls d'immeubles. La cité a été retapée, repeinte et tout. Depuis, les habitants sont plus respectueux de leur environnement. "Moi, dit Hakim, j'ai envie que des Gaulois viennent revivre parmi nous."

Par Antoine Menusier

Blog à 200 km/h

Blog a 200 km/h

Yves Dubois, Raphaël Crohas et Audrey Sommer, l'équipe de la Télévision suisse romande qui m'accompagne durant trois jours.

Me voilà dans le TGV. Flanqué d'une équipe de la Télévision suisse romande. C'est une expérience totalement nouvelle pour moi: l'occasion de voir comment les journalistes TV travaillent. Ils veulent décrire l'aventure du Bondy blog et donc me suivre durant trois jours. J'imagine qu'eux mêmes seront l'objet de quelques posts sur ce blog: une histoire dans l'histoire en quelque sorte, ou un drôle de jeu de miroirs.

Pour l'instant, Yves, caméraman, Raphaël, preneur de son, et Audrey, journaliste, sont plutôt cools. On verra s'ils ne compliqueront pas trop mes contacts avec les gens de Bondy...

J'envois ce post depuis mon agenda électronique via mon téléphone portable: une première pour le Bondy blog. Le TGV file à 200 km/h vers Paris...

Par Titus Plattner

40 centimes la clope

Hakim m'avait prévenu. "Toi, il va te prendre pour un type de la DST." Je ne sais pas pour qui il m'a pris, mais le jeune Arabe qui tient la caisse de l'épicerie du coin n'a pas voulu me vendre les trois cigarettes que je lui demandais ce matin. "Ah non, pour des cigarettes, il faut aller au tabac, cinquante mètres plus loin." "Vraiment?", lui ai-je demandé. "Vraiment", a-t-il fait. Mais il n'a pas juré. La veille, il en avait vendu quatre à Kamel. Quarante centimes d'euro pièce. Ça fait huit euros le paquet, trois de plus que dans le commerce. Seulement, quand on n'a pas les moyens de se payer un paquet au prix normal, la clope à l'unité c'est mieux que rien. Ça limite les frais et la consommation. Et c'est ainsi que Dieu est grand, comme dirait Fellag.

Par Antoine Menusier

Le chameau contre l'éléphant

C'était au temps d'une belle rengaine: la République. Les copains d'Ahmed Belakhdar se prénommaient Richard, Jean-Luc et Jean-Louis. Aujourd'hui, "Français" et "Rebeux" font chambre à part. C'était en 1981. Ahmed avait 22 ans. Il habitait Bondy et jouait de la guitare. Il était dingue de Django Reinhardt. En hommage au musicien manouche, lui et quelques amis passionnés créent alors Nuages-Jazz-Association. Leur but était de fonder une école dans laquelle on entrerait "pour trente ans". Une école qui essaimerait un peu partout. Un projet ambitieux, sur le long terme, dédié aux jeunes des banlieues et articulé autour des "musiques populaires" qui cartonnaient à l'époque: raï, funk, afro-cubaine. Le QG de l'association était la salle Jean Giono de Bondy Nord.

Jack Lang, ministre de la Culture de François Mitterrand, Erik Arnoult, alias Orsenna, conseiller culturel du président de la République, kiffaient plutôt la bande à Belakhdar. Au point d'aller jusqu'à Bondy lui rendre une petite visite. Arnoult eut une phrase du genre: "C'est vraiment bien ce que vous faites, mais vous allez vous faire bouffer." Ce qui arriva. Le maire de Bondy, un socialiste, décide de fermer l'école. Pourquoi? Ahmed affirme ne pas connaître les raisons de cet étrange oukaze. Une sombre "combinazione" dont seules les mairies, avec leurs fichus notables, ont le secret, sans doute. "Vous voulez apprendre le piano aux Arabes?", s'étonnaient des élus de gauche.

Ahmed est devenu prof de gestion informatique et a gardé le goût de la musique. Il a acquis celui de la politique. Très tôt aussi. Il se souvient de sa participation à la marche des Beurs, en 1983. Son choix se porta naturellement sur le Parti socialiste, qui incarnait la jeunesse et de l'espoir. Lui, ses potes Richard et consort voulurent y adhérer en 1985. "Le secrétaire de la section PS de Bondy à ce moment-là, Gilbert Roger, ne nous a jamais convoqués afin d'enregistrer nos inscriptions. Il faut dire que nous étions en conflit avec le maire de l'époque, Claude Fuzier", mort en 1997.

Avant d'avoir été PS, Claude Fuzier, comme beaucoup de socialistes, avait été SFIO. Il avait servi fidèlement Guy Mollet, président du conseil sous la IVe République. Ne cherchons pas plus loin, nous y sommes : la guerre d'Algérie. Avait-on la mémoire courte en 1981 pour ne plus se rappeler que François Mitterrand avait été ministre de la Justice de Guy Mollet et partisan des pouvoirs spéciaux votés par l'Assemblée nationale le 11 mars 1956, pouvoirs qui permirent d'intensifier la guerre? Trente ans plus tard, entre Mitterrand et Fuzier, ce devait être "touche pas à mon pote", version jeuniste des vieilles amitiés. A côté de cela, les aspirations "citoyennes" du jeune Belakhdar ne pesaient sûrement pas lourds.

Où en est-on à présent? Ahmed s'apprête à prendre en Seine-Saint-Denis la vice-présidence de Rénover maintenant, un courant lancé par Arnaud Montebourg après le ralliement – la "trahison" – de Nouveau Parti socialiste (NPS) à la synthèse présentée par François Hollande au dernier congrès du PS, en novembre au Mans. Quant à Gilbert Roger, il est maire de Bondy depuis la disparition de son prédécesseur. Les deux hommes se haïssent. Une pile de litiges les opposent et les occupent.

Deux grandes échéances attendent Bondy et le reste de la France: les législatives de 2007 et les municipales de 2008. Ahmed Belakhdar, qui a pris des rondeurs de notable, est partant pour les deux. Les états-majors nationaux des partis, extrême-droite exceptée, n'ont-ils pas jugé nécessaire, après les émeutes des banlieues, de faire élire des Arabes et des Noirs à l'Assemblée nationale? "Briguer l'investiture PS de la circonscription de Bondy? Pourquoi pas", lâche tout net Ahmed. Problème: la place est prise par un éléphant socialiste, l'ancienne ministre de la Justice, Elisabeth Guigou, qui décidera sûrement de se représenter. "Bien sûr, il est légitime et même très bien que des personnes d'origine étrangère veuillent s'intégrer par la politique, mais c'est à elles de s'imposer naturellement aux électeurs", rétorque-t-on dans l'entourage de la députée. "Il serait peut-être temps qu'Elisabeth Guigou laisse la place", suggère le chameau Ahmed Belakhdar.

Kamel, de la cité Blanqui, à Bondy, affirme qu'il voterait pour le candidat Belakhdar. Puis, se ravisant, il ajoute: "J'en sais rien, finalement. Ahmed, il est déjà trop comme eux." Eux, les "Français".

Par Antoine Menusier

"Il va comment, Pierre-André?"

Arrivé dimanche après-midi à Paris, j'étais la veille à Marseille, à l'hôpital de la Timone, où le fils de ma cousine récupère d'un choc à la tête qui aurait pu être fatal. On raconte des trucs affolants sur ce qui se passe, ou se passerait, dans les couloirs de la Timone, et des choses pires encore sur l'hôpital Nord de la ville: agressions sexuelles dans les chambres, vols, rackets… Paris, hôpital Bichat. Il est 21 heures, les urgences sont pleines. Pierre-André Stauffer est en réanimation après son opération. Sa femme Manine et sa fille Clotilde sont autorisées à lui rendre visite. Mohamed, Radouane et moi attendons dans une pièce au sous-sol. Manine ressort un peu inquiète. Elle trouvait meilleure mine à Pierre-André l'après-midi. On tente de la rassurer en lui disant que c'est normal, que c'est la fatigue. Les médecins ont prévenu Manine que son mari pourra recevoir régulièrement des visites à partir de mardi.

A Bondy, Kamel, Hakim et d'autres habitants de la cité Blanqui prennent des nouvelles de l'opéré. Ils savent que ça aurait pu être grave. Ils iront le voir dès que possible. Manine en est contente. Kamel El Houari me raconte que Pierre-André avait entrepris un article sur lui, sur sa vision de la France et sur son passage à France 2, jeudi dernier, dans l'émission "A vous de juger", animée par Arlette Chabot. Dimanche en fin d'après-midi, des jeunes, rassemblés dans le local du RC Blanqui, l'association qui accueille L'Hebdo, visionnaient sur Internet le passage où Kamel, dans le public, se prend de bec avec Philippe de Villiers, le président du Mouvement pour la France. Kamel parle de racisme en France, Villiers rétorque que la France est le pays le moins raciste du monde. A l'instant où j'écris ces lignes sur un portable, Hakim, assis à côté de moi, cherche du taf sur Internet, secteur "électricité". Dehors, quelques jeunes râlent parce que le local, "leur" local, est occupé par un journaliste qui "travaille". "Rien à foutre des journalistes", dit l'un. Une poignée de mains et ça s'arrange.

Par Antoine Menusier

Prénom: Mohammed. Nom: X

Dimanche soir. La voiture file sur le périphérique. Au volant: Mohammed Djeroudi. Assis à sa droite, Radouane Berrioka. Moi derrière. On s'en va récupérer Manine, la compagne de Pierre-André, qui a pris une chambre à L'Holiday Inn de la porte de Saint-Ouen, à deux pas de l'hôpital Bichat, où son mari a été opéré. On doit aller ensuite gare de Lyon pour y prendre Clotilde, la fille de Pierre-André, qui arrive de Berne, via Genève, au TGV de 20h21. J'entame la discute sur un fait qui me turlupine. Je m'adresse à Radouane: "Tu as déjà remarqué que dans les reportages, quand un journaliste cite un Arabe, il ne mentionne la plupart du temps que son prénom, pas son nom. D'ailleurs, ce n'est pas tant qu'il ne veuille pas écrire son nom en entier, c'est plutôt que la personne avec qui il parle ne tient pas à le donner. Tu ne trouves pas ça bizarre?" Radouane a une explication: " Dire le nom, c'est engager toute la famille. Et ça, c'est beaucoup. C'est pourquoi le jeune préfère ne fournir que son prénom." Discrétion, respect, honneur. "L'honneur de la tribu", c'est le titre d'un livre de Rachid Mimouni, écrivain algérien mort en exil au Maroc dans les années 1990. Si j'étais prof en France, je ferais lire Mimouni et d'autres auteurs maghrébins à mes élèves. Puisque ces histoires-là, universelles et écrites en français, appartiennent à l'histoire des Arabes de France, elles appartiennent à l'ensemble des Français, non?

Par Antoine Menusier

Sauvé à Bondy

Dans la nuit de vendredi à samedi 28 janvier, Pierre-André Stauffer, le journaliste de L'Hebdo qui venait d'arriver à Bondy pour y tenir le blog, a subi une rupture d'anévrisme. Aussitôt mobilisés, Mohammed Djeroudi et Radouane Berrokia, nos amis de Blanqui, ont alerté le Samu et suivi l'ambulance jusqu'à l'hôpital Bichat à Paris, où il est entré immédiatement en salle d'opération. Le hasard faisant bien les choses, l'infirmière urgentiste ayant reçu l'équipe a immédiatement compris de quoi il s'agissait. Elle était de Bondy et avait reçu quelques temps plus tôt la visite d'un journaliste de l'Hebdo. Pendant ce temps, Radouane et Mohammed allaient chercher à Orly la femme de Pierre-André qui arrivait de Lausanne, puis sa fille à la gare de Lyon. De retour à l'hôpital, un chirurgien a pris Radouane entre quatre yeux et lui a dit: "toi, tu as sauvé une vie".

Dimanche après midi, Antoine Menusier, un ancien de L'Hebdo aujourd'hui installé à Paris, a rejoint Bondy pour reprendre le blog en attendant, mardi soir 31 janvier, l'arrivée de Titus Plattner. La tenue du blog va donc reprendre son rythme de croisière.

L'Hebdo voudrait exprimer toute sa reconnaissance à Mohammed et à Radouane ainsi qu'aux équipes fantastiques des hôpitaux Jean Verdier de Bondy et Bichat de Paris.

Par Serge Michel

Echo

Echo

Dans son dernier numéro, Le Monde 2 raconte notre exérience et publie de larges extraits de ce blog. Que pensez-vous de leur sélection de textes?

Petite comptabilité

Petite comptabilit�

Pour préparer ma venue à Bondy, la semaine prochaine, j'ai imprimé tout le blog: 542 pages A4 pour un total de 1'317'605 caractères! Deux kilos que je me réjouis de relire dans le train.

Depuis le 11 novembre 2005, nous avons posté 239 messages et reçu 877 commentaires. Nous vous en remercions. Chaque jour, vous êtes un bon millier à nous rendre visite.

Par Titus Plattner

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