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Belakhdar, l'enfant de la République

Bel Au café du Moulin, Place de la Gare, Hamid Belakhdar, enseignant au Lycée Professionnel Léo Lagrange, intervenant à l’Institut Universitaire Professionnalisé "Ville et Santé" de Bobigny et membre du Parti Socialiste, est chez lui.  Le bar le salue et le patron lui offre la pizza de bienvenue. Il me présente son frère. On s'installe au calme pour qu'il me raconte Bondy:

"Je suis né en Seine Saint Denis et y vis depuis 45 ans. J'aurais pu muter depuis longtemps vers d’autres départements plus calmes, plus prestigieux, mais j’ai décidé de faire ma carrière professionnelle ici. On m'a même proposé un poste de Proviseur, mais rester, c'est un choix.

En tant que professeur, je m'efforce d'être cohérent: ni absentéisme, ni humiliation. Résultat, je n'ai jamais subi d'insultes, jamais eu de pneus crevés… En classe, nous représentons l’esprit républicain. Pour les jeunes, nous passons avant l'autorité policière. J'ai la chance d'avoir beaucoup d'amis d’enfance bondynois, qui maintenant sont parents d'élève. Ainsi, tout se passe dans le respect mutuel. Si on donne aux jeunes leur chance, ils travaillent, se donnent, se dépassent et leurs résultats scolaires sont bons!

L'attribution des facs? Il n'y a pas de favoritisme mais une sectorisation difficile. Le logiciel Ravel s'en occupe en toute objectivité. Ce que je déplore c'est l’autonomie financière des universités prestigieuses qui ont un Nom. Par exemple l’université privée de M. Sarkozy dans les hautes Seines, la faculté "Léonard de Vinci". En Seine Saint Denis, il n'y a que des numéros pour nos deux facultés: Paris 8 et Paris 13. C'est humiliant. Alors, Pourquoi ne pas classer les Universités en Zone d’Education Prioritaire (ZEP)?

Culturellement, Bondy Nord n'offre aucune opportunité. Il faut prendre le RER et dépenser beaucoup d'argent. C'est du gâchis, car les potentialités et la créativité de nos jeunes sont fantastiques. Tant d'acteurs, de comiques et musiciens viennent des "ghettos". Bondy Nord est un no man's land. Les maisons de quartier ferment à 18 heures et ne sont que des annexes administratives. Tout ce qui a été fait n'est que du "rafistolage". On n'a pas su gérer l'afflux des populations "pauvres" qui ont dû quitter les quartiers populaires de Paris pour s'installer à Bondy Nord, "riche" en logements sociaux. Ceux qui aimaient le quartier ont dû partir et ces vieilles "barres" vieilles de 45 ans sont toujours là. Vous vous rendez compte! Des gens ont payé 45 ans de loyer et vivent dans le même taudis! La République leur doit plus de reconnaissance.

Bondy a raté le coche en 1985, lorsque le précédant maire a refusé le Développement Social des Quartiers (DSQ), une aide nationale allouée aux quartiers les plus défavorisés. La mairie ne voulait se considérer comme une cité pauvre.

En réaction, pour empêcher que les jeunes basculent dans la violence, j'ai mis sur pied des projets. Il y a quelques années s'était ouverte une école de jazz, parrainée par le fils de Django Reinhardt et les professionnels du monde du jazz, à Bondy Nord, dans des locaux municipaux. Un succès salué par la visite de beaucoup d'officiels, dont le Ministre de la Culture. La Mairie a mis le verrou et cette belle aventure s'est terminée au Palais de Justice qui m'a donné raison. C'est aberrant. La musique est un véhicule d'intégration culturel dans un quartier, dans une République. Tout le monde connaît les sept notes. C'est un langage universel qui tend vers une Fraternité Universelle. Non, vraiment, les voyous ne sont pas ceux qu'on croit. La violence institutionnelle peut faire plus de mal qu'un briquet et un peu d'essence.

Aujourd'hui, je travaille avec mes élèves sur le Jumelage du Lycée de Bondy avec le Lycée de Nédroma, une petite ville près de Tlemcen, en Algérie. Si je suis né à Paris, mes origines sont là-bas et je sais que les jeunes gagneraient beaucoup à se rencontrer  sur un travail de mémoire, de solidarité et d’amitié entre ces deux pays qui ont une histoire commune, une histoire qui vient d’être entachée par l’article 4 de la loi du 23 février 2005.

Je dis cela sans relativiser les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes d'ici. On leurs dit toujours qu'animateur est "un très beau métier". Le BAFA (brevet d'aptitude à la formation d'animateur) est la seule voie qu'on leurs propose. On entre dans la "tribu des Bafa-Bafa". On s'use les nerfs dans des quartiers difficiles pour atténuer des années d'incohérence politique.

Pour atténuer la crise, on a voulu décaler le manque d'autorité politique sur l'ordre religieux. "Un imam vaut dix CRS", a-t-on entendu. Cela signifie l'échec de la République. Cet Islam n'est plus un lien culturel traditionnel, mais un ciment cultuel et politique, la seule structure qui ait su canaliser la violence aux yeux de certains. Une preuve de la faiblesse de la République!"

Par Blaise Hofmann

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Voici les sites qui parlent de Belakhdar, l'enfant de la République :

Commentaires

Faut-il vous signaler que la publication du billet est illisible : il n'y a aucun retour à la ligne. Voyez vous-mêmes :)

Merci Hamid, ça m'a permis de découvrir un aspect de toi que je ne connaissais pas après 3 ans d'intimité...MC

Après avoir cotoyé plusieurs membres de la tribu "Bafa-Bafa", comme les nommes sympathiquement M. Belakhdar, force est de constater que cette formation est bien insuffisante, malgré toute la bonne volonté de certains, pour tenter de résoudre les problématiques rencontrées par les jeunes dans ces quartiers.

Personnellement je déplore que l'Etat préfère augmenter le bugdet du Ministère de l'Intérieur plutôt que d'investir sur la présence, dans ces quartiers, de professionnels (tels des psychologues et éducateurs) suscéptibles d'amener un réel changement.

je vous remerci beaucoup,votre blog est superbe.
azzeddine Nédroma

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