Ces lois qui "empêchent d'éduquer" (suite)
Décidément la discussion avec Elbekkay est passionnante. Quand il se compare à ses amis d'enfance, dont beaucoup ont connu la prison, il met sa chance sur le compte de l'éducation. Comprenez l'autorité de son père et les gifles qu'il recevait quand il faisait des "conneries". "Moi, j'avais plus peur de mon père que de la police." Le laxisme des autres parents, il l'attribue lui aussi, comme Diol il y a quelques jours dans ce blog et malgré leurs 30 ans d'écart, à ces lois françaises qui empêchent d'éduquer.
- J'y ai beaucoup réfléchi, explique Elbekkay, et je pense à une histoire qui est arrivée ici il y a deux ans. Un gosse avait fait une connerie, il avait manqué de respect ou volé quelque chose à quelqu'un, je ne me souviens plus, et cette personne était allée se plaindre à son père. Celui-ci avait réagi sévèrement.
- En somme, il a battu son fils…
- Non, il l'a corrigé! C'est légitime. Battre son enfant, c'est sans raison. Ici il l'a corrigé, parce qu'il y avait eu quelque chose. Le lendemain, à l'école, l'enfant avait une petite trace et ils ont rameuté l'assistante sociale, et le père s'est retrouvé un mois en prison. Je ne comprends pas! Comment peut-on mettre en prison un père parce qu'il a éduqué son enfant?
Cet échange me laisse songeur. Les méthodes d'éducation de la Cité – quand il y en a – semblent décidément assez dures et violentes. Mon collègue Paul m'avait aussi fait cette remarque, ça l'avait frappé (si j'ose dire). Faut-il vraiment en passer par cette violence "éducative" pour éviter que des jeunes soient abandonnés à eux-mêmes et n'aient plus aucun sens ni des limites, ni de l'autorité?
Par Alain Rebetez

le "droit de correction" a pas mal évolué en France, depuis 1789 (la révolution) et 1804 (code Napoléon).
A la suite, un extrait d'un texte de 1987 qui introduit la notion de "punition excessive".
Le décalage entre le terrain et les textes est intéressant.
http://www.rosenczveig.com/contributions/violence/xpunition.htm
A.- Qu'entend-ON par violences légères ?
Tout recours à la force sur l'enfant n'est pas interdit.. Le texte est large, donc vague. Les Tribunaux se sont efforcés au fur et à mesure des affaires dont ils étaient saisis de cerner le toléré de l'interdit dans le cadre du droit de correction qui continue donc d'être reconnu aux parents voire aux personnes exerçant provisoirement l'autorité sur l'enfant.
Ainsi la Cour d'Appel de CAEN , le 7.7.1982 déclare-t-elle:
" Il est certain que les coups de pied au derrière, la bousculade, les oreilles ou les cheveux tirés, les calottes, les gifles et même les coups de règle lorsque de telles violences sont le fait des parents ne sauraient être considérés comme excédant leur droit de correction dès lors qu'il n'en est résulté non seulement aucune conséquence médicale, mais même aucune trace apparente établissant une brutalité excessive"
Rédigé par: Bruno KANT | 25/12/2005 at 19:00
Très intéressant ce rappel aux textes parfaitement inconnus du maire honoraire que je suis et dont ne m'ont jamais parlé les représentants des services sociaux.Comment veut on que les immigrés s'y retrouvent ? Il y a vraiment des pb de communication dans ce pays malgré la prolifération de médias.Un livret d'accueil s'impose à tout chef de famille autorisé à séjourner dans notre pays
Rédigé par: yffic | 26/12/2005 at 17:01
Un peu facile de considérer que la méthode forte serait un mode d'éducation efficace. J'ai élevé mes deux fils avec autorité mais sans violence. De l'amour, de l'attention et du temps, voilà ce qui est indispensable. A quelques escalier de là, un père utilisait la manière forte, aujourd'hui il n'y a pas photo quant au résultat. La misère intellectuelle fait bien plus de dégats que la misère tout court.
Rédigé par: Gabrielle | 26/12/2005 at 17:19
> Il y a vraiment des pb de communication dans ce pays
> malgré la prolifération de médias
> La misère intellectuelle fait bien plus de dégats
Il est possible de recouper avec d'autres points de vues, tel que celui livré par A. Bentolila:
http://www.defenseurdesenfants.fr/actus/texte3ab.htm
Dans un article du jour Le Monde souligne cependant que certains s'en sortent bien.
Rédigé par: Bruno KANT | 26/12/2005 at 21:46
Il y a deux réflexions intéressantes dans votre discussion:
1) Certains parents sont trop laxistes.
2) Certains autres disent en réaction qu'il faut savoir être sévère.
Or, quel est la répartition actuelle? Sans doute 90% dans la catégorie 1), et 10% dans la 2). Il suffit de visiter ses voisins pour s'en rendre compte.
Pour avoir moi aussi vécu en banlieue, je pencherai pour une explication très simple: les parents "abandonnent" leurs enfants à la rue.
Si les jeunes des ZUP ont des mauvais résultats, ce n'est pas qu'ils soient plus cons que les fils de bourgeois, ou que leurs profs soient plus mauvais. Non, c'est que beaucoup de parents renoncent à être fermes, et dès que l'enfant atteint 12-13 ans, c'est trop tard pour le corriger, il traine dans la rue avec ses potes, voit se banaliser les incivilités et les petites dégradations et larcins, trouve normal de traiter les filels comme inférieures... car alors l'influence des ados plus agés devient bien plus importante que celle des parents.
Il ne s'agit donc pas d'être violent. Ni spécialement de passer du temps, car dans les cités peu de femmes travaillent et le chomage atteint chez les immigrés 35% ...ils ont donc le temps.. simplement, ils sont dans un cercle vicieux, avec l'Etat et les assistantes sociales qui disent d'etre laxiste (sinon au moindre signe de sévérité l'enfant roi se plaint..), et d'un autre coté la réalité qui leur dit d'etre plus sévère. Mais le combat est perdu d'avance, tant l'influence du lieu de vie est grande: cités en mauvais état, grands frères ados donnant des mauvais conseils, révolte contre le chomage, etc....
Pour permettre aux parents d'éduquer plus facilement, il faut:
1) Arreter de former des fonctionnaires (assistantes sociales, profs, etc) remplis de l'idéologie d'extrême gauche libertaire, et revenir à une bonne moyenne entre punition et explication.
2) Raser toutes les ZUS (oui je sais, c'est violent) et reconstruire seulement des pavillons et des petits immeubles de 4-5 étages. Le budget ne serait que de quelques milliards d'euros, ce qui n'est pas tant comparés aux budgets cumulés de la politique de la ville, des emplois aidés, etc....
C'est pourtant le simple bon sens, mais aucun politique n'a les couilles de le faire.
Rédigé par: Spiritoo | 27/12/2005 at 10:32
bonjour,
Il ne faut pas oublier aussi que les enfants doivent être occupés et quand on voit que toutes les sorties ne sont pas données. Une place de ciné est presque a 10 euros. quand on a 3 gamins il est diffile de faire une sortie familiale.
De plus avec une société de consommation les parents sont dépassés par les envies des enfants.
Il est évident aussi que ça manque de bonnes baffes. Combien d'enfants font chanter les parents en disant qu'ils vont appeler l'assistante sociale ou la police pr une gifle.
Si le papa menace de les renvoyer au pays les NPNS débarque.
Rédigé par: redrab | 27/12/2005 at 11:55
C'est intéressant ce questionnement sur l'éducation-par-la-violence. Non pas que je sois "pour" une bonne râclée de temps en temps, mais parce qu'on sent que tout à coup, M. Rebetez se plonge totalement, dans le milieu dans lequel il séjourne. Les ethnologues appellent cela de l'observation participante.
Ce n'est que de retour "au pays", après un moment de réflexion que l'enquêteur pourra traduire la culture qu'il expérimente en des termes compréhensibles par nous autres.
Ce blog est en fait des notes de terrain, et c'est proprement passionnant.
Michael Monney
Rédigé par: mirou | 27/12/2005 at 15:20
Bonjour,
Je suis littéralement estomaquée par les propos complètement caricaturaux de spititoo.
D'abord sachez cher monsieur que beaucoup de femmes élevent sules leurs enfants en banlieue et que malheursuement le chomage frappe pas mal de famille.De ce fait les femmes sont souvent en train de travailler et vaquent à des emplois qui sont malheureusemnt souvent précaires ou au smic.
D'ou sortez vous ce taux de chomage de 35% chez les immigrés? Où sont ces chiffres ? Je n'ai pas vu un seul sondage où l'on mesurait le taux de chomage par critères etrhniques (immigrés contre français), de ce fait je me pose la quewstion de votre définition du terme "immigré".J'ai fait votre mail à une connaissance assistante sociale qui a cru faire une attaque cardiaque devant une telle caricature de sa profession.
Enfin , cette magnifique phrase: "1) Arreter de former des fonctionnaires (assistantes sociales, profs, etc) remplis de l'idéologie d'extrême gauche libertaire, et revenir à une bonne moyenne entre punition et explication." me fait rire encore voyez vous.
J'ai eu l'immense honneur de faire une formation de prof (j'en suis partie très vite car ce travail ne me convenait pas)et j'ai vu tout d'abord une population de prof qui était issue de plus en plus de la petite ou moyenne bourgeoisie (à l'exception notable des fils et fille de prof) et que JAMAIS je n'ai eu le droit à un cours durant ces deux ans qui ressemblait de près ou de loin à une idéologie marxiste ou je nesais quoi.au contraire on passait notre temps à accumuler des connaissance sthéoriques basé sur les différents savoirs à inculquer (français maths histoire techno, etc..)que nous n'avions même pas le temps d'avoir des cours annexes.
Bref spiritoo vous êts exactement le type de personne à juger sans savoir de quoi vous parlez malheureusement....
Rédigé par: caroline | 27/12/2005 at 15:25
Sur le fond, Spititoo a raison.
Les stats concernant le chomage des étrangers vous les trouvez à l'INSEE. Le GIPSI donne pas mal de détails sur son site internet:
- le français (de nationalité française)
- l'étranger (qui n'est pas de nationalité française)
- l'étranger naturalisé
L'état civil fait cette distinction. L'état civil fait aussi la distinction des genres.
De là, on peut obtenir des stats concernant le taux de chomage des étrangers et des populations d'immigrés.
A celà s'ajoute la possibilité d'établir des stats selon le lieu de résidence...
Je n'ai pas le sentiment que les cités soient exclusivement peuplés d'immigrés. On doit aussi y retrouver de nombreux laissés pour comptes de la DDASS.
Il y en aurait aussi à redire concernant les travailleurs sociaux, leurs motivations et leurs formation (initiale et contnue).
Ne pas confondre travailleur social et prof.
Le rôle du prof est d'instruire.
Les parents éduquent, élevent, etc.
Le rôle et les responsabilités du travailleur social serait à préciser. Souvent ils imposent leurs normes s'ils se substituent pas tout simplement aux parents.
Rédigé par: Bruno KANT | 28/12/2005 at 11:12
toutes ces histoires sur la façon d'éduquer me laissent pantois !
on arrive à parler sereinement de "moyens" quand il sagit de choses matérielles et dès qu'on touche aux "oreilles" des gosses c'est "silence radio" !
si on met en parrallèle, l'énormité de la conerie qui est sencé "mériter" une "calote" et la "grosseur" de la "marque" sur la joue ou la fesse, voire le dos du gamin, "on" s'appercevra que bien souvent (j'entend par la 90% des cas) la "correction" est "symbolique" par rapport à l'empleur de la "betise" "corrigée".
j'estime pour ma part qu'il n'est aucunement exessif de casser la figure à son fils (sans guillemets, une semaine d'hosto et des bleus pendant un mois !) s'il crame une voiture pour son plaisir, pour "niquer la police" (avec des guillemets, parce que ce n'est jamais la caisse des flics qui crame !), ou parce que c'est la st sylvestre. je sais qu'il y a des assurances, mais la violence ressentie par celui qui voit sa voiture brûler est bien supérieure au fait de prendre un poing dans la gueule, surtout quand on sais pourquoi on le prend !
il faudrait arreter de diviser les comportements en bon et en mauvais, en les retirant de leur contexte. l'éducation n'est pas du dressage, mais le dressage fait partie de l'éducation ! même si ça ne plait pas à tout le monde, et bien tant pis ! on refuse d'admettre que des mineurs aillent en prison, mais quand une personne de 11 ans allume un bidon d'essence sous une voiture, cette personne devra attendre 7 ans avant de recevoir une punition proportionnée à sa faute !
envoyer au bagne à 11 ans, pour avoir volé un pain c'était à coup sûr ridiculement improductif pour la société, mais laisser sortir un gosse du comissariat, le lendemain pour avoir détruit l'équivalent de plusieurs mois du travail d'une personne, me parait TOTALEMENT DEBILE !
en bon français, un débile, c'est quelqun qui est extemement faible. souvent jugé irresponsable, il est déchu de ses "droits" et se voit interné, qui dans une maison de retraite, tel autre dans un hopital psychiatrique.
je pense que notre société est débile, sans guillemets, et qu'elle profère des "lois" qui sont tellement vides de sens, que la jeunesse produite par cette société aspire à lui retirer son autorité de tutelle !
quand je lit les commentaires, j'ai vraiment l'impression que l'on "pinaille" !
à mon avis, cette question de la distinction entre dressage et éducation est beaucoup plus importante que l'on croit, & l'urgence de ne plus couper la société entre "mineurs" et "majeurs" est plus importante encore !
avant la révolution, on considérait que les enfants n'étaient pas des personnes à part entière, et il parraitrait que c'est devenu choquant de nos jours !
EST CE VRAIMENT LE CAS ?
Rédigé par: Pierre Fénié | 31/12/2005 at 11:02
Vive Bondyblog ! j'habite à apolonia-jorelle Bondy
Rédigé par: vanjouault | 22/02/2006 at 19:07
Par expérience, il est vrai qu'une petite correction peut s'avérer nécessaire pour un enfant (tout n'est pas toujours tout rose, contrairement à ce que disent les soixantes-huitards). Mais attention à ne pas dépasser certaines limites en ce sens qu'il ne doit pas y avoir préjudice moral ou physique chez l'enfant. Spititoo a raison. Le rôle des travailleurs sociaux est à préciser dans les quartiers. Ca fait plaisir de voir des gars de ces quartiers se rendent compte de ces problèmes. D'ailleurs, je vous pose la question : la présence de ces derniers est-elle nécessaire car il est grave de foutre en l'air (passer l'expression) l'autorité des parents.
Rédigé par: vincent | 10/07/2007 at 16:44
Un raisonnement bien occidental : si on est "gentil" avec les autres, et à fortiori avec notre progéniture, ils seront gentils avec nous dans le premier cas et bien éduqués - c'est-à-dire compréhensifs, patients, tolérants, "bien dans leur peau" et toutes les tartes à la crème que l'angélisme socialo-journalistique naïf n'arrête pas de nous jeter à la gueule - dans le second.
Malheureusement, le seul constat réaliste à tirer est que a) les valeurs occidentales ne pénètrent pas ou très peu dans les communautés immigrées originaires d'Afrique ou de culture islamique, b) l'hermétisme culturel de ces communautés est proportionnel à leur représentation dans la société d'accueil.
La faute n'incombe d'ailleurs pas vraiment aux immigrés eux-mêmes, qui, si on leur en laisse la latitude, continueront simplement de faire ce qu'il ont l'habitude de faire, mais plutôt aux occidentaux infoutus d'imposer leurs valeurs à ces immigrés en particulier, engoncés qu'ils sont dans leurs certitudes "progressistes", dans leurs explications sociologiques à trois balles et surtout, surtout, tétanisés à l'idée de passer pour "racistes". Évidemment, l'irruption de la réalité dans cette conception du monde capitonnée ne peut que susciter soit un électrochoc salutaire, soit un déni encore plus acharné de cette réalité si peu conciliante avec les Grands Idéaux Progressistes et Multiculturels.
Le plus comique dans l'affaire est que cette peur, que dis-je, cette terreur pathologique de passer pour raciste ( dont une des modalité amusante est de ne pas "faire le jeu de l'extrême-droite" même là où il n'a pas d'extrême-droite, ou de réussir à trouver du "fascisme" là où il n'y a que réactions épidermiques agacées ou furieuses ) que nos doctes moralisateurs essaient par tous les moyens d'inculquer à leurs concitoyens "de souche" fini, en raison du rejet systématique de tout bon sens au profit d'un idéalisme infantile, par stimuler chez ces dernier tous les réflexes qu'il abhorrent et qu'ils voudraient une fois pour toutes reléguer au rang d'aberrations historiques.
Je sens qu'on va s'amuser...
Rédigé par: fingers | 24/08/2008 at 13:57